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« Rebonjour » Françoise Sagan

« Rebonjour » Françoise Sagan
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Mon portrait indirect, ma déclaration à une écrivaine intemporelle…

 

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« Rebonjour » Sagan,

 

Le 24 septembre 2004, la « légende »  Sagan s’éteignait…  C’est bien le qualificatif type des journalistes à votre encontre d’ordinaire. On n’a jamais cessé de vous qualifier de légende de tout côté. Car depuis bientôt cinquante ans, la presse a su s’emparer de votre personne et la façonner aux yeux du monde afin que de leurs mains accouche le mythe, celui que vous n’aviez jusqu’alors jamais soupçonné en vous et ce, même dans vos moments les plus fulgurants, le mythe que tout un chacun a désormais en tête lorsqu’on entend le nom, le beau nom si énigmatique de Sagan. Car dès lors, vous n’êtes devenue plus qu’une légende ou plutôt la légende était devenue vous.

Mais qu’en est-il de la vérité de l’âme derrière l’image de synthèse que vous ont confectionné les médias ?

 

Car toujours on évoque cette photo en noir et blanc, qui peu à peu se colora au fil du temps. Toujours ce sourire discret, ce regard timide qui cache en réalité une délicieuse effronterie jamais irrespectueuse, l’air pensif le plus souvent car défier l’objectif semblerait plus intimidant que défier l’existence pour cette étrange créature, ce « charmant petit monstre » qui n’en a pourtant pas les atours. Ce qu’il reste de vrai dans cette photo de papier glacé ? En premier lieu, la cigarette au creux de vos lèvres demeurant éternelle, puis la pudeur qui voile une fureur de vivre étincelante accompagnée inévitablement de quelques éclats de vie, de vertiges, de déroutes si importants qu’ils ont souvent fait la « une » des gazettes. Rien n’avait réellement changé dans cette image, même lorsque la fin s’approchait, si ce n’est quelques rides dessinées et la fatigue face aux excès dont certains vous furent fatales.

Mais qui étiez-vous Françoise ? Une plume, une intelligence, une rapidité, une voix, une élocution particulière, un engagement, une sensibilité et une liberté sans limites ? Peut-être bien. En tous les cas, c’est bien ce que j’admire en vous, toutes ces facettes qui vous sont propres sont certainement les raisons d’un amour aussi profond et durable des gens à votre égard. Et je vous aime… C’est ainsi que je m’adresse à vous.

 

Il y a trois mois à peine, j’ai appris que cela faisait maintenant dix ans que vous nous aviez quitté, vous la romancière phare de la scène contemporaine, vous Françoise, l’enfant éternelle au goût prononcé pour les transgressions et les rébellions les plus retentissantes, vous la jeune adolescente qui, en l’espace d’un été, écrira un des romans les plus scandaleux de ces dernières années. « Bonjour Tristesse, tu es inscrite dans les lignes du plafond, tu es inscrite dans les yeux que j’aime » avait écrit Eluard, preuve que ces mots ont inspiré bien au-delà de ce qu’il aurait pu espérer. Ce mince roman qui nous contait l’été calme mais cruel de Cécile, une jeune fille de 17 ans qui fume, boit du whisky et fait l’amour sans une quelconque impunité avait remué la France gaulliste puritaine d’alors. Bonjour Tristesse était un livre « brûlant » et même interdit, le portrait effarant d’une jeunesse libérée et mélancolique. Et nombreuses avaient été les jeunes filles qui vous lisaient le soir en cachette sous leurs couvertures. Quelque part, l’œuvre de la jeune fille d’à peine dix-huit ans que vous étiez, avait participé au mouvement d’émancipation des femmes. D’ailleurs, de par la date récente de l’anniversaire des 40 ans de la loi Weil concernant l’avortement et le droit des femmes de disposer de leur corps, je ne peux que rappeler que vous fûtes l’une des signataires du Manifeste des 343, vous exposant alors à de lourdes condamnations pour avoir affirmé s’être fait avorter.

Mais revenons à ce livre que j’avais lu pendant les vacances ensoleillées de mes 12 ans et qui demeurera toujours inscris en mon cœur comme un souvenir frappant, une référence, un exemple pour l’obsessionnelle de l’écriture que je suis devenue par la suite.

Une pluie d’hommages pour votre œuvre et votre personnage tombait ces derniers mois, chacun y va de sa plume pour vous démontrer que vous êtes tout bonnement inoubliable. Et votre fils le premier avec sa réécriture de votre plus beau roman, je veux parler de votre vie bien évidemment. Il dresse dans Sagan et Fils, contrairement à ce que beaucoup ont voulu faire croire, non pas le portrait d’une mère indigne mais d’une mère différente voilà tout. Ainsi, en cette année qui rend un peu plus grande la distance entre nous et vous, j’ai voulu moi aussi faire mon hommage, mon éloge de vos mots, qui ont su me donner confiance en les miens.

