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Ibracadabra… la cata ?

Ibracadabra… la cata ?
Guillaume N.

Ça en a donné des boutons à plus d’un : le club de football de Paris, le Paris Saint-Germain, bouscule la planète foot. En effet, le PSG dépense sans compter depuis maintenant un an, ce qui coïncide avec l’arrivée du fonds d’investissement qatari (QSI) dans l’actionnariat majoritaire du club. Que veut faire le Qatar à travers cela ?

Le début d’une nouvelle ère au PSG

 

Ibrahimovic, sans aucun doute l’attraction de la saison à venir

Le 30 juin 2011, Qatar Sports Investments (QSI) prend le contrôle du club de la capitale française à 70 %. Pendant l’hiver 2012, QSI rachètera les 30 % restant au fonds américain Colony Capital. L’objectif sportif affiché est de faire de Paris « un des grands de France et d’Europe », selon les mots du nouveau président Nasser Al-Khelaifi. Le but est clair. Les moyens pour y parvenir ? Colossaux, puisque QSI a déjà investi sur les deux saisons 2011/2012 et 2012/2013 près de 250 millions d’euros, égrenant derrière eux (les millions) une cohorte de stars qui ferait pâlir d’envie les meilleures écuries du continent, tels que le défenseur brésilien Thiago Silva ou le buteur suédois Ibrahimovic. Et les Qataris ne pensent pas s’arrêter en si juteux chemin, puisqu’ils comptent aligner une centaine de millions chaque saison pendant cinq ans en vue d’en faire un des meilleurs clubs en Europe. Pour le PSG, cela passe par la participation à la plus prestigieuse des compétitions européennes, la Ligue des Champions, dès cette saison. Premier bémol apparu la saison dernière : le titre a échappé au PSG au profit de Montpellier disposant d’un budget 17 fois inférieur au sien. Cela a fait figure de prouesse du petit gaulois résistant à l’envahisseur étranger, émerveillant au passage les Français toujours ravis de voir le « Parisien jacobin » déchu par plus petit que soi. Cela a, néanmoins, eu le mérite de rappeler que l’argent ne peut pas produire de résultats flamboyants dans l’immédiat et qu’il faut le temps à une équipe de se construire sur le long terme pour qu’elle parvienne à devenir compétitive.

Comme un ballon dans la mare…

Les réactions ne se sont pas faites attendre, à plusieurs niveaux :

  1. D’abord dans le monde du football, où beaucoup y allaient de leur complainte sur l’injustice et la concurrence déloyale qu’allait exercer le Paris SG dans le championnat de France. Certains parlaient même du fait que ces transferts records allaient « tuer » l’intérêt de la Ligue 1. Il est vrai que quand l’Olympique Lyonnais, le club de Lyon, enchaînait sept victoires de suite en championnat pendant les années 2000, cela ne gênait personne et ne contribuait pas du tout au désintérêt croissant du championnat français…
  2. Puis s’en sont suivis des hauts le cœur du monde politique, qui a feint d’ignorer la manne substantielle que ces sommes allaient apporter au budget français (rien que pour le salaire du joueur Ibrahimovic, cela représente un gain pour l’Etat de 56 millions d’€ si la taxe à 75 % venait à être appliquée).
  3. Bien sûr, au-delà de cela, la réaction générale des Français non puristes de football a été le dégoût devant tant de millions volant au-dessus de leurs têtes en ces temps de crise si difficiles. Après la mauvaise image renvoyée par la prestation de l’équipe de France de football à l’Euro de juin, le football a achevé de symboliser pour eux le sport de tous les excès pernicieux et inégalitaires que favorise la mondialisation.
  4. A contrario, évidemment, pour les initiés du foot, les spectateurs et téléspectateurs, cette arrivée qatari symbolise une source d’espoir pour l’intérêt de la Ligue 1, souvent mise à l’écart par rapport aux championnats d’Angleterre et d’Espagne jugés plus relevés. A fortiori, pour les supporters parisiens, cette arrivée avive des rêves de grandeur inespérés et le retour probable de l’âge d’or des années 90.

