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Xavier Dolan avait un rêve…

Xavier Dolan avait un rêve…
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Xavier Dolan ce nom ne vous dit rien ?

Ce nom, c’est celui d’un jeune réalisateur québécois de seulement 25 ans qui fait bien des vagues dans le monde du cinéma ces dernières années quand bien même tourne-t-il ouvertement le dos au porte-drapeau de « la nouvelle vague », j’ai nommé Monsieur Jean-Luc Godard.

 

Ironiquement, ils finiront ex-aequo pour le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes grâce à leurs films respectifs : « Mommy » et « Adieu au langage ». Le jury y voyait certainement un symbole : celui de réunir deux personnalités hors normes et complètement iconoclastes, l’un à l’aube de sa carrière plus que prometteuse, l’autre au crépuscule de la sienne qui n’en est certainement pas à sa première récompense. Godard étant considéré aujourd’hui comme celui qui a permis au cinéma de prendre un nouveau tournant dans sa technique comme dans ses sujets. On lui devrait « tout » à ce qu’on dit. Force est de constater qu’ « A bout de souffle » a marqué pour toujours nos esprits cinéphiles et a su remettre en question le sens de la cinéphilie dans l’absolu.

 

Pourtant, le jeune Dolan ne se réclame aucunement de ce cinéma … Pas de modèles réels, ce dernier semble être un véritable autodidacte, un être qui jouit de sa liberté de créer en s’affranchissant de toute convention. A propos de Godard, Dolan dénonce tout bonnement le manque d’humanité dans ses projets portant non pas un regard sur l’autre mais sur lui-même. Ses films apparaissent à ses yeux comme le prétexte à revendiquer sa propre intelligence, sa propre importance.

Xavier Dolan, l’insolent humaniste du cinéma d’auteur d’aujourd’hui est un inépuisable puit d’inspiration et de lumière autant par sa mise en scène que par la force de ses histoires …

 

On excuse tout au génie. Car en effet, il signe son premier long-métrage « J’ai tué ma mère » à 20 ans envers et contre tous. Le jeune homme croit en ses rêves et cela ne rate pas : en 2009, Cannes est sous le charme de ce nouveau phénomène qui concourt alors dans la Quinzaine des jeunes réalisateurs. Ce film d’inspiration autobiographique fantasmée va lui ouvrir les portes de l’épanouissement artistique. Dès lors, s’annonce un cycle de créativité infini à un rythme très soutenu.

 

Quelques mois plus tard, paraît son second film « Les amour imaginaires » en 2010, puis « Laurence Anyways »  en 2012, les deux ont été sélectionnés encore une fois à Cannes dans la section « Un Certain Regard ». Enfin, il y aura « Tom à la ferme » en 2014.

 

Ainsi, la passion l’emporte sur la jeunesse et le manque d’expérience. En seulement quatre réalisations, le Québécois crée un cinéma qui lui est propre, devenant l’icône de toute une génération, une génération où la jeunesse est exigeante et avide d’un cinéma où maturité et humour forment un mélange homogène.

 

Cette année, il revient pour la sortie de « Mommy », son cinquième et dernier film qui signe définitivement un tournant dans sa carrière. Le Prix du Jury à Cannes semble le début d’une nouvelle époque pour Xavier Dolan, celui-ci lui a tout apporté : l’amour du public et l’amitié des journalistes.

En réalité, on ne peut rien dire face à tant de beauté. Xavier Dolan avec « Mommy » est arrivé au sommet de son art et tout le tourbillon médiatique qui s’opère autour de sa personne, qui pourrait commencer à en agacer plus d’un, n’est finalement que justice !

Enfin, le petit garçon rêveur qui écrivait dans l’obscurité de sa chambre d’enfant des lettres d’amour et d’admiration à quelques Léonardo Dicaprio, Kate Winslet ou encore Céline Dion, se voit ovationné et aimé à l’image de ses idoles d’antan. Pour lui, c’est l’amour le plus important, on fait ce métier pour être aimé et aimer en retour dit-il. Un message qu’il adresse à sa génération lors de son discours au Festival de Cannes qui fera sensation et éclipsera toute la cérémonie.

 

Son mot d’ordre : ne jamais se laisser penser que ce n’est pas possible.

 

Je finirais sur ses mots : « Il n’y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. »

Au-delà d’être le prodige du cinéma québécois, Xavier Dolan devient l’emblème de toute une jeunesse, une jeunesse qui entreprend, revendique et comme il le dit si bien « rêve en couleurs » …

Le rêve est devenu réalité. Bravo Xavier.

