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Peut-on abolir la prostitution ?

Peut-on abolir la prostitution ?
Arnaud

Najat Vallaud-Belkacem, la nouvelle Ministre des droits des femmes, souhaite que la France abolisse la prostitution. Reconnaissant elle-même que ce chantier ne pourra se faire que sur le long terme, NVB entend « donner à la France les moyens » de parvenir à la suppression de cette pratique ancestrale. Écartant tout jugement moral, celle qui est aussi porte-parole du gouvernement se fixe comme objectif de «protéger l’immense majorité des prostituées, qui sont d’abord des victimes de violences de la part des réseaux, des proxénètes

Photo : C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

A première vue, l’intention paraît fort louable. Toute personne sensée ne peut, en effet, souscrire à ce qu’une femme en soit réduite pour survivre, à louer son corps à des inconnus, ou pire encore, qu’elle soit contrainte de le faire pour le compte du familièrement nommé « maquereau ». C’est une question de morale élémentaire, même si la ministre récuse cet aspect du problème, pourtant central. Considérer, en 2012, que la prostitution est indigne d’un pays comme la France, devrait donc normalement faire l’unanimité et clore le débat avant même que celui-ci ne commençât.

Ce n’est pourtant pas ce qui semble vouloir se dessiner. En témoignant, d’un côté l’existence de prostituées revendiquant le droit d’exercer le plus vieux métier du monde, et de l’autre, l’existence de ce réseau international Zeromacho qui se propose de « dire non au machisme, en particulier sous sa forme extrême qu’est la prostitution ». Deux parties qui s’opposent radicalement et qui se sont affrontées Jeudi 28 Juin sur Arte dans l’émission d’Elisabeth Quin, #28 minutes.

Cloé Navarro, prostituée et porte-parole du STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), y a donc défendu vigoureusement la liberté des femmes qui le souhaitent d’accepter des relations sexuelles tarifées face à Frédéric Robert, le porte-parole de Zeromacho qui lui a opposé de manière quelque peu condescendante, le caractère intolérable de cette marchandisation de la sexualité et la contrainte évidente que subissent la majorité de ces femmes réduites à vendre leur intimité. Des points de vue évidemment irréconciliables tant chacun des deux protagonistes paraissait caricatural. Oubliant tour à tour qu’au delà de leur propre opinion, si respectable soit-elle, le désaccord qui les séparait dépassait de très loin le seul problème moral que pose la prostitution. Pour tenter d’élever le débat, Lilian Mathieu, sociologue et chercheur au CNRS s’est efforcé de démontrer que les choses étaient bien plus complexes et les situations des prostituées souvent très diverses.

Que l’on soit pour ou contre l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem, force est de reconnaître qu’il risque de s’écouler beaucoup d’eau sous les ponts avant que son objectif ne soit atteint. D’une part, parce qu’aucune législation aussi sévère soit-elle n’empêchera jamais une femme d’accepter de l’argent en échange d’un acte sexuel. L’existence de ces femmes semblables à Cloé Navarro qui se proclament « fière(s) d’être pute(s)» et auxquelles on ne peut pas interdire de disposer librement de leur corps prouve cela. D’autre part, parce que tout le monde sait très bien que la prostitution, au-delà de tout jugement (encore une fois) moral,  joue un rôle social incontestable dans tous les pays du monde.

L’hypocrisie, attitude morale (toujours elle) fort répandue chez tous les donneurs de leçons professionnels, loin de résoudre le moindre problème, permet tout juste à des individus comme ce Frédéric Robert de se donner bonne conscience à bon compte en jouant le temps d’un passage télé les vierges effarouchées. Déplorer la prostitution est une chose mais se permettre de juger avec tant de suffisance des comportements individuels inhérents à un système économique destructeur ressemble davantage à du mépris qu’à une volonté réelle d’aider ceux qui y sont contraints. Le plus choquant, ce sont bien tous ces moralistes de salon qui semblent chaque fois se tromper volontairement de combat.

Espérons que Najat saura trouver très vite une autre lutte à mener pour défendre le droit des femmes, moins ambitieuse au regret de certains mais plus susceptible de se traduire par des résultats concrets. DSK, qui a vu dans ce projet d’abolition de la prostitution la poursuite de l’acharnement dont il se prétend victime, serait déjà intervenu auprès d’elle pour lui soumettre d’autres pistes de travail.

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Comments

  1. Patricia

    Qu’insinuez vous à propos de DSK ? Il n’est reconnu coupable d’aucun crime jusqu’a preuve du contraire !
    Proposez votre article à Closer, la Une tirée du caniveau n’est pas de l’information.

    • Valentin

      Bonsoir,

      L’objectif de Radio Londres est de proposer une « autre approche de l’actualité », en faisant rire, ou du moins sourire. La conclusion de cet article n’est absolument pas une insinuation quant à la culpabilité de M. Strauss-Kahn dans certaines affaires judiciaires le concernant. Il s’agit simplement d’une touche d’humour.

      Si vous relisez attentivement la dernière phrase de cet article, vous constaterez qu’aucune affirmation n’a été formulée. L’auteur a simplement résumé les propos de M. Strauss-Kahn, qui s’est plaint à plusieurs reprises d’être victime de l’acharnement de ses opposants.

      Nous allons de ce pas contacter Closer.

      • Patricia

        Bravo ! Excellente réponse. Radio-londres a de l’avenir mais surtout euh … sans Closer.
        Un peu d’humour raté de ma part rien d’autre.

  2. Patricia

    Je partage l’opinion d’Arnaud sur le sujet abordé.

    Un peu d’humanitude politique ferait le plus grand bien à long terme à l’humanité au lieu du choix de la répression à effet immédiat et stérile.

  3. Guillaume

    Bien joué cette approche décalée et juste sur cette question sensible 😉

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