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L’indignation dans le monde musulman

L’indignation dans le monde musulman
Enzo Sonnino

Dimanche 11 janvier, quatre millions de français se réunissent dans les rues en hommage aux douze victimes de chez Charlie Hebdo et des quatre juifs assassinés dans l’Hypercasher de Vincennes. De nombreux politiques se sont joints à cette grande marche nationale afin de soutenir une France endeuillée, et garantir le principe fondamental de la liberté d’expression. Cependant, une certaine hostilité demeure dans certains pays d’Afrique et du Moyen Orient.

 

 

Au Moyen Orient, on dénombre environ 2500 personnes dans les rues d’Amman en Jordanie. Un évènement similaire au Yémen et au Koweït avec des manifestations devant l’ambassade de France contre les représentations du prophète Mahomet.

En Afghanistan, des centaines de personnes se réunissent en scandant « France, tu es le diable ». Le 31 janvier, une centaine de personnes se sont rassemblées pour dénoncer ces caricatures à Kaboul, des échanges musclés avec la police ont eu lieu.

En Iran, on met en place un concours international de dessin, organisé par la Maison de la caricature, sur le thème de la « négation de l’Holocauste ». Ce concours a pour but de protester contre le dernier numéro de Charlie Hebdo dont la couverture représente une caricature du prophète. Le vainqueur remportera la somme de 10 000 euros, et les meilleurs oeuvres seront exposées au musée palestinien d’art contemporain à Téhéran.

Au Pakistan, 8000 personnes ont manifesté contre la publication du prophète Mahomet. Parmi eux, la minorité chrétienne à Peshawar qui « en signe de solidarité avec les musulmans du monde entier » a rejoint les manifestants. C’est cette même minorité chrétienne qui est victime d’une forte discrimination et ostracisassions au Pakistan. Cela montre la volonté de trouver un terrain d’entente, une volonté d’être inclus et d’appartenir à une communauté commune. Cependant des débordements ont eu lieu : drapeaux et représentations de François Hollande brulés et piétinés, saccages d’écoles chrétiennes.

 

 

En Afrique, entre 5000 et 8000 maliens se sont réunis au sein de la capitale de Bamako (Mali) avec les leaders religieux en tête de cortège. « Oui à la guerre contre le terrorisme, non à la croisade contre l’Islam. »

En Algérie, c’est le slogan « nous sommes tous Mahomet » qui prime. « Des centaines de citoyens, très jeunes pour la plupart, sont sortis pour manifester contre la publication par la presse occidentale de nouvelles caricatures du prophète. » Certains ont porté la tenue afghane et ont fait l’apologie du terrorisme. Des jeunes ont appelé à la création d’un Etat islamique en Algérie.

Au Niger, c’est un véritable mouvement de colère et de violence. Cinq personnes trouvent la mort à Niamey, la capitale, et cinq autres à Zinder. Une dizaine d’églises ont été brulées. Ces actions sont condamnées par le président Issoufou qui était présent à Paris lors de la marche.

 

 

C’est en Tchétchénie qu’a eu lieu le plus grand rassemblement pour dénoncer les caricatures de Mahomet. Environ 600 000 personnes se sont rassemblées dans la capitale, à Grozny. Le leader de la République a annoncé le chiffre d’un million de manifestants venus de toutes les Républiques du Caucase. La religion est importante car elle est au cœur de l’éducation du citoyen modèle. Grâce au Président Kadyrov il existe une université et un institut islamique, des écoles coraniques, et des chaines régionales qui diffusent des émissions sur le thème de l’Islam.

 

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À travers ces différentes manifestations qui s’opposent à la caricature du prophète Mahomet, la question de délit de blasphème peut-elle être évoquée ?

Selon le Larousse, il s’agit d’un « discours ou d’une parole qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré ». Aujourd’hui, presque un pays sur deux (47%) disposent de lois ou politiques qui pénalisent le blasphème, l’apostasie (abandon volontaire et public d’une religion) ou la diffamation (atteinte à l’honneur d’une personne physique ou morale) selon une étude du Pew Research datée de 2011.

En France, « le blasphème n’est pas dans notre droit, il ne le sera jamais » déclare le premier ministre français Manuel Valls devant l’Assemblée Nationale. En effet, le délit de blasphème a disparu du droit français depuis 1881, avec la loi sur la liberté de la presse. Cependant, il est toujours possible de saisir la justice car les tribunaux français peuvent sanctionner « l’injure, l’attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse. » De plus, la plupart des poursuites contre des propos antireligieux se basent sur l’article 24 de la loi de 1881, considérant comme un délit « d’incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison de l’appartenance (…) à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

A l’échelle européenne, notamment en Allemagne et en Pologne on parle « d’offense au sentiment religieux », l’Espagne préfère la formule « attaque portée au dogme religieux. » Au niveau international, certaines lois prévoient des sanctions allant jusqu’à la peine de mort comme au Pakistan et en Iran. Récemment en Mauritanie, un homme a été condamné à mort pour cette raison. Le 9 janvier, un blogueur saoudien est condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet pour avoir critiqué la police religieuse.

 

Par conséquent, deux idéaux s’opposent : d’un côté l’Occident garant de la liberté d’expression, qui est un « droit » et une « obligation » comme l’affirme le pape François, rappelé par les nombreux rassemblements en hommage aux victimes de l’attentat parisien ; et, de l’autre côté, un monde s’opposant au blasphème, à cette pratique ancienne qui consiste à critiquer une tradition de l’intérieur mais qui serait un droit propre aux musulmans : ijtihad.

 

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