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Au fait, c’est quoi le quantitative easing ?

Au fait, c’est quoi le quantitative easing ?
