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[Opinion] La gauche au pouvoir, merci Jacques Chirac !

[Opinion] La gauche au pouvoir, merci Jacques Chirac !
Thibault

La gauche est arrivée au pouvoir le 6 mai dernier avec François Hollande, devenant ainsi le deuxième président socialiste de la Ve République, dix ans après les années Jospin (1997-2002) et trente et un ans après la victoire de Mitterrand le 10 mai 1981. Trois fois donc, la gauche est parvenue à gouverner la France : deux fois en obtenant le poste suprême qu’est celui de la présidence de la République, et une fois en se contentant de la politique gouvernementale. Seulement, un personnage aura joué un rôle clef dans l’accès au pouvoir de la gauche lors de ces trois épisodes. Serait-ce un membre éminent du Parti socialiste ? Bien sûr que non. Un conseiller de l’ombre de la rue de Solférino ? Evidemment, non. Un théoricien génie du socialisme jusque-là inconnu ? Encore, non.

Non, il s’agit de Jacques Chirac.

Tout a fait, Jacques Chirac. Ancien président de la République française, ancien Premier ministre, maire de Paris, président du RPR, de nombreuses fois ministre de la République, et élu local ou national. Autant dire, une des figures les plus importantes à droite lors de la Ve République et un des représentants les plus éminents (et sûrement le dernier) de la droite gaulliste. Eh bien, il est temps de rendre à Chirac ce qui est à Chirac : les trois victoires de la gauche au cours de la Ve République lui sont, en partie, dues.

En 1951, Jacques Chirac adhère au Parti Communiste

En 1951, Jacques Chirac adhère au Parti Communiste

Tout d’abord, il est important de rappeler que l’engagement de Jacques Chirac débute rue de Vaugirard, où il vent L’Humanité, le célèbre journal marxiste. Chirac commence par militer au Parti communiste, puis signe en 1950 l’Appel de Stockholm contre l’arme nucléaire. Ce passé engagé à la gauche de la gauche aura certainement influencé Chirac dans sa future vie politique. Ses parents d’inspiration ‘radical-socialiste’ et son appartenance quelques années plus tard au gaullisme et à la droite modérée feront de lui un ennemi du Front national et de l’extrême droite en général. Chirac aura toujours su garder des barrières solides entre le RPR, ancêtre de l’UMP, et le FN.

Plus récemment, un certain Nicolas Sarkozy aura malheureusement échoué. Chirac fut également l’un des rares parlementaires RPR à défendre la loi Veil sur l’IVG et à voter l’abolition de la peine de mort en 1981. Sa femme, Bernadette, n’hésite pas à dire, en 2009 à François Hollande : « Vous savez, mon mari a toujours été de gauche ». Mais de là à dire que Chirac est l’artisan des victoires socialistes de 1981, 1997 et 2012, n’est-ce pas un peu trop ? La réponse est non.

1981. Premier tour. Jacques Chirac, candidat du RPR et de la droite gaulliste, recueille 18 % des voix et est balayé par ses adversaires Valéry Giscard d’Estaing, candidat de l’UDF et de la droite libérale (28,32 %), et François Mitterrand, candidat du Parti socialiste (25,85 %). Amère défaite chez les partisans de Chirac qui voient le Rassemblement pour la République s’effondrer devant leurs yeux. Chirac ne peut digérer la défaite de la droite gaulliste face à la droite libérale de Giscard. Tous deux rivaux et déterminés à imposer leurs sensibilités différentes au sein d’une majorité de droite, ils auront passé leur campagne à se lancer des piques assassines.

Même si ,publiquement, Chirac dit soutenir Giscard pour le second tour, des soutiens de Giscard tels Raymond Barre ou Christian Bonnet affirment que certains cadres du RPR incitent à voter Mitterrand. La stratégie de Chirac serait de faire élire Mitterrand afin de s’imposer comme le chef de la droite lors des prochaines législatives et de désavouer Giscard. Chirac aurait même rencontré Mitterrand entre les deux tours, chez Édith Cresson. Au second tour, le 10 mai, Mitterrand est élu avec 51,76 % des voix et devient le premier président socialiste de la Ve République. Chirac est, en partie, responsable.

Jacques Chirac, cause de la prise de pouvoir de la gauche ? En 1997, la situation est très différente. Jacques Chirac est président de la République, élu en 1995 face au candidat socialiste Lionel Jospin. Seulement, au début de l’année 1997, Chirac est confronté à un essoufflement de sa majorité à l’Assemblée nationale et, suivant les conseils du secrétaire général de l’Elysée Dominique de Villepin, il décide de dissoudre l’Assemblée de manière tout à fait prématurée. Le RPR et les électeurs de droite ne comprennent pas cette décision et ne se sont pas préparés à mener campagne contre le PS. La « gauche plurielle », qui regroupe le PS, les communistes, les radicaux de gauche, les Verts et les partisans de Chevènement, est menée par Lionel Jospin et obtient une large majorité à l’issue de la dissolution. Chirac nomme Jospin Premier ministre : c’est la troisième cohabitation. Une fois de plus, Chirac aide la gauche à atteindre le pouvoir.

Enfin, 2012. Jacques Chirac, dit-on, n’est pas en grande forme et se tient quelque peu à l’écart de la vie politique depuis cinq ans. Tandis que François Hollande se lance en campagne pour être désigné candidat du Parti socialiste à l’issue des primaires, une
bataille acharnée et violente se livre entre les socialistes et le président sortant, Nicolas Sarkozy.

Seulement, en juin 2011, une phrase incroyable bouleverse quelque peu la campagne. Lors de la visite d’un musée en Corrèze, en compagnie de François Hollande, Jacques Chirac affirme : « Je vais voter pour lui (M. Hollande), sauf si Juppé se présente parce que j’aime bien Juppé », et de réitérer quelques minutes plus tard : « Je peux dire que je voterai Hollande ». Le message est clair. Quelques mois plus tard, à l’approche de l’échéance présidentielle, de nombreuses personnalités, jugées comme étant des chiraquiens historiques, apportent leur soutien à Hollande : c’est le cas de Thierry Rey, ancien judoka et ancien gendre de Chirac, de Claude Chirac, sa propre fille, de Hughes Renson, proche collaborateur de Jacques Chirac, de Laurent Glépin, ancien chargé de communication de Chirac, de Jean-Luc Barré, biographe de celui-ci, et même de Line Renaud, amie de longue date des Chirac. Une grande partie du ‘clan Chirac’ s’est regroupé derrière Hollande lors de la présidentielle. Un soutien qui n’est pas passé inaperçu, à droite comme à gauche.

Peut-être qu’une poignée d’électeurs nostalgiques des années Chirac ont retenu le message et ont participé à faire pencher la balance en faveur de Hollande ? Nul ne le sait, mais nous pouvons une fois de plus affirmer que Chirac a tenu à avoir son rôle inscrit dans la victoire socialiste de 2012.

Alors, il serait temps, rue de Solférino, dans les fédérations socialistes et dans les permanences d’élus de gauche, d’afficher un petit message afin de remercier Jacques, sans qui la gauche n’aurait peut être jamais pu atteindre le pouvoir…

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Thibault

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