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Lutte contre la prostitution : nouveau visage du féminisme en France

Lutte contre la prostitution : nouveau visage du féminisme en France
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La pénalisation des clients de prostituées maintenant votée à l’Assemblée Nationale, le débat s’axe de plus en plus sur la situation actuelle du féminisme français. Par sa proposition de loi, Najat Vallaud-Belkacem tente de faire bousculer le droit et les mœurs au sujet de la prostitution. Car en s’attaquant au problème de la prostitution, c’est l’image de la femme que l’on veut implicitement changer. Réussite ou déroute ?

 

Lutter contre la prostitution

 

On nous dit souvent, « le plus vieux métier du monde ». Ainsi, depuis si longtemps donc la femme se prostitue ? Un constat réaliste mais bien pessimiste consiste à dire que la prostitution fait partie intégrante de notre société.

La seule chose établie, c’est que la prostitution incarne de nos jours la précarité absolue. La prostitution, c’est avant tout la traite des femmes, la régression féminine, l’apologie du sexe. Une femme qui vend son corps, se fait user, se fait utiliser, se fait dominer par un homme en manque de butoir.

C’est cette condition qui pousse les politiques à légiférer pour apaiser les conditions de traitement des prostituées et à les libérer elles-mêmes. L’objectif de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, est précis : lutter contre la prostitution quantitativement. Cette lutte passe donc immanquablement par la diminution du nombre de prostituées en France.

La ministre a donc choisi de lutter contre la prostitution frontalement : abolir, restreindre serait la politique la plus efficace. Ainsi, la loi votée ce mercredi 4 décembre prévoit de pénaliser les clients de prostituées prévoyant entre autres une amende de 1500 euros pour le client condamné.

Cette politique est décriée par de nombreuses formations politiques, de l’UMP aux écologistes, incluant le FN et les radicaux de gauche. Le texte serait inapplicable, et surtout, abroge le texte de 2003 de Nicolas Sarkozy instituant le délit de racolage passe. Pour les socialistes, la prostituée est donc une victime, soumise au proxénète qui la vend et au client qui l’achète.

 

Merci d’avoir accepté de regarder la prostitution telle qu’elle est et pas telle qu’on la rêve #pplprostitution

— Najat Belkacem (@najatvb) 4 Décembre 2013

 

Les socialistes regardent du côté suédois, du côté norvégien, où nous dit-on le « néo-abolitionnisme » y fait déjà ses effets. Les clients sont condamnés en Suède depuis 1999, mais les résultats de cette politique sont contrastés. La prostitution de rue a fortement diminué, la peur du client contribuant ; néanmoins, il y a eu déplacement du problème. La prostitution via Internet a été gravement alimentée, la prostitution continuant globalement de progresser.

De l’autre côté du Rhin, une toute autre méthode est mise en place : le « réglementarisme » reconnait le statut de travailleurs du sexe, considéré comme un emploi, la prostituée payant des impôts, recevant des allocations santé et chômage. Les maisons closes y sont également légales, mais encadrées.

Mais dans cette Europe à différents systèmes, qui croire ? Quelle politique lutte la plus efficacement contre la prostitution et pour le statut de la femme ? Car même si 15% des travailleurs du sexe sont des hommes, l’écrasante majorité de femmes renvoie une image soumise de celles-ci dans leur globalité.

 

Carte des réglementations sur la prostitution en France

Lutter pour la femme

 

 

 

Ce projet de loi est porté avec conviction par la ministre aux Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. La condition féminine est donc prônée par la gauche, qui s’efforce de s’attribuer l’étiquette du féminisme.

Et il est vrai que les efforts y sont. Le ministère du Droits des Femmes réapparaît en mai 2012, après avoir disparu des gouvernements Raffarin et de Villepin depuis 2002. Le premier gouvernement paritaire de l’histoire de France consacre cette volonté d’intégration de la femme. Ce n’est pas que l’UMP ne participe pas à l’intégration des femmes à la société, mais la gauche se place manifestement mieux en porte-parole de la condition féminine en France.

La volonté de Najat Vallaud-Belkacem de s’inscrire dans le discours des abolitionnistes est très forte. Le féminisme y est prôné, considérant ainsi la prostitution comme de la traite d’être humains. Cependant, certaines prostituées ayant choisi de l’être réclament une meilleure reconnaissance de leur métier, tant légale que sociale. Depuis 2006 s’organise à Paris une marche des travailleuses du sexe, sobrement nommée la « Pute Pride ».

Les voix s’élèvent contre le projet de loi, à tel point qu’en octobre 2013 est publié le « manifeste des 343 salauds », avec pour slogan « Touche pas à ma pute » par le magazine Causeur. Au nom de « la liberté de vendre ses charmes – et même d’aimer ça », de nombreux signataires, parmi lesquels Frédéric Beigbeder, Nicolas Bedos ou Eric Zemmour pour ne citer qu’eux, manifestent leur opposition au projet de l’abolition de la prostitution.

La double référence au manifeste pour l’avortement de Simone de Beauvoir de 1971 et au slogan « Touche par à mon pote » de SOS Racisme fait scandale. Certains critiqueront sur les réseaux sociaux surtout la forme du manifeste et la référence au féminisme des années soixante-dix, qui selon eux associe injustement la lutte des femmes pour disposer de leur corps et la lutte de ces « salauds » pour disposer du corps des autres.

La législation sur la prostitution demeure un débat houleux, à la fois entre parlementaires et au sein de l’opinion publique. Des sondages CSA et TNS Sofres démontrent que 68% des français sont défavorables à la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée Nationale. Paradoxalement, ils sont tout de même 78% à juger nécessaire la responsabilisation du client, préférant pour la plupart le stage de sensibilisation.

Malgré tout ce que l’on dira, la lutte pour les conditions des femmes se joue également sur le terrain de la prostitution. Il est vrai que ce qu’il reste à résoudre, c’est comment résorber au possible la prostitution, en conciliant lutte contre la précarité et reconnaissance des « travailleuses du sexe » qui eux, ont choisi leur métier.

Et par-dessus tout, je me ferai l’honneur et le plaisir de conclure cet article par un magnifique visage bienveillant. A vous les femmes, je vous passe le bonsoir et beaucoup de courage.

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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