Un projet qatari global

Le Qatar organisera la Coupe du Monde de football, en 2022

La prise de ce club par les Qataris s’inscrit dans une stratégie globale. En ligne de mire : la Coupe du Monde 2022, censée se dérouler dans l’émirat pétrolier. Cela ferait du Qatar le premier pays arabe à héberger une compétition internationale tout aussi importante que les Jeux Olympiques. Ainsi, l’émirat axe sa politique sportive sur plusieurs points :

  • D’abord, l’idée d’acheter le club de la ville la plus touristique du monde constitue une vitrine éclatante.
  • Le président du PSG possède également le club de handball de Paris, puisque le Qatar accueillera le Championnat du monde de handball en 2015.
  • Hébergeurs de la première chaîne de télévision du monde arabe avec Al Jazeera, les Qataris ont lancé une version sport à travers le groupe Al Jazeera Sport et ses deux chaînes à prix cassés, Bein Sport 1 et 2, qui ont acquis les droits internationaux de diffusion du championnat de France et de la Ligue des Champions.
  • Ils ont également acheté le maillot d’un des meilleurs clubs du monde, le FC Barcelone, moyennant 165 millions d’€ pour les saisons de 2011 à 2016.
  • Enfin, ils se sont offert le club espagnol de Malaga.
Il est bon de rappeler que le président Nasser El Khelaifi, ancien tennisman de haut niveau reconverti dans les affaires, est proche de la famille royale du Qatar. Il est notamment proche du cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, prince héritier de l’émir du Qatar, qui amasse une fortune considérable grâce aux revenus pétroliers et gaziers. Le prince héritier Tamin s’était d’ailleurs rapproché de la France ces dernières années, recevant même la Légion d’honneur en 2010 des mains du président Sarkozy. Ce rapprochement ne doit pas être anodin dans la décision prise l’année d’après d’acquérir le club de la capitale française, le secret de Polichinelle étant que Sarkozy est supporter du PSG.
L’acquisition des droits de diffusion des différentes compétitions bouscule également les choses au niveau de l’audiovisuel. En effet, Al Jazeera Sport lorgne sur le quasi-monopole qu’assurait Canal + depuis le début des années 90 et sonne un peu comme « l’effet Free » avec un abonnement à 11€ par mois.

Une vision géopolitique

Beinsport, la nouvelle chaîne sportive du Qatar

En s’assurant ainsi une vitrine footballistique prestigieuse et prépondérante, le Qatar affiche sa force de frappe dans le milieu du divertissement et des loisirs en occupant un espace que les acteurs occidentaux croyaient maîtriser. Dans un contexte de mondialisation exacerbée, cela fait surtout écho aux OPA et autres investissements énormes réalisés par les fonds souverains des pays émergents sur les pépites des pays développées, marquant ainsi leur nouvelle puissance en face de puissances déclinantes. Cela montre à celles-ci la nécessité qu’elles ont de s’adapter face à un monde nouveau qui tend à devenir de plus en plus multipolaire, comme l’analyse fort justement H.Védrine.

Mais ce désir de reconnaissance et cette sphère d’influence grandissante ne se limitent pas au football et à l’immobilier de luxe puisque le Qatar a également été l’initiateur d’un fonds de 50 millions d’euros à destination des banlieues françaises en difficulté. Ce fonds vise à soutenir les entrepreneurs de ces territoires à la marge. Le problème étant qu’il s’agit d’abord d’une immixtion étrangère dans un champ (l’ancrage territorial et l’aide aux plus défavorisés) censé être du ressort de l’Etat. Comme tout service n’est jamais gratuit dans la vie, la contrepartie requise par la distribution de ce fonds est qu’il est censé être investi sur une base communautaire, utilisant ainsi la forte proportion de musulmans dans ces quartiers. Cette mise en place se fait en outre sous le consentement coupable de l’Elysée.

Ce rôle croissant renvoie à la place de plus en plus importante prise par le Qatar en matière diplomatique, notamment depuis le Printemps arabe 2011. Il convient de rappeler le forcing fait par les Etats du Golfe, dont le Qatar, alliés des Etats-Unis en Occident et d’Israël au Moyen Orient, pour intervenir en Libye puis maintenant en Syrie. Pour cela, ils utilisent l’instance constituée par la Ligue Arabe. En arrière plan pointe leur point de vue régional qui voit d’un mauvais œil autant qu’Israël l’arrivée prochaine de l’Iran en tant que puissance atomique. La Syrie étant un allié de l’Iran, il s’agit de faire tomber ce premier appui iranien en instillant des éléments propices au chaos dans ce pays (terrorisme, déstabilisation, division). D’un point de vue français, jusqu’où ira cette amitié franco-qatari sur ces sujets ?

