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[Opinion] 18 ans doit-il être l’âge de toutes les libertés ?

[Opinion] 18 ans doit-il être l’âge de toutes les libertés ?
La rédac'

En France, l’âge de 18 ans est celui de tous les possibles et de tous les devoirs : mais est-il réellement évident que toutes ces étapes doivent être franchies au même âge ?

Le droit français fait une distinction entre l’âge du droit de vote, la majorité civile et pénale, la majorité matrimoniale et la majorité sexuelle, qui étaient toutes caractérisées dans l’histoire française par des âges différents. Suite à divers changements de lois, toutes ces « majorités » ont été ramenées à 18 ans, excepté la majorité sexuelle qui est fixée pour les relations hétérosexuelles et homosexuelles à 15 ans révolus.
Au-delà de l’aspect légal, c’est une toute autre dimension sociale et psychologique qui s’ouvre pour le jeune citoyen de 18 ans. Une levée d’interdits et de boucliers qui ne va pas forcément de soi.

Il y a quelques croisements à faire, et qui ne sont pour ainsi dire jamais amenés dans le débat public et politique :
L’accès aux contenus pornographiques est en France possible à l’âge de 18 ans (bien que toute la société soit consciente qu’une grande majorité de mineurs y ont accès régulièrement) et le fait de prendre part à un contenu pornographique est, lui, soumis à la même limite d’âge. Ce serait un lieu commun de dire que mettre en scène son corps de manière sexuelle dans un contenu appelé à être diffusé est autrement plus engageant psychologiquement que de se contenter de consommer ce style de contenu.

Aussi, les jeunes conducteurs sont considérés pendant deux ans comme trop inexpérimentés et se voient octroyer un permis qui ne comporte que six points, mais parallèlement, la société leur donne la possibilité de consommer de l’alcool au même âge que celui de conduire. Dans les débats publics, il est rare d’entendre l’idée de placer ces deux curseurs légaux à des âges différents, cependant le problème du jeune conducteur-consommateur d’alcool y est lui omniprésent.

Enfin l’âge du droit de vote peut aussi être l’objet de questionnements. Ramené progressivement de 25 à 18 ans entre 1830 et 1974, la conscience politique et le niveau de maturité des jeunes citoyens de 18 ans ont fort changé depuis. Le système éducationnel dominant à cette époque les laissait à l’écart des discutions politiques familiales mais leur donnait une certaine idée de ce que devait être un jeune homme ou une jeune femme responsable.

Après les changements de société qu’ont entrainés les évènements de mai 68 et l’abaissement de l’âge du droit de vote à 18 ans, les jeunes adultes sont devenus de plus en plus politisés (et parfois même hors des idéaux politiques de leurs parents) mais dans un même temps moins responsabilisés ; puisque la mise à disposition des études supérieures à la population élargie et le recul de l’âge du départ du cocon familial ont pu rendre le citoyen de 18 ans plus « étudiant adulte en devenir » que jeune adulte responsable.
Cependant les choses tendent vers un changement important depuis ces dix dernières années. Avec la paupérisation des classes moyenne, les frais qu’occasionnent des études supérieures et le nombre grandissant d’étudiants obligé de travailler en parallèle (depuis 1997, la proportion des étudiants exerçant une activité rémunérée pendant l’année universitaire a augmenté 45,5 %  i ). En 2012, les jeunes citoyens sont de plus en plus au fait des réalités sociales et politiques de la France (à tel point que la formule « étudiant précarisé » semble être la plus appropriée pour définir une majorité d’étudiants).

Dans les années à venir, il est probable que cette appréhension précoce de la politique soit plus prononcée car les gouvernements vont être amenés à prendre des mesures significatives dans l’enseignement, la culture et la famille, ce qui très certainement produira de nouvelles générations de 16-18 ans qui comprendront plus tôt que leurs parents que les décisions prises dans l’hémicycle ont un impact non seulement à long terme mais également à moyen terme ( la famille ) et à court terme ( l’éducation ) sur leurs vies. Pour preuve, la forte mobilisation de lycéens lors du « choc le Pen » en 2002, de la tentative du gouvernement d’adopter le contrat CPE et des contestations sur la loi d’autonomie des universités.

Pour la classe politique, c’est un sujet hautement sensible en période électorale car cette catégorie de « jeunes », que les partis politiques tentent désespérément de séduire, représente une niche de voix non négligeable qu’il ne faudrait surtout pas voir contrariée par des propositions qui les pousseraient à se mettre en rangs protestataires dans la rue.

D’autre systèmes existent dans des démocraties similaires à la France, des pays comme l’Ecosse ou le Brésil ont abaissé l’âge du droit de vote à 16 ans et l’Allemagne est à l’heure actuelle en débat sur ce sujet.
Aux Etats-Unis, un jeune citoyen passe son permis de conduire à 16 ans , vote à 18 ans et a le droit de boire de l’alcool à 21 ans. En Allemagne, en Suisse, au Danemark, en Autriche et en Ecosse, il est légal de consommer du vin et de la bière à partir de 16 ans.

La question est : Est-ce que devenir adulte (au sens social et légal) doit être un processus qui s’étale dans le temps ou doit-on le devenir le jour de ses 18 ans ?

Lors des élections présidentielles et législatives de mai et juin 2012, cette question n’a été soulevée ou abordée par aucun des partis politiques qui pourtant se réclament presque tous de « la jeunesse ».
Toujours est-il que le jour de ses 18 ans est potentiellement le jour où « un jeune » peut montrer ses fesses sur Utube en buvant un Jack Daniels, aller voter dans l’après-midi après avoir contracté un crédit à la Fnac et commencé à tenir un volant. Caricature bien sûr, mais c’est légalement et sociologiquement tout ce qui s’ouvre à lui ce jour-là.

© REUTERS

i * étude mené par le secours populaire et le réseau assos étudiantes.

 

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