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Une semaine d’économie en trois graphiques. #12

Une semaine d’économie en trois graphiques. #12
Romain Faquet

Tous les week-ends, Romain Faquet revient sur l’actualité économique qui a marqué la semaine, avec trois graphiques décryptés.

 

 

Cette semaine, nous regardons l’évolution de l’économie française au troisième trimestre, l’INSEE ayant publié ses premières estimations du T3 2014 la semaine dernière. Nous tentons de poser un diagnostic et de dresser une perspective.

Le PIB et ses composantes, (variation trimestrielle en % sur données CVS)

Le PIB et ses composantes, (variation trimestrielle en % sur données CVS)                                Source : INSEE

 

De ces statistiques, nous retenons d’abord que tous les moteurs de l’économie française sont à l’arrêt. Les chiffres de l’INSEE pour le troisième trimestre sont d’ailleurs corroborés par la Banque de France qui, sur la base de sa dernière enquête de conjoncture mensuelle, prévoit une croissance de 0,2% au troisième trimestre et de 0,1% au quatrième trimestre. L’acquis de croissance est en outre en conformité avec les prévisions du FMI et de l’OCDE, révisées à 0,4% pour la France en 2014.

La croissance tout juste positive de l’économie française est à mettre au crédit de la bonne tenue de la consommation privée et publique. Les économistes sont d’accord pour dire que la consommation n’est pas le moteur des fluctuations économiques mais elle permet de les amortir. On retrouve l’idée keynésienne que le PIB peut se lire comme la somme d’une composante stable (la consommation), une composante cyclique (l’investissement) et une composante discrétionnaire (les dépenses publiques).

L’évolution de l’investissement, qui ne redémarre pas malgré des conditions de financement favorables, indique que l’économie française répond au diagnostic keynésien d’un manque de demande : l’élasticité de l’investissement au taux d’intérêt est faible et c’est le mécanisme d’accélération d’Aftalion qui explique l’atonie de l’investissement privé. Il est dès lors inquiétant de voir la baisse parallèle de l’investissement public, qui indique que les collectivités locales préfèrent arrêter des projets que de rationaliser leurs dépenses de fonctionnement.

Cette situation de stagnation de l’économie française n’est pas une fatalité. Rappelons ici que début 2011, la France était l’un des premiers pays, avec les Etats-Unis et l’Allemagne, à retrouver son PIB d’avant crise et affichait même un taux de croissance au premier trimestre frôlant les 3% en glissement annuel. Les facteurs expliquant la non croissance de l’économie française depuis cette période sont aujourd’hui clairement identifiés : l’ajustement budgétaire à travers la hausse massive des prélèvements obligatoires depuis 2011 qui a pesé énormément sur la demande intérieure ; l’appréciation du taux de change effectif réel de l’euro (+10% entre mi 2012 et mi 2014) ; des taux d’intérêt réels élevés ; la déflation salariale entreprise dans les pays du sud de la zone euro. Ces quatre freins principaux ont à la fois empêché la fermeture de l’écart de production, baissé le PIB potentiel par effet d’hystérèse (baisse des capacités productives, dégradation du capital humain) et amoindri notre croissance potentielle (par la baisse des gains de productivité en bas de cycle). Ceci signifie concrètement un appauvrissement de l’économie française puisque la population continue à augmenter et on peut calculer que le PIB par tête a baissé de 2% depuis 2008.

Une politique économique de stimulation de la demande par l’investissement serait donc prioritaire à une politique d’offre, ce que justifie également le niveau du taux d’utilisation des capacités de production dont l’INSEE rappelle qu’il est toujours inférieur à sa moyenne de long terme. On voit également que les entreprises industrielles déclarent majoritairement avoir un problème de débouchés dans la dernière enquête de conjoncture dans l’industrie de l’INSEE.

Taux d'utilisation des capacités de production dans l'industrie. Source : INSEE

Taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie                  Source : INSEE

 

Face à ce manque de demande, une autre solution peut être de mener une politique d’offre non financée par un ajustement des dépenses publiques. On se souvient que l’Allemagne a notamment laissé filer son déficit public lors de la mise en place des réformes Hartz pour éviter un effet dépressif à court terme sur sa conjoncture.

On peut également compter sur les effets de la dépréciation de l’euro, engendré par le croisement des politiques monétaires européenne et américaine, pour doper la demande extérieure. Le taux de change effectif réel de l’euro s’est en effet déprécié de 5% depuis mi 2014. Bien que l’effet d’une dépréciation mette généralement du temps à se concrétiser sur les chiffres de la balance commerciale par l’effet courbe en J popularisé par James Mead, il profitera en particulier à l’économie française. Les calculs de Natixis (Flash économie 13 février 2013) indiquent en effet que la France est caractérisée par une forte élasticité prix de ses exportations, ce qui est un indicateur essentiel du théorème des élasticités critiques.

Elasticité prix des exportations et des importations françaises. Source: Natixis

Elasticité prix des exportations et des importations françaises.
Source: Natixis

 

Ainsi, la dépréciation de l’euro permettra d’améliorer la contribution de la balance commerciale à la croissance en rendant les produits français plus compétitifs, accréditant le fait que la dépréciation d’une monnaie a les mêmes effets qu’une baisse du coût du travail tout en évitant le piège de la déflation. Les entreprises qui choisiront de ne pas répercuter la baisse de l’euro sur leurs prix verront leurs marges augmenter à volume constant, ce qui sera également une bonne nouvelle au regard de la faiblesse des marges des entreprises françaises.

Enfin, et malgré la baisse de l’euro, une bonne nouvelle est la baisse significative de la facture énergétique, le prix du pétrole ayant atteint en octobre son plus bas niveau depuis décembre 2010 à 68,9 euros le baril, ce qui a d’ores et déjà allégé la facture énergétique de l’industrie de 2 milliards d’euros pour 2014.

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Romain Faquet

Romain Faquet est étudiant en économie à ESCP Europe et à l'ENSAE.

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