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Le Front national, fasciste ou pas ?

Le Front national, fasciste ou pas ?
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Alors que Jean-Luc Mélenchon qualifiait Marine Le Pen de « fasciste » en mars 2011, le procès de celui-ci intenté par la présidente du Front National pour « injure publique » qui se tenait ce jeudi 6 mars relance de nouveau le débat sur l’idéologie du parti frontiste, surtout depuis 2011 avec la présidence de Marine Le Pen. n


 

« Fasciste » : injure ou dénomination politique ?

 

Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche, inquiété pour « injure publique »

Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche, inquiété pour « injure publique »

L’affaire commence au tout début de la campagne présidentielle. Les deux candidats, franchement déclarés, sont par ailleurs les premiers à participer à un débat portant sur leurs projets présidentiels. Le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon répond alors le 5 mars 2011 à un sondage plaçant pour la première fois la candidate Front national Marine Le Pen en tête au premier tour.

Invoquant une « guignolisation de la politique », Jean-Luc Mélenchon s’offusque sur le plateau d’iTélé : «Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul peuple qui ait envie d’avoir un fasciste à sa tête ? ». Marine Le Pen, alors nouvelle présidente du FN, s’attache à la dédiabolisation de son parti en vue des élections présidentielles et réfute l’étiquette injurieuse de parti fasciste – comme celle, récemment, de parti « d’extrême droite ».

Les avocats Maîtres Wallerand de Saint-Just et Raquel Garrido, respectivement de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ont opté pour des positions diamétralement opposées. L’un dénonçant « l’imputation péjorative d’une opinion illicite », rappelant que la fascisme est une doctrine interdite par la loi. L’autre considérant comme « liberticide » la possible interdiction d’une simple « caractérisation politique ». Le parquet a finalement requis la relaxe, dont le jugement est mis en délibéré au 10 avril.

 

L’histoire d’un contraste et d’un revirement

 

 Ancienne affiche de campagne du Front National


Ancienne affiche de campagne du Front national

Ce procès attise encore plus les réticences qu’a le Front national à évoquer son passé, son histoire, son cheminement idéologique et ses idéaux. Créé en 1972 et issu du mouvement néo-fasciste Ordre Nouveau – arborant à l’époque la croix celtique en tant qu’emblème, pour simple exemple –, le Front national est alors la « vitrine électorale » d’une France apeurée de l’immigration des Trente Glorieuses, d’une

France nostalgique de la religion catholique d’Etat ; aussi d’une certaine France restée pétainiste.

Si les étiquettes « souverainiste » ou « patriote » sont acceptées et revendiquées par les cadres du parti, celle de « néo-fasciste » est rejetée, et ce, depuis sa création ; malgré ses origines quelques peu douteuses. Depuis sa création, le FN apparaît comme un parti qui stigmatise l’immigration, qui serait selon eux la cause des maux socio-économiques, de l’accroissement de la dette et le vecteur d’une crise identitaire.

Car il faut bien rappeler que Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti, était élu en 1956 député de la Seine sous l’étiquette poujadiste, alors à l’époque un mouvement contestataire de la Quatrième République, antiparlementaire et réactionnaire.

Pour sa première élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, à l’inverse de la politique sociale de sa fille aujourd’hui, défend un programme profondément libéral, dénonçant dans son programme de 1974 la main-mise de l’Etat sur l’économie, celui-ci devant se limiter selon lui au respect de l’ordre et de la Justice, ainsi qu’à la Défense du pays. Il appelle même à voter pour le libéral Valéry Giscard d’Estaing au second tour. À des années lumières donc du programme de Marine Le Pen de 2012.

Cependant, le FN demeure toujours marginal, principalement à cause des frasques de son président-candidat aux présidentielles Jean-Marie Le Pen. En 1995, le candidat à la Présidence de la République compare dans son programme « l’immigration temporaire » à une « colonisation de peuplement », plaidant par ailleurs pour une Sixième République. L’homme qui se voyait comme le Ronald Reagan français, se définissant lui même comme « socialement de gauche, économiquement de droite, nationalement français » le soir du 21 avril 2002, reste le même jusqu’en 2007, plaidant pour la fin des 35 heures et une baisse des charges patronales.

C’est alors que la déferlante Marine Le Pen arrive. Elue à la présidence du parti en 2011, Marine Le Pen représente la nouvelle génération frontiste, celle qui veut se faire élire, gommer l’allure contre-révolutionnaire du parti. Alors que le programme économique du FN était au second plan, Marine Le Pen s’institutionnalise grâce à un programme économique cohérent, très à gauche, on ne peut plus social, loin, loin de celui de son père. La hausse des salaires, la baisse des prix du gaz, la sortie de l’euro, la revalorisation des retraites sont les maîtres mots de Marine Le Pen, fustigeant « l’ultralibéralisme de l’UMPS ».

Imprégnée d’un étatisme d’un souverainisme sans failles, le nouveau Front national ameute les opposants aux privatisations et à l’Europe bruxelloise, ainsi que les partisans de la liberté monétaire. En témoingne l’arrivée de néo-gaullistes tel que Florian Philippot, parachevant le revirement idéologique du parti.

 

Quels idéaux pour le nouveau Front national ?

 

Marine Le Pen et Florian Philippot, porte-drapeaux du renouveau frontiste

Marine Le Pen et Florian Philippot, porte-drapeaux du renouveau frontiste

La coupure idéologique du Front national avec ses origines est aujourd’hui saisissante. Il serait de nos jours inconcevable de voir une affiche du type de celle présentée plus haut dans les campagnes frontistes. Le changement est tel que « fasciste » semble être devenu inapproprié pour qualifier le Front national. La dédiabolisation voulue par Marine Le Pen a progressivement rendu caduque la dénomination de parti fasciste.

En effet, il faut différencier la forme du fond. Si dans la forme, le Front national n’est plus à proprement dit fasciste, de par sa stature présidentielle, son relatif appel à la démocratie – référendums d’initiative populaire, etc. –, le fond de son programme quant à lui, s’il n’est pas fasciste, est national-socialiste, et il faut expliquer pourquoi.

Utiliser ce mot fait peur, et c’est justifié. Il évoque le Troisième Reich hitlérien, la Solution Finale, les génocides, et cela, ce n’est peut-être pas la réalité du Front national. Mais il demeure que la symbiose d’un programme social, keynésien économiquement, fondamentalement étatiste, pleinement redistributif et d’un programme souverainiste, patriote, revendicatif des droits des vrais Français, eurosceptique, intransigeant envers les populations immigrées et étrangères fonde le ciment national-socialiste que se construit aujourd’hui le Front national.

Aujourd’hui, il n’y a plus de place pour le libéralisme d’antan. Place au soulagement du peuple, à la nostalgie de l’Etat providence, à la priorité nationale ; place aussi à l’Etat fort, tant sur l’autorité que sur l’interventionnisme économique. Socialiste économiquement, nationaliste socialement, le Front national n’est donc pas à proprement dit fasciste, car il se forge une allure républicaine. Un journaliste a même réussi à arracher de la bouche de Florian Philippot que son programme était « national » et « social », preuve de l’idéologie frontiste.

Le procès Le Pen – Mélenchon révèle au final ce qui est le plus important : le peuple décide, il a raison, mais en connaissance de cause. Etudier le pan national-socialiste du FN semble aujourd’hui être important pour comprendre toute l’étendue du changement qu’a opéré Marine Le Pen à la tête de son parti. Car si la qualification de l’idéologie frontiste est propre à chacun, il reste que militants et élus admettent et revendiquent le parti pris social et national de leur parti.

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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