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L’Histoire vue à la télé

L’Histoire vue à la télé
Arnaud

Dimanche 10  Juin, à 22h00 sur France 5, pendant que la France rose se réjouissait de la débâcle des forces copéistes, les férus d’Histoire ont bien sur préféré écouter Philippe Torreton nous narrer la tragique période de l’Entre-deux-guerres dont chacun connaît son plus que douloureux dénouement . Un programme évidemment zappé par Nadine Morano qui préféra de son côté en appeler aux voix du FN.

Dans cet excellent film réalisé par David Korn-Brzoza, construit à partir d’images d’archives, on comprend très bien, pour ceux qui en douteraient encore, comment les vainqueurs de la Première Guerre mondiale n’ont pas su bâtir aussi solidement qu’ils auraient dû le faire, des véritables Etats-Unis d’Europe.

Malgré des efforts évidents, dont la création de la Société des Nations en janvier 1920 reste le meilleur exemple, ce film explique clairement comment le traitement infligé à l’Allemagne vaincue ne pouvait que conduire à la catastrophe finale de 39-45. (cf. Les Réprouvés d’Ernst Von Salomon, éditions Omnia, 14 euros)

En janvier 1923, l’intransigeance de Raymond Poincaré, le Président français du Conseil, le poussa à envoyer des forces françaises occuper la Ruhr, en raison du retard pris par la République de Weimar dans le paiement des exorbitants dommages de guerre exigés à l’Allemagne et qui devaient s’étaler jusqu’en 1988 !

Les conséquences de cette décision belliqueuse, vécue par les Allemands comme une humiliation intolérable, ne pouvaient qu’envenimer une situation déjà plus que précaire. C’est sur ce ressentiment qui animait alors en profondeur le peuple allemand qu’Adolf Hitler décida de s’appuyer pour conquérir leur esprit meurtri et entreprendre son irrésistible et funeste ascension.

Par la suite, Aristide Briand et Gustav Stresemann, épaulés par le secrétaire d’Etat américain Frank Billings Kellogg, poursuivirent leur activisme pour tenter de rapprocher les deux nations et mettre la guerre « hors la loi ». Mais rien ne permit alors de stopper l’inéluctable processus enclenché aux lendemains de la Grande Guerre, ni l’adhésion de l’Allemagne à la SDN, ni le Pacte Briand-Kellogg.

Le jeudi 24 octobre 1929, l’effondrement des cours de la bourse new-yorkaise, aboutissement  d’une période durant laquelle « cette bourse (…) s’était abandonnée à toutes les ébriétés », provoqua un retrait massif et quasi immédiat des importants capitaux américains investis en Allemagne. Cette attitude irresponsable et brutale de l’Oncle Sam enfonça encore un peu plus un pays traumatisé et groggy qui sortait à peine la tête de l’eau.

Très vite, la propagation de cette crise devait plonger l’économie mondiale dans un chaos inédit, et engendrer de manière mécanique une paupérisation généralisée à l’échelle planétaire. Dès cette époque, le système capitaliste démontrait de manière incontestable son incapacité viscérale à protéger l’être humain de ses propres abus. Déjà, le culte de l’argent pour l’argent prouvait à quel point il était totalement contre-productif et contraire à tout humanisme.

Mettre en parallèle cette drôle de paix avec ce que nous connaissons aujourd’hui pourra vous paraître abusif, mais force est pourtant de reconnaître que les dangereux errements de l’ultralibéralisme n’ont pas disparu, bien au contraire. La spéculation continue de soumettre les peuples en les contraignant à une austérité qui ne fait qu’aggraver des endettements publics dont ils ne sont en rien responsables.

La nécessité, pour nous Européens, d’opter résolument pour la constitution de véritables États-Unis d’Europe, ceux-là mêmes que Victor Hugo appelait déjà de ses vœux dès la deuxième moitié du XIXème siècle, demeure encore aujourd’hui l’enjeu majeur auquel tous nos dirigeants actuels devraient s’atteler sans tarder. Sous peine de voir s’accentuer encore un peu plus la dérive populiste qui gangrène partout en Europe des politiciens démunis de scrupules.

Et qui mieux que les Français, dont certains inconscients viennent de donner au parti de l’extrême droite un score jusque-là jamais atteint, peuvent se rendre compte de l’urgence absolue à laquelle tout le continent européen doit faire face ? Pour que cesse enfin cette indignité innommable qui consiste toujours à rechercher des boucs-émissaires si faciles à désigner, il nous faudrait des personnalités politiques aussi dignes qu’Aristide Briand et nous n’avons le droit qu’à la bave acide de quelques blondes haineuses en mal de reconnaissance.

L’Histoire n’est certes pas un éternel recommencement mais cela ne signifie pas qu’aucune leçon ne doit être tirée du passé. Chaque période nécessite que les femmes et les hommes de tous les pays imaginent et inventent à chaque instant les solutions devant permettre de faire progresser l’état du monde et l’Humanité toute entière. Chacun d’entre nous, du plus humble au plus grand génie peut et doit y contribuer, aussi modestement soit-il.

Pour conclure et pour en revenir à cet excellent film à voir absolument, un petit épisode concernant Pablo Picasso et son chef d’œuvre Guernica. Durant l’exposition universelle de Paris de 1937, alors qu’en présence de l’artiste, un officier allemand regarde la peinture du maître, il lui demande : « C’est vous qui avez fait ça ? ». Glacial, Picasso lui répond : « Non, c’est vous ! ».

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