 

 

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Comments

  1. Monarqueendevenir

    Merci pour cette article qui nous éclaire brillamment sur la stratégie du Quatar.
    La toile ne cesse d’être tissée et le football n’est que la partie émergée de l’iceberg.
    On peut aussi se souvenir de La Sorbonne et du Louvre qui sont désormais présents au Quatar.
    Cette omniprésence sur la scène diplomatique va t-elle rendre pérenne la monarchie en place au Quatar? Ces investissements permettront-ils au Quatar de devenir la puissance régionale politique et diplomatique incontournable du monde arabe qu’elle aspire tant être? L’avenir nous le dira…
    Sur la comparaison avec l’époque Lyonnaise il est à noter que Lyon investissait dans un recrutement français qui profitait donc à l’ensemble des clubs de L1. Ainsi, Lille peut remercier Lyon pour son Grand stade qui verra le jour cette saison. En effet, les recrutements arrachés à prix d’or de Jean II Makoun et Kader Keita ont fait un bien fou aux finances lilloise tandis qu’à Lyon ces transferts ont plombé le budget car ils n’ont jamais été rentabilisés sportivement.
    Donc, si le PSG continue à recruter à l’étranger il ne pourra pas être la locomotive qu’a été le Lyon des années 2000.
    A prix cassés? Oui enfin, je ne suis pas sûr que le spectateur y gagne puisque dorénavant il devra débourser un abonnement en plus de celui de canal + pour profiter de l’ensemble du spectacle…Enfin parler de spectacle pour la L1 est tout relatif..
    Bein sport marque aussi le retour aux affaires de Charles Bietry qui doit savourer cette revanche sur canal +, lui qui avait disparu des écrans de télé depuis pas mal de temps.. A noter aussi le débauchage dont font l’objet les journalistes de canal +, enfin pour ma part je ne me plaindrai pas du départ de Darrent Tulett…
    Oui ils se sont payés Malaga mais certains joueurs se préparent à quitter le club car 30% des salaires n’ont pas été versés! Quid du PSG le jour où le Quatar partira…
    Quid de cette politique financière le jour où le fair-play financier sera appliqué?
    Le football n’était-il pas assez déjà perverti par l’argent pour qu’il faille encore en rajouter? Jusqu’à quand les spectateurs seront-ils présents dans les stades pour acclamer des joueurs mercenaires en quête de juteux contrats? Quelle est l’identité du PSG avec un président du Quatar, un directeur sportif du Brésil, un entraineur italien, et une minorité de joueurs français?
    L’exemple espagnol ne nous montre t-il pas l’exemple à suivre c’est à dire des joueurs formés au club et qui jouent ensemble depuis les plus jeunes catégories d’âge?

  2. Guillaume

    Ouè donc voilà j’ai pas envie que Paris imite l’exemple lyonnais qui a souvent manqué d’ambitions y compris dans sa meilleure période. Même Monaco a fait un meilleur parcours qu’eux en Champions League (finale). Sur le marché français, à part Debuchy, Mavuba, Hazard ou Lisandro, je vois pas trop de joueurs de classe internationale qui pourrait convenir à un Psg, qui se doit d’être performant en Champions league. Donc on va pas leur reprocher d’aller prendre des joueurs de qualité là où ils se trouvent, cad à l’étranger.
    Sur l’identité, j’ai envie de dire qu’elle est aussi diverse que les plus grands clubs européens (Chelsea a gagné la Champions league avec 3 anglais dans son effectif, l’Inter pareil y a 2 ans avec 1 ou 2 italiens xD). Les contre-exemples qui ont une bonne base de nationaux dans leur team c’est le Bayern, le Barça et le Milan AC.
    Donc je pense que y a pas qu’un modèle de performance, l’idéal étant d’avoir un bon équilibre entre des joueurs français performants, des stars internationales qui apportent leur forte individualité et une bonne osmose de groupe pour créer du liant entre les lignes. Cette dernière condition est essentielle pour éviter ce dont tu parles, cad des joueurs mercenaires qui sont trop grassement payés pour avoir une quelconque motivation.
    Pour les chaînes, je pense que les 2 Bein Sport suffisent pour mater l’essentiel de la ligue 1 et de la Ligue des Champions, pas forcément besoin de s’abonner à Canal +.

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