 

Votre phrasé si singulier m’a toujours influencé indirectement, ce style concis, ces mots qui n’en disent jamais trop mais toujours suffisamment et cet incroyable impression d’équilibre à chaque phrase, impression de justesse. Récemment, j’ai eu beaucoup de plaisir à vous relire d’ailleurs, j’ai lu et relu les quelques œuvres dont je ne connaissais pas encore chaque ligne : Dans un mois, dans un an ; Des bleus à l’âme ; Derrière l’épaule Aimez-vous Brahms ; La Chamade… Alors certes, quelques uns paraissent bien moins « saganiens » que d’autres mais on y trouve toujours cette identité, ce ton nonchalant  loin de toute exubérance et ces personnages tendres que vous savez réinventer livre après livre en remaquillant leurs traits car c’est comme si tous partageaient une espèce de similarité. Votre galerie de personnages prend étrangement les traits de vos amitiés, de vos amours ou de vos « chagrin[s] de passage ». Malgré les succès, vous disiez de vous que vous ne seriez jamais Marcel Proust sans comprendre que vous aviez créé votre propre musique et que nul n’était besoin d’égaler puisque vous vous distinguiez.

A songer à vos doutes, vos troubles d’artiste, vos souffrances, vos dépendances, vos craintes de solitude dont j’ai eu connaissance, survient en moi « un sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, [sur lequel] j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ». Les voilà lâchés les mots clés, ceux de la fin : solitude et tristesse. Tristesse, ce mot auquel nous devons une chance, celle de pouvoir vous lire par-delà votre mort, celle d’avoir eu l’impression de comprendre qui vous étiez vraiment. Vaine illusion.

Mais enfin, malgré votre disparition, certains parfums perdurent suite à votre passage, suite à vos coups incisifs sur la machine à écrire, des senteurs viennent à nouveau réveiller en moi cette idée, cet intérêt typiquement « saganien » pour le bonheur.

 

Je vous dis donc bonsoir avec toute mon affection et mon respect…

Une lectrice qui espère avoir attisé la curiosité d’autres lecteurs quant à vous, votre vie, votre œuvre pour que jamais l’oubli ne survienne car nous avons encore besoin de vous. Nous avons tous en nous quelque chose de Sagan.

Et pourquoi pas découvrir ou redécouvrir son oeuvre la plus emblématique grâce à la douce voix enfantine de Clémence Poésy, qui récemment, pour notre plus grand bonheur, est venue embrasser au plus près son verbe insolent ? Dès lors, si l’envie vous prend de voyager un peu, c’est par ici

 

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Justine Briquet-Moreno

Etudiante à l'Académie ESJ Lille, menant en parallèle une licence de Lettres Modernes. Journaliste en devenir, passionnée par la vie et les mots qui l'animent. Cinéphile et écrivaine à ses heures perdues ...

Comments

  1. JeanConverse

    Le 24 septembre 2014 dernier, voilà 10 ans déjà que mourut Françoise Sagan, ruinée, abandonnée, elle qui donnait tout à ses amis afin qu’ils ne fussent jamais malheureux si ce n’est à cause d’un chagrin d’amour… Pour cet anniversaire, Françoise Sagan aurait bien méritée un hommage national qu’elle n’a jamais encore eu, (merci Madame la Ministre de la Culture). Avec un infini bonheur je viens de lire le vôtre.

    Bravo pour ce magnifique hommage que vous rendez ici à la brillante femme de lettres et à la personnalité d’avant-garde qu’elle fut.

    Oui, vous avez raison de rappeler sa vie exceptionnelle faite de quêtes de liberté, de plaisirs, d’amours plurielles et d’addictions en tout genre ; « Je n’ai jamais aimé quelqu’un sans l’aimer encore après. » (Françoise Sagan)… Pour moi aussi, ça a toujours été le cas.
    Alors au delà de l’immense romancière, elle restera pour moi une femme d’une gentillesse infinie et qui, par son humour pince-sans-rire et son éblouissante intelligence, a illuminé ma vie à jamais lors de notre trop brève rencontre. Continuons à l’aimer.

  2. Justine

    On écrit pour être entendu et compris. Peu importe le nombre de personnes chez qui nos mots feront écho .. Ne serait-ce qu’une personne touchée et déjà, voilà notre rôle accompli en tant qu’être pensant, en tant qu’être doué de sentiments. Nous devrions tous avoir cette envie du partage qui manque tant à notre société, là est peut-être notre unique espoir : s’exprimer, débattre pour tenter de mieux se comprendre et donc de mieux aimer !

    « Aimer, ce n’est pas seulement aimer bien, mais c’est surtout comprendre. » disait Sagan.

    En tout les cas, je vous remercie chaleureusement d’avoir lu mon article ainsi que de m’avoir fait part de votre sentiment et de votre connaissance quant à l’incroyable personne qu’elle était.. Vous avez raison, on ne l’a pas assez célébré notre « Sagan » et tant d’autres encore perdurent dans un oubli partiel. Le monde jouit encore de personnes incroyables, tout n’est pas perdu, le monde sera sauvé par les mots.

  3. Bonjour, Je prépare un livre sur les femmes célèbres du Sud Ouest parmi lesquelles je range Françoise Sagan. M’autoriseriez vous à utiliser votre photo pour illustrer mon propos?
    Cordialement
    Jacques Dubourg

  4. Justine Briquet-Moreno

    Bonjour,

    La photo ne m’appartient pas donc vous pouvez ben évidemment l’utiliser à votre guise.
    Je vous souhaite de belles découvertes avec l’écriture de ce livre.

    Cordialement.

    Justine Briquet-Moreno

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