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Niki de Saint Phalle, la douceur d’une femme enragée

Niki de Saint Phalle, la douceur d’une femme enragée
Morgane Bllrt

Si sur un coup de tête, vous ressentez l’envie de communiquer votre douleur et irritation quelque part – et surtout l’envie de voir une superbe exposition –, il existe un lieu fait pour vous. (En revanche, vous ne pourrez pas crier ni barbouiller sur les murs, vraiment pas.)

 

Violée par son père, rabaissée par sa mère, Niki de Saint Phalle ne pouvait suggérer dans son art que paix, amour familial et douceur. Admirée, jugée scandaleuse, elle captiva les médias de par sa beauté, mais aussi et surtout de par son talent.

« Maman, je te remercie de m’avoir autant humiliée, ta haine faisait ma force. »

« Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. »


La devise de Niki ? Peindre la violence. Si en apparence, il est presque rose, féminin et coloré, l’art de Niki de Saint Phalle est plutôt représentatif de colère, de violence et de force. L’artiste trouve dans son art une extériorisation qui lui permet de tenir, et de se venger sur la vie.

 

« Tu vois, tu vois bien ces grosses nanas ? Qu’est ce que tu en penses ?
– Hmm… Elles sont grosses… et grandes… et très grosses.
 En fait, elles les faisaient ainsi pour créer une image de la femme forte, qu’on ne peut pas toucher, tu comprends ?
– Hmm, non…
– Et bien, toi, tu n’aurais pas envie d’embêter une fille comme ça, n’est ce pas ?
 Ah ça non, maman…
– Et pourquoi ?
– J’aurais trop peur qu’elle me fasse du mal ! »


À travers ses grandes statues, œuvres majoritairement connues dans la rétrospective de l’artiste, on comprend toute la force et rage de Saint Phalle. Des grandes femmes, on ne peut plus imposantes (parfois plus de 4 mètres de haut) et que l’on n’a pas vraiment envie d’irriter.

Nicki représente aussi plusieurs femmes noires, dont une « Black & Rose » ou « My heart belongs to Rosy », en hommage à Rosa Parks. L’artiste est révoltée par le racisme et par le biais de son « Nana Power », elle invoque aussi le « Black Power. »

 

 

 

« Une femme dans la civilisation des hommes, c’est comme un nègre dans la civilisation des blancs. Elle a droit au refus, à la révolte. L’étendard sanglant est levé. »

« Voilà, c’est la seule chemise que j’ai pu voler à mon ancien compagnon. Je voulais lui faire du mal, alors je l’ai accroché et j’ai tiré des clous, flèches, tout sur lui. Cela m’a vraiment aidé, je l’ai très vite oublié. »


Dans ses sculptures, on retrouve des personnages joyeux comme morbides, des représentations caricaturales de sa famille et de ses amours, remplis de haine et de violence, qui s’opposent en même temps avec la force et le mouvement pacifique qu’elle veut traduire. Niki tire sur son père, crache sur sa mère, joue aux fléchettes en souvenir de ses anciens compagnons, et je précise : ceci n’est pas à reproduire à la maison.

 

 

Saint Falle est une artiste complexe ; en omettant la violence qui l’habite, on retrouve aussi en elle une douceur juvénile et une naïveté certaine, idée que l’on retrouve dans une série de dessin précise, mais aussi rien que dans les intitulés : « Could we have loved? », « Why did you go away? », « Why don’t you love me? ».

 

Cette rétrospective, c’est donc l’historique de cette femme, artiste complète dont le talent n’est, selon moi, que trop méconnu. L’exposition est délicieuse, très complète et très didactique. C’est une exposition qui redonne le sourire grâce aux couleurs vives et gaies, malgré la vie de cette artiste traumatisante, marquée et exprimée dans l’audace de ses performances. L’exposition reflète bien le travail enragé, fou mais aussi doux et sensible, de l’artiste. Elle nous permet de mieux comprendre ses rêves, ses peurs, ses désillusions et sa vision du monde.

Je ne vous en dirai pas plus, j’espère avoir attisé votre curiosité. Un dernier conseil : à moins d’être incollable sur le nouveau réalisme, la vie privée de cette artiste et tant d’autres choses, je vous recommande vivement de prendre un audio guide – quitte à se balader avec un téléphone du XXème siècle à la main.

 

Bonne visite !

 

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