Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Gouvernement Valls : l’histoire d’un consensus

Gouvernement Valls : l’histoire d’un consensus
mm

C’est donc un « gouvernement de combat » qu’a formé Manuel Valls, selon la formule de François Hollande, qualification qui par ailleurs restera dans les mémoires. Plus que le resserrement et les échanges de porte-feuilles, ce sont les différents enjeux de la future politique gouvernementale qui sont engagés. Retour sur ce savant mélange entre les différentes forces de gauche.

 

Une réponse au choc électoral

 

Photo AFP

Photo AFP

Le remaniement tant attendu post-municipales est arrivé. Jean-Marc Ayrault, vu comme déficient dans la manière de gérer son gouvernement et la politique de la France, Manuel Valls répond présent à la proposition de François Hollande de le nommer locataire de l’hôtel Matignon.

Stupéfaction des uns, agacements d’autres, espoirs d’autre part, cette nomination suscite le questionnement et l’impatience, tant à gauche qu’à droite. C’est peu dire que la vision de Manuel Valls à Matignon hérisse les poils des partisans d’une politique plus marqué à gauche, eux qui voient en l’heureux élu le porte-drapeau du courant « social-libéral » et « sécuritaire » du Parti Socialiste.

Le remaniement gouvernemental était donc très attendu ; et y compris à droite. Manuel Valls à Matignon est pour eux la meilleure réponse à la débâcle socialiste des municipales, lui qui est perçu comme « le plus libéral des socialistes ». En effet, pour certains, la nomination de Manuel Valls serait l’occasion de faire de François Hollande un Tony Blair ou un Gerhard Schröder français, soit une politique sensiblement plus proche de leurs idéaux.

Il est vrai que Manuel Valls optait pour des positions économiques assez éloignés des valeurs traditionnelles de gauche, plaidant pour un « déverrouillage des 35 heures » et une sorte de TVA sociale lors des primaires socialistes de 2011. En réponse aux peurs de la gauche de voir un cap encore plus ancré au centre, Manuel Valls compose un gouvernement de synthèse – comme au temps de la Quatrième République, disent certains – entre les différents courants de son parti.

C’est alors que surgit ce mercredi 2 avril 2014 Pierre-René Lemas, Secrétaire Général de l’Élysée, sur le perron du palais présidentiel pour annoncer la composition du nouveau gouvernement.

 

Surprises et reconduites : un léger remaniement

 

Le retour de Ségolène Royal sur le devant de la scène

Deux aspects sont à retenir de ce remaniement : d’une part, un gouvernement fait de proches de François Hollande et finalement, fait de personnalités véritablement ancrées dans le cœur des sympathisants de gauche.

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont sans doute les deux plus grosses promotions de gouvernement, et pour cause. Le premier ajoute au porte-feuille du Redressement Productif ceux de l’Économie et du Numérique, quand le second passe du secrétariat d’État à la Consommation au grand ministère de l’Éducation, élargi à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche.

Or, ceux-ci sont justement les plus fermes partisans d’une politique plus à gauche, teintée d’un plus fort interventionnisme et d’un protectionnisme relevé, idéaux assez éloignés de ceux auxquels croit Manuel Valls. Véritable allégorie de la gauche toute entière, celle qui était donnée sortante suite à ses cafouillages lors de l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, Christiane Taubira est paradoxalement reconduite place Vendôme au ministère de la Justice.

Autre personnalité remarquée, Ségolène Royal fait son retour au gouvernement. Mais il faut rappeler que celle-ci aurait du en faire partie depuis le temps d’Ayrault, car elle avait ambition à briguer le perchoir de l’Assemblée Nationale après les législatives, où elle a justement échoué face à Olivier Falorni à La Rochelle. Elle hérite du ministère de l’Environnement délaissé par les Verts, élargi à l’Énergie notamment.

Mis à part François Rebsamen au ministère du Travail, pas d’autres entrants au gouvernement. Michel Sapin obtient les Finances et Stéphane Le Foll le porte-parolat. Autant de promotions pour les dits « proches » de François Hollande qui montrent la volonté du chef de l’État d’encadrer son Premier ministre, à la façon de François Mitterrand et Michel Rocard en 1988.

Aussi, il faut souligner la formation un peu alambiquée de ce gouvernement. Déjà, la disparition des ministères des Transports ou de la Santé fait mauvais effet, c’est davantage le ministère des Outre-mer qui inspire le questionnement. Je ne dis pas que placer l’Outre-mer en position de ministère soit démagogue ou idéaliste, mais c’est bien une première pour ce porte-feuille.

George Pau-Langevin semble être la seizième ministre qu’il fallait pour attendre l’objectif de parité, que l’on a remontée de Secrétariat d’État à Ministère. Mais il est vrai que l’on ne peut que féliciter le renouvellement de la parité, signe fort de la volonté progressiste du gouvernement, qui érige en symbole cet idéal partagé par beaucoup.

 

Le départ des Verts

 

Cécile Duflot et Pascal Canfin, ex-ministres EELV du gouvernement Ayrault

Cécile Duflot et Pascal Canfin, ex-ministres EELV du gouvernement Ayrault

Revenons aussi sur le refus des Verts d’entrer au gouvernement dirigé par Manuel Valls. Déjà au gouvernement Ayrault, les altercations Duflot – Valls étaient palpables et visibles. Les désaccords semblaient trop grands, si bien que Cécile Duflot déclare avant même l’annonce de la nomination du nouveau Premier ministre qu’elle ne participera pas à un gouvernement Valls.

Forte du relatif succès de son parti aux élections municipales, Cécile Duflot se dit qu’il y a une place à prendre dans la brèche qui s’est ouverte, y voyant là la demande d’une alternative de gauche, qui serait autre que le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Le bureau exécutif d’EELV (Europe-Écologie les Verts) tranche au soir du 1er avril et décide de ne pas intégrer le nouveau gouvernement.

Pourtant, certains s’y voyaient déjà. Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et François de Rugy, présidents des groupes écologistes aux deux assemblées, étaient pourtant relativement favorables à un maintien au gouvernement. Comme l’affirmait un éditorialiste, Cécile Duflot a préféré ici la politique à l’écologie.

En effet, Manuel Valls leur avait proposé un ministère inédit, où ils auraient pu faire leurs preuves et mener la politique qu’ils avaient toujours rêvé de mener, celui de l’Environnement, élargi à l’Énergie, aux Transports et au Logement. Autant d’axes sur lesquels un ministre EELV aurait pu imprimer sa patte et en tirer un véritable bilan.

Là où les Die Grünen – parti écologiste allemand – ont réussi à s’ancrer dans le paysage politique allemand, EELV a sans doute effectué un mauvais calcul politique, préférant surfer sur le manque de résultats et l’impopularité record du gouvernement que de mener à bien les mesures dont ils ont toujours voulu être les rapporteurs.

Finalement, on retiendra de ce remaniement le faible renouvellement des ministres, le départ mal-calculé des Verts du gouvernement et la volonté de rassurer les électeurs de gauche en reconduisant et confortant les ministres représentatifs de l’aile gauche du Parti Socialiste.

Peut-être même qu’au final, tout ce remaniement est vain, quand on aperçoit l’ombre d’une deuxième débâcle électorale pour la gauche. Celle-ci aux élections européennes.

The following two tabs change content below.
mm

Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

Submit a Comment