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« Plaidoyer pour les 75% » par Martin Richer

« Plaidoyer pour les 75% » par Martin Richer
Arnaud

Publié cet après-midi sur le site du Monde, un article fort instructif de Martin Richer, consultant en RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), membre de Terra Nova, intitulé « Taxer les hautes rémunérations est économiquement efficace ».

Martin Richer, membre de Terra Nova

« Taxer à 75 % les revenus au-delà de 1 million annuel d’euros, limiter les parachutes dorés, les retraites chapeaux, les bonus excessifs… Beaucoup a été dit sur le caractère juste et équitable de ces mesures. Je voudrais insister sur un aspect peu évoqué, mais plus controversé : leur efficacité économique. »

L’auteur s’appuie d’abord sur un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui constate que si les écarts de revenus se creusent, c’est en raison « des augmentations de salaires des dirigeants, sans commune mesure avec celles des autres salariés ». Les augmentations de ces hauts salaires étant dues à une forte diminution des taux supérieurs du barème de l’impôt sur les revenus. En France « à 40 % en 2010, il est devenu inférieur à celui de l’Allemagne ou de l’Australie (45 %) et surtout du Royaume-Uni (50 %) ».

Martin Richer souligne ensuite que « lorsque la rémunération des dirigeants atteint des niveaux jugés trop élevés, la cohésion des équipes et l’engagement des salariés se lézardent ». Difficile, en effet, d’exiger des efforts de la part des salariés, si ces efforts ne sont pas partagés par les dirigeants. Cette évidence se voit renforcée en temps de crise où des rémunérations excessives ne conduisent qu’à décourager les salariés et donc à impacter leur productivité.

Concernant« le risque de départ des « meilleurs » manageurs » souvent opposé par ceux qui refusent ces solutions de bon sens économique, Martin Richer constate simplement l’inexistence « d’un marché du travail internationalisé pour les dirigeants » qui pourrait apporter du crédit à ce risque de voir nos plus brillants manageurs quitter la France pour des cieux fiscalement plus cléments. Selon une récente étude sociologique, seule une petite minorité des dirigeants français pourrait se prévaloir d’une telle capacité.

Reprenantles conclusions de l’économiste Thomas Philippon, dans Le Capitalisme d’héritiers (Seuil, 2007), Martin Richer relève aussi qu’en France, « l’importance trop grande du diplôme initial et de l’origine sociale », entre autres « difficultés spécifiques du management à la française », ont également des répercussions négatives sur la volonté des salariés de s’impliquer pleinement dans leur travail. Ce management d’un autre temps expliquant probablement pourquoi «seuls 13 % des salariés français ont une très bonne opinion des dirigeants de leur entreprise ».

Pour finir et pour contredire l’idée un peu extravagante que nos chers dirigeants si grassement rémunérés méritent leur salaire en raison de leur formidable talent, Martin Richer cite plusieurs études qui démontrent toutes que l’impact personnel des dirigeants dans les grandes entreprises n’explique pas plus de 10 % (fourchette haute) des performances de leur entreprise.

Réduire « les écarts de niveau de vie et de mode de vie », sans « obérer la performance économique », contribuer « à l’évolution vers un management plus respectueux de l’humain, plus attentif aux contraintes des salariés », voilà enfin un langage clair, d’une pureté quasi cristalline, auquel tous les citoyens de ce pays devraient pouvoir souscrire sans rougir.

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