 

Quelques mots sur « Mommy » : « Les sceptiques seront confondus »

 

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Le premier film de Xavier Dolan intitulé « J’ai tué ma mère » racontait le désamour d’un fils pour ce qu’il appelait sa génitrice déjà interprétée par Anne Dorval, l’éternelle muse de ce jeune homme de 25 ans. Et cinq ans plus tard, « Mommy » vient venger la figure de cette mère qui n’avait été que trop bafouée.

 

« Mommy », c’est avant tout l’histoire de Diane Desprès, l’histoire d’une mère qui se voit contrainte de reprendre la garde exclusive de son fils Steve suite aux exactions dont celui-ci s’est rendu coupable au sein du centre spécialisé où il est interné.

 

Steve est un adolescent violent et impulsif, hyperactif et hypersensible. Emotionnellement perturbé depuis le décès de son père, il est simplement incapable de faire face à l’existence. Les services sociaux n’en veulent plus, estimant lui en avoir donné bien assez … Il est « socialement inadapté » disent les autres. Avec ce sujet, Dolan nous interroge sur cette manie que nous avons tous de toujours vouloir apposer le nom de « marginal » sur des êtres qui  se révèleraient  différent de nous, nous questionnant également au passage sur la liberté de nos choix en tant qu’êtres humains. Le choix de cette mère si forte en apparence ? Celui de se battre jusqu’au bout, jusqu’aux limites de l’impossible naturellement.

 

Ainsi, « Mommy » nous plonge sans ménagement dans la relation passionnée, passionnante mais destructrice d’une mère et de son fils unique. Ils n’ont pas une once « de pognon », fument des clopes et se fichent bien de ce que peuvent penser les autres. Ca hurle, ça casse des trucs et ça s’embrasse. Un véritable cyclone émotionnel que les personnages, dépassés par les forces qui les animent, ne parviennent à maîtriser.

 

En face, de l’autre côté de la rue, vit Kyla, interprétée avec talent et subtilité par Suzanne Clément, une enseignante bègue en congés maladie dont l’émotivité extrême la renferme sur elle-même. On ressent cette femme en rupture, rupture avec sa famille mais aussi avec la vie. Quelque chose de terrible semble  y être intervenue mais on ne dit rien, on tait ses blessures, croyant les panser. Et puis,  à l’heure de vouloir s’en sortir, ce n’est pas vers son mari ou sa petite fille qu’elle se tourne, mais vers « ses deux tarés » de voisins. La mutique sensible viendra redonner une ligne narrative à leurs existences respectives.

 

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Leur histoire c’est finalement un peu comme la théorie des dominos, mais à l’envers ; au lieu de s’entraîner respectivement dans leur chute, ils s’aident à se relever. Trois êtres entiers et abimés en proie au désespoir et au désordre. Dolan nous parle ici du sublime courage des vaincus. Et il faut dire qu’il le fait  très bien …

 

Leur énergie,  dans la colère, l’amour, le doute, la peur, mais encore toute une gamme de sentiments intermédiaires, trouve dans la mise en scène de Xavier Dolan un écho idéal. Cette dernière est en effet maîtrisée à la perfection par le jeune cinéaste et pourrait être qualifiée de métaphorique de par l’utilisation notamment du format (1:1), très rare dans les salles de cinéma et qui prend tout son sens au cœur du film. Ce format nous transporte  pour deux heures trente durant avec les personnages ; le spectateur effleure du regard leur peau ; à des mètres de l’écran noir nous sommes  et pourtant, au plus près de leurs états d’âmes.

 

Dolan joue avec les gros plans,  suggérant alors la proximité quasi-œdipienne de ce couple mère-fils, sans que jamais rien ne soit  choquant.

Jamais, on ne les juge,  comment pourrait-on juger l’amour de toute façon ?

Dans cette lutte, on en oublie jamais l’espoir qui s’illustre lorsque l’écran, comme par magie, s’élargit ou bien se rétrécit selon les instants de plénitude qui les survolent ou les quittent.

Le réalisateur québécois crée des dialogues et des personnages forts, comme à son habitude que ce soit dans leur lumière comme dans leurs parts d’ombres. Plus encore, il joue avec les codes du langage, nous concoctant des joutes verbales ahurissantes de violence, de douceur, d’humour, pleines d’énergie et de précision, déclamées avec ferveur et fureur par une Anne Dorval éblouissante en mère-courage et un Antoine-Olivier Pilon qui, sans  avoir aucun trouble diagnostiqué, donne toute la profondeur nécessaire à son personnage.

