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[Opinion] Affaire Cahuzac : pourquoi je pense m’abstenir en 2017 …

[Opinion] Affaire Cahuzac : pourquoi je pense m’abstenir en 2017 …
Caroline

Jusqu’à présent, l’absention a toujours été pour moi une erreur, voire une faute grave aux obligations conférées par la république dans laquelle nous vivons. Je me rappelle encore avec une légère émotion du jour où j’ai reçu pour la première fois ma carte d’électeur. J’avais dix-huit ans donc et nous étions en 2002, année devenue dramatiquement célèbre à cause du premier tour de l’élection présidentielle qui fut un coup de massue pour une majorité mais aussi un poignard dans le dos pour la jeune électrice que j’étais.

Mon premier vote, mon premier acte politique fut sanctionné par des résultats qui me montraient la réalité politique du pays où j’habitais. Je me sentais flouée. Mon vote n’avait eu aucune valeur puisqu’il avait permis l’arrivée d’un parti politique qui était à des années-lumières de mes convictions naissantes : le Front National. Pourtant, je n’ai pas arrêté de voter. Que ce soit pour les élections cantonales, municipales, etc. chaque fois que ma parole était demandée voire rendue obligatoire. En tant que citoyenne, j’ai fait l’effort qui ne me semblait pas en être un de m’informer sur les candidats, sur les projets de loi, de me rendre dans le bureau de vote le plus proche et de passer par le système de la procuration quand je ne pouvais me rendre en personne dans un bureau de vote.

Oui, j’ai été une électrice « modèle » même au plus fort des tempêtes politiques, même quand la conviction n’y était pas en étant sûre que tel était mon devoir et aussi que c’était une chance inespérée pour moi de pouvoir exprimer ma voix dans un pays démocratique là où ma voisine d’à côté ne le pouvait pas. Oui, j’ai moi aussi combattu l’abstention, certaine en cela qu’elle était la raison de tous les maux qui pouvaient conduire à la montée d’un extrémisme qui n’était pas le mien, d’un parti qui défendait des valeurs nocives et dangereuses pour mon pays. J’étais de celles qui engueulait les personnes qui n’allaient pas voter. Je ne comprenais même pas qu’on refuse d’accomplir un devoir qui à mes yeux avaient un sens et nous permettaient de nous sentir acteurs au sein de la cité. Pourtant, progressivement, je sentais bien que ma foi en la politique, en ce qu’elle pouvait faire concrètement au quotidien pour toute une population ravagée par les problématiques du chômage, de la précarité, etc.

Et puis, vint l’affaire Cahuzac révélée par Médiapart en décembre 2012. Et puis, vinrent les révélations de l’intéressé sur son mensonge, sur l’existence réelle de son compte en Suisse, sur sa fraude envers les services de l’Etat dont il se prétendait le garant. Là, la coupe fut pleine et mes espoirs de jeunesse s’effondrèrent aussi sûrement que s’effrondra la croyance en la parole d’un gouvernement de gauche qui ne faisait que réitérer ce que les années Mitterrand m’avaient fait découvrir étant enfant : la corruption, le mensonge d’Etat, l’argent… Toutes ces affaires au sein d’un parti socialiste ? D’ailleurs, pourquoi ces affaires devraient-elles être l’apanage de la droite et non de la gauche ? Parce qu’être de gauche sous-entend qu’on est donc plus investi sur le terrain social, donc moins enclin à se laisser séduire par les sirènes du profit facile ? L’histoire de la vie politique nous démontre que cette théorie est fausse.

L’affaire Cahuzac ne m’a pas pour autant emmenée dans les girons de l’UMP car des affaires, ce parti en traîne et la récente guerre des chefs qui a agité ses membres pour la présidence de l’UMP prouve à quel point le parti n’est pas exempt de reproches quand à sa probité.

L’affaire Cahuzac ne m’a pas non plus donné envie de rejoindre François Bayrou dans sa lutte, tout simplement parce que pour moi être au centre, ça ne veut rien dire. Voter au centre, pour moi, reviendrait à voter pour un parti dont je ne sais même pas quelle est clairement son opinion sur  la lutte contre le chômage, la guerre au Proche-Orient, le problème de l’éducation en France, etc … En somme, rien de tranché, rien de clair et au final rien de différent par rapport à la droite ou la gauche.

