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François, quel socialiste es-tu ?

François, quel socialiste es-tu ?
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En explicitant l’ambition de son programme économique, François Hollande a confirmé, si ce n’était pas assez clair, qu’il n’était pas un socialiste pur jus. Son discours, fait de concessions libérales et capitalistes, amène à repenser l’idéologie du Parti Socialiste et l’échiquier politique dans son ensemble. Regard sur ce nouveau visage.

 

Comme un air de déjà vu

 

Pierre Mauroy, premier ministre sous François Mitterrand (1981 - 1984)

Pierre Mauroy, premier ministre sous François Mitterrand (1981 – 1984)

Certains, beaucoup même, s’en souviennent. En mars 1983, Pierre Mauroy, premier chef du Gouvernement de François Mitterrand, décide de changer radicalement, du tout au tout, de politique économique. Alors que la gauche accède enfin au pouvoir et met en œuvre une politique économique et sociale fondée sur la justice depuis deux ans, Pierre Mauroy et François Mitterrand pratiquent le « tournant de la rigueur », avec l’appui du ministre des Finances Jacques Delors. Nombreux sont ceux qui y voient une trahison, et voient là le moment où « la gauche est passée à droite ».

C’est alors que l’annonce, ce mardi 14 janvier, des mesures du « pacte de responsabilité » accordé aux entreprises, de baisses des charges et de la dépense publique, donne une formidable résonance au tournant de 1983. Alors que François Mitterrand y avait accepté l’économie de marché, abandonnant le jeter de rose, l’Internationale et les vieux idéaux du socialisme, François Hollande assume aujourd’hui le dialogue social, la réduction du coût du travail et la nécessité de la compétitivité.

Certains issus des rangs du Parti de Gauche sont maintenant persuadés du « social-libéralisme » que défend François Hollande, deux mots qui sont pour eux rédhibitoires. Beaucoup qualifient en revanche cette nouvelle orientation de « social-démocrate », à raison. Sous bien des traits, la politique dépeinte par François Hollande ressemble à cela. Evoquer la baisse du coût du travail et la réduction des dépenses publiques quand on connaît les idéaux socialistes de la relance keynésienne par la consommation et l’augmentation des salaires, c’est s’aventurer sur un chemin risqué, qui peut faire peur, très peur à la gauche du PS.

 

Un social-démocrate, un social-libéral ?

 

Gerhard Schröder et Tony Blair, héritiers du social-libéralisme

Gerhard Schröder et Tony Blair, héritiers du social-libéralisme

Mais la social-démocratie, qu’est-ce que c’est ? Au départ, c’est simplement le nom qu’ont les partis socialistes allemand et scandinaves. La rupture avec la révolution prolétarienne, l’abandon du marxisme et le rejet de la IIIe Internationale de 1919 constituent alors leur credo. En somme, à l’époque, idéologiquement rien de plus que la SFIO française, elle-même ayant rejeté en 1920 l’Internationale communiste.

C’est plus l’incarnation de la social-démocratie et sa pratique que ses idéaux qui la différencie du reste du socialisme. Gerhard Schröder pour le parti social-démocrate allemand, et Tony Blair pour le parti travailliste anglais en sont les dignes représentants d’une ligne un peu plus poussée. Eux, pratique un social-libéralisme décomplexé.

Sous la chancellerie de Gerhard Schröder, pourtant issu du SPD, sont promulguées les lois Hartz de 2005, qui réduisent les indemnités chômage pour ceux qui n’acceptent pas un travail en dessous de leurs capacités, rendant le travailleur allemand « plus flexible ». Si aujourd’hui l’Allemagne se porte bien, c’est plus grâce aux réformes de Schröder qu’à la gestion de Merkel.

Tony Blair, quant à lui, ouvre la « Troisième Voie » au sein du parti travailliste britannique. Cette voie définit justement le New Labour comme une alternative au libéralisme et au socialisme. Blair lui-même dit s’inscrire dans l’héritage qu’a laissé Margaret Thatcher, libérale convaincue, pratiquant des crédits d’impôts avec son Chancellor Gordon Brown, ministre des Finances.

François Hollande lui, ne semble pas issu du même « bain libéral ». Il a clairement énoncé que le dialogue social syndicats-patronat était nécessaire et que l’Etat devait agir en médiateur de ces négociations et non en acteur. Il a également affirmé vouloir réduire les doublons administratifs, thème qu’on sait cher à l’UMP, évoquant même une réformes des régions. Une proposition qui fait sourire, si on se souvient du Comité Balladur de 2007 qui planchait justement sur la question, que la gauche a vivement critiqué, Martine Aubry en première ligne.

Une ligne entre socialisme et social-libéralisme : c’est ainsi que François Hollande se place désormais, resserrant ainsi encore plus le bipartisme français. Cependant, François Hollande ne renie pas ses origines socialistes. Il opère plutôt une réorientation économique de son parti et de son gouvernement, assumant pleinement les positions qu’il semblait soutenir dès le début de son quinquennat. Une réorientation un peu comme celle du Labour, en Angleterre dans les années quatre-vingt-dix – certes, en moins poussée.

 

L’art du consensus

 

Enfin, il reste que François Hollande pour conviction une politique socialiste traditionnelle et dans les discours, une politique social-démocrate qu’il affirme. Un peu à la façon de Manuel Valls, François Hollande est plutôt issu de la branche « droite » du PS ; ces positions ne surprennent seulement parce qu’elles interviennent après une campagne beaucoup plus à gauche.

Un journaliste demandait à juste titre : pourquoi les candidats socialistes sont-ils plus à gauche en campagne qu’une fois élus ? On se souvient du discours du Bourget, où le candidat fustigeait « le monde de la finance », portant un peu plus tard à ses promesses une taxe à hauteur de 75% pour les hauts revenus. Des idéaux auxquels croit encore le Président, mais auxquels il y ajoute une pointe de « réalisme ». C’est lui qui le dit.

Et le problème de François Hollande est bien là. En jouant une politique de centre-gauche, alliant socialisme et concessions sociales-démocrates, il s’attire à la fois les foudre de la gauche de la gauche et de l’UMP, pratiquant à la fois trop et pas assez de libéralisme.

Néanmoins, François Hollande l’affirme : il n’est pas « gagné par le libéralisme ». Reste à voir dans les actes si la politique de 2014, 31 ans après le tournant de Mitterrand, se traduit par une mutation sociale-démocrate du Parti Socialiste. Mais surtout, il reste à voir si cette politique sociale-démocrate sera bénéfique à l’économie française.

 

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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