La musique elle-même est un dialogue, comme si un autre personnage parlait, déployant les mots que les protagonistes sont dans l’incapacité de prononcer, mais c’est aussi un échange avec le spectateur lui-même. La musique « populaire » raisonne à plein tube dans la salle obscure, toujours un brin trop fort au point même d’envahir l’image et de la faire vibrer d’avantage. Des airs  qui datent d’il y a quelques années, on distingue les voix inoubliables de Céline Dion, d’Oasis, Counting Crows, Eiffel 65, Andrea Bocceli ;  autant de sonorités qui nous plonge dans les méandres d’un Eden disparu.

Mélancolie poignante qui nous saute à la gorge.

 

A chaque scène, on retient son souffle et l’on en sort à la limite de l’épuisement tant on est absorbé par l’histoire.

 

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On nous narre avec brio l’étendue de leur détresse que ceux-ci dissimulent derrière la violence de leurs mots : un désespoir à la fois social et affectif …

La douleur se conjugue donc à la joie des instants volés au destin, l’amour est arraché à la force des corps emprisonnés dans une souffrance jamais larmoyante bien au contraire. Ici, les larmes se font musique, et les rires une explosion de sens qui  nous éclate joyeusement à la figure. La maladie dont souffre « Steve » le fils de « Diane » ne constitue aucunement l’essence du film et elle  finit d’ailleurs par se fondre parmi ces tranches de vies comme pour nous révéler une vérité peut-être un peu gênante : au final des troubles, on en a tous un peu … même si pas aussi avancés que dans le cas de Steve.

 

Dans « Mommy », force est de constater que tout raisonne avec une sensibilité sans failles. Ce film cogne  aussi fort qu’un coup de poing porté au cœur, il nous émeut  tant dans son horreur que dans  sa grâce à travers des thèmes comme l’amitié, la filiation, la société, et tout se transforme chaque fois en une question où la place de l’amour est primordiale. Bercés par les sonorités canadiennes, on aime à penser que la magie qui s’empare de nous vient d’aussi loin. Nos oreilles se souviendront encore longtemps de leur accent. Grâce à eux, on est successivement subjugués, déroutés, transportés. En somme, on rit, on pleure, on réfléchit … Bref on vit. On est tout ça et ce, sans vraiment savoir comment ni pourquoi. La vie est ainsi … Inexplicable. Et la magie du cinéma, c’est celle de la retranscrire à l’état brut, « Mommy » est une toile criante de vérité peinte non pas aux pinceaux mais aux couteaux. A aucun moment, la pression ne se relâche, jamais on ne se détache. C’est pour de telles émotions que les gens vont au cinéma aujourd’hui. Le cinéma c’est la vie et la vie ce n’est pas seulement respirer, c’est aussi avoir le souffle coupé. Xavier Dolan l’a bien compris. C’est un combat perdu d’avance qu’il met en lumière, cependant il le traite avec espoir et énergie. Inexorablement, cette histoire s’achève dans une impasse avec ce triste constat : « Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver ». Au début du film, l’assistante sociale nous avait pourtant prévenus comme elle avait prévenu Diane, mais on a voulu y croire avec elle. Et on se heurte à la réalité : « We are born to die », dernier titre au générique du film fredonné par la voix doucement roque de l’interprète américaine  Lana del Rey, comme une fin implicitement énoncée qui nous rappelle l’issue fatale qu’on redoutait tous.

 

On ne parvient pas à peser ses mots face à un film pareil, un film qui nous prend aux tripes, puis à la tête, nous effraie, nous rend heureux puis nous ruine jusque dans nos fondements. « Mommy » ça touche viscéralement. Une chose est sûre, vous n’oublierez pas  « Mommy » de sitôt, vous l’emmènerez un peu partout avec vous, elle demeura toujours en vous,  vivante et pesant sur chacun de vos pas : l’amour, ça pèse lourd.

 

La critique est KO. « Ma mère, ce héros », ce sera mon dernier mot.

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Justine Briquet-Moreno

Etudiante à l'Académie ESJ Lille, menant en parallèle une licence de Lettres Modernes. Journaliste en devenir, passionnée par la vie et les mots qui l'animent. Cinéphile et écrivaine à ses heures perdues ...

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