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« Je suis Charlie » : et après ?

« Je suis Charlie » : et après ?
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Depuis mercredi 7 janvier, la France entière s’est rassemblée autour de Charlie Hebdo, la France était Charlie. Mais que restera-t-il de cet élan dans quelques mois ? Seront-nous encore Charlie ? Si beaucoup arborent aujourd’hui fièrement le slogan « Je suis Charlie », combien le sont réellement, et surtout combien seront aux côtés de Charlie Hebdo dans six mois ?

 

 

Une mobilisation. Dimanche dernier, près de 4 millions de Français – et d’étrangers – ont manifesté dans la rue en soutien à la liberté et aux valeurs républicaines. En France et ailleurs, beaucoup disent qu’ils sont Charlie, slogan lancé par Joachim Roncin, un internaute jusqu’alors anonyme. Mais qu’est-ce que ce message représente ? Être Charlie, cela implique quoi ?

Pour beaucoup, les attentats contre Charlie Hebdo étaient une façon de s’attaquer au journal satirique, à ses caricatures, à la provocation dont il usait. C’était aussi un moyen de tuer la liberté du journal, la liberté d’expression et les principes fondamentaux qui ont fondé la France. Alors, des millions de personnes, Françaises ou non, se sont senties outragées, en elles-mêmes. Moi-même, j’ai senti qu’on voulait faire taire une parole ; qu’on voulait m’empêcher de voir, si je le voulais, des caricatures du Pape, de Mahomet, des dessins sexuels ou bien provocateurs. J’ai eu l’impression qu’on m’empêchait de faire ce qui était mon droit, cette impression – foncièrement vraie – qu’on avait tué des gens pour ce qu’ils pensaient, ce qu’ils disaient, ce qu’ils faisaient.

Alors oui, comme beaucoup, j’étais Charlie. Immédiatement, se rassembler autour du journal en question était nécessaire. La meilleure réponse après la barbarie était justement de se réunir autour de ce qui nous rassemble. Même touchés, nous pouvions et devions être présents pour ce qui fait de nous une nation. Je crois qu’il y avait un besoin, non pas de seulement s’identifier à Charlie, mais de l’incarner. Toucher à Charlie Hebdo, c’était nous toucher.

 

Un message. Alors évidemment, c’est magique de voir un pays se réunir autour des idées de liberté et de fraternité. C’est si bon de voir que moi, eux, elle, lui, sommes tous la même personne dans ces moments tragiques. De savoir que tout cela nous renforce.

Mais j’ai finalement un sentiment étrange. Se dire Charlie, c’est approuver une certaine vision de la laïcité, dire oui à l’impertinence poussée à l’extrême, oui à la moquerie et à l’humour noir. Je ne sais pas si tant de gens sont prêts à cautionner tout ce que Charlie Hebdo publie. En lisant le dernier numéro sorti ce mercredi 14 janvier, il y avait comme une volonté de mettre en garde. Dans l’édito de Gérard Biard, dans la carte postale de Mathieu Madenian, il y a déjà ces mots qui prouvent qu’ils ne sont pas dupes pour autant. « Certains nous garderont pour la vie, certains ne sont que très brièvement de passage ».

Il y a ceux qui étaient Charlie avant, ceux des 60 000 habituels exemplaires. Aussi, il y a ceux qui se disent qu’ils vont le devenir, ces nouveaux abonnés, ceux qui se promettent de revenir acheter souvent Charlie Hebdo. Enfin, et c’est ceux-là qui sont visés, ceux qui achètent le journal « pour l’histoire », « parce qu’il le faut ». Comme si leur vision de Charlie Hebdo était biaisée, que tout n’était pas compris.

Être Charlie, cela veut dire beaucoup, il faut le sentir. « La laïcité, point final. » dit l’édito. C’est pour cela que j’ai l’impression que peu de gens sont à l’unisson avec Charlie Hebdo. Je ne sais pas moi-même si je le suis entièrement, si je suis d’accord avec toutes les idées du journal. Bien sûr, je comprends que ce slogan est rassembleur, fraternel ; mais s’il est aussi fort que cela, il faut bien voir tous les aspects qu’il en découle.

 

Un souffle. Alors il ne faut qu’espérer que ceci ne soit pas un état d’esprit passager, que ce journal au bord de la faillite il y a peu de temps puisse revivre sans changer sa façon d’être. Charlie Hebdo ne changera pas, car ceux qui y collaborent sont réellement Charlie. Reste à voir si la satire débordante du journal séduira encore dans quelques mois. Si nous sommes tous réellement Charlie, nous n’en parlerons plus ; mais quelque part en moi, j’en doute, malheureusement…

 

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.
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