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Plan Valls : austérité, rigueur ou sérieux budgétaire ?

Plan Valls : austérité, rigueur ou sérieux budgétaire ?
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Prenant tout le monde de court, le Premier ministre Manuel Valls s’adresse aux télévisions à la place du porte-parole du gouvernement pour annoncer et expliciter les mesures de réduction des dépenses publiques dont les 50 milliards d’économies tant attendues. La fronde de la gauche du PS ne se fait pas attendre, qualifiant ces mesures « d’indécentes » vis-à-vis des plus modestes. Retour sur ce plan d’austérité pour les uns, de redressement pour les autres.

 

Coup de tonnerre ?

 

Coup de tonnerre. Cataclysme. Déclarations indécentes. Propositions abracadabrantesques. Voilà comment les annonces de Manuel Valls sur la réduction du déficit seraient qualifiées par ce que l’on appelle communément l’aile gauche du PS. Ces déclarations ont laissé Jérôme Guedj sans voix et mis Gérard Filoche en colère. Mais pouvait-on s’y attendre ? La réponse serait plutôt affirmative. Tout cela s’est fait en douceur. Déjà le 14 janvier, François Hollande assumait publiquement une politique social-démocrate, prônant progressivement le pacte de responsabilité, un abaissement des charges patronales et une réduction des dépenses publiques.

Manuel Valls est donc chargé, à son arrivée à Matignon le lendemain des municipales, d’annoncer les projets sur lesquels a travaillé son prédécesseur Jean-Marc Ayrault. Quelques dizaines de milliards d’économies seront donc levées par les gels des prestations sociales – logiquement augmentées en fonction de l’inflation – et du point d’indice des fonctionnaires.

Au total, 18 milliards seront à la charge de l’État, 11 milliards des collectivités locales, 10 milliards de l’assurance maladie et 11 milliards par la gestion du système social. Le Premier ministre l’assure, les minimas sociaux tels que le RSA et le minimum vieillesse conserveront leur indexation sur l’inflation. Les engagements du candidat François Hollande seront eux aussi tenus : les créations de postes dans l’Éducation Nationale, la police et la justice auront bien lieu.

Malgré ces efforts, le plan annoncé par Manuel Valls est d’ores et déjà taxé de « plan d’austérité », à l’instar des mesures de rigueur menées par Jacques Delors et Pierre Bérégovoy depuis 1983. Le choc est rude, surtout quand ces mesures sont annoncées de la bouche d’un gouvernement socialiste. Les militants PS, décriant déjà le manque de démocratie interne après la nomination unilatérale de Jean-Christophe Cambadélis à la tête du parti, se retrouvent dépassés par une politique qu’ils ne reconnaissent pas.

Mais on peut remarquer que les deux seuls présidents socialistes de la Vème République ont emprunté le même cheminement politique. Deux ans de politique plutôt marquée à gauche pour ensuite promouvoir une politique consensuelle, se souciant de la baisse des charges patronales. Reste à savoir si cette politique sera efficace et encensée par les citoyens.

 

Coup de poker

 

Pour François Hollande, le but est d’avant tout de réussir. Réussir, pour la France ; mais aussi réussir pour permettre sa réélection. Après l’échec de l’inversion de la courbe du chômage fin 2013, François Hollande – qui recueille seulement 18% d’opinions favorables – se doit d’obtenir des résultats. Et c’est bien lui qui le dit. Seulement, on a l’impression qu’une fois la gauche au pouvoir, la seule solution pour elle est de pratiquer une politique social-démocrate affirmée.

Le jeu politique oblige nécessairement François Hollande à relancer sa popularité, par des mesures fortes. Au fond, François Hollande n’était pas quelqu’un de très marqué à gauche. Aux primaires socialistes, il était celui qui était le plus consensuel, le plus rassembleur, mais il n’a jamais été partisan d’une politique très keynésienne mais plutôt de ce qu’il a toujours été : un social-démocrate.

Le pacte de responsabilité, c’est réellement le dernier pari de François Hollande. Lui qui avait déjà froissé la droite, justement parce qu’il était de gauche, contraint ses militants à critiquer sa politique trop consensuelle.À trop vouloir satisfaire tout le monde, François Hollande ne satisfait réellement personne, s’attirant les foudres de la gauche et de la droite. En témoigne par exemple, la réaction ironique du membre du Conseil National du PS Mehdi Ouraoui.

 

À force d’être obsédés par les 3%, ça va finir par être notre score aux élections.

— Mehdi Ouraoui (@mehdiouraoui) 16 Avril 2014

 

L’Observatoire Français des Conjectures Économique (OFCE) analyse déjà que les mesures de redressement annoncées par le gouvernement vont peser sur la croissance. Le tout est donc de savoir quelle est la véritable politique économique qui réussira, un jour, à résorber le chômage dans notre pays, à accroître l’attractivité de la France, à relancer l’industrie et soutenir le tourisme.

La politique menée actuellement par François Hollande est contestable autant qu’elle peut être soutenue par certains militants. Paradoxalement, on entend même certains cadres du parti louer le courage du gouvernement à lancer les réformes qui n’ont pas été menées sous les gouvernements Fillon.

Une chose est pourtant sûre : à maintenant trois ans de la prochaine élection présidentielle, François Hollande doit lancer les réformes qui lui permettront de revenir en 2017 avec de sérieux résultats économiques et sociaux, tout en ayant réussi à trancher avec le précédent quinquennat de Nicolas Sarkozy. Toute une histoire.

 

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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