L’affaire Cahuzac ne m’emmènera pas non plus sur les terres du Front National. Bien sûr, les temps on changé. Je n’ai plus dix-huit ans et même si je comprends à quel point les idées de ce parti séduisent bon nombre d’électeurs, ses idées ne sont tout simplement pas les miennes. Je ne crois pas plus en sa moralité sur le plan politique car je sais qu’en cas de victoire, le pouvoir change les hommes et que, pour paraphraser l’Oracle de la Matrice, les hommes de pouvoir veulent plus de pouvoir.

J’ai tout simplement réalisé qu’encore une fois, les affaires reprenaient, que les hommes politiques n’avaient décidément rien compris, que la vie politique était un éternel recommencement et que voter sans conviction comme je l’ai fait en 2012, donner mon vote au plus grand nombre (en s’abstenant de voter en fonction de soi mais pour les autres) revient au même que ne pas voter car c’est donner son vote à quelqu’un en qui on ne croit pas et qui en finalité déçoit. Voter, c’est alors donner de son petit pouvoir de citoyen à une cause que l’on sait perdue d’avance et au final il est peut-être plus hypocrite de soutenir quelqu’un un en qui on ne croit pas que décider en âme et conscience de ne soutenir personne.

Je n’ai pas attendu l’affaire Cahuzac pour savoir que l’arnaque était légion au sein du monde politique et je sais aussi qu’il y a des tas d’affaires que nous ne connaissons pas encore – et que nous ne découvrirons peut-être jamais – qui existent quelque part dans la sphère géopolitique.

Rien ne dit qu’en 2017, je m’abstiendrai effectivement mais j’y pense et cette idée ne m’écœure pas, ne me révulse pas, n’est pas totalement exclue comme elle aurait pu l’être avant car, depuis cette époque, j’ai beaucoup observé, j’ai regardé autour de moi ce que la politique de droite et de gauche avait pu faire. Réponse : rien. En tout cas, rien qui puisse empêcher le pouvoir bancaire de prospérer et les inégalités de se creuser.

On me répondra que, socialement, nous avançons, qu’heureusement, le droit aux personnes homosexuelles de se marier va pouvoir enfin se concrétiser. J’aime les avancées sociétales, elles sont belles mais elle sont encore plus belles et légitimes quand de réelles avancées sociales se produisent, or, ce n’est pas le cas.

Non, ce n’est pas le mariage pour tous qui me fera aller voter en 2017. Le mariage est un choix de vie, ce n’est pas le mien, il ne me concerne pas. Egoïste ? Peut-être. J’ai en tout cas décidé de voter en fonction de mes valeurs, en fonction de moi et non plus en fonction des autres. Mes valeurs ne sont représentées par aucun parti. Aucun parti et aucun homme ne me donne l’espoir que les lendemains seront plus beaux

Et l’abstention qui entraînerait la montée du FN ? Est-ce factuellement le cas ? Et puis, au nom de quoi devrait-on être insulté pour un vote que l’on a choisi de ne pas donner plutôt que pour un vote que l’on donne en le subissant ?

Je me ferai peut-être insulter. J’assisterai peut-être à la victoire du Front National en 2017 à cause de gens comme moi. Certes. Je sais que je serai en partie fautive. Mais, je sais aussi que toutes les personnes qui ont donné leurs voix au gouvernement actuel sont fautives aussi.

D’ici là, le vote blanc sera peut-être comptabilisé mais, pour la suite, je ne compte définitivement que sur moi et mon entourage pour que « le changement […] » ce soit « maintenant ».

 

Comments

  1. Xavier Api

    Le vote blanc, oui, mais pour quel message ? Si tu ne dis rien, les médias interpréteront ton vote comme ils veulent. Tu voteras par conséquent pour la dictature des médias (qui est déjà omni présente. Voir les derniers cris de Mélenchon contre les journalistes …). Que faire ? Je réfléchis aussi… et repensent comme toi à mes propres valeurs au quotidien. C’est sûrement salvateur, ne nous laissons pas emporter par ces politiques, ces médias, … qui nous « dictent » ce qu’il faut penser. Redevenons nous-mêmes. Là est notre dignité et en 2017, nous aurons grandi.

  2. Sylvie Kranouch

    Vos valeurs sont sans doute communes à pas mal de gens qui, comme vous, sont écœurés de nos élites corrompues et cyniques. Choisir de se replier sur soi n’est pas une solution, cela ne vous mènera nul part, peut-être seulement à ressembler à ceux que vous détestez aujourd’hui. Voter est en effet inutile mais il y a beaucoup d’autres manières d’influencer notre destinée commune. Ne baissez pas les bras sinon vous abandonnerez le monde aux pourris, aux bandits et, isolée, vous n’aurez aucune chance. Rien n’est joué d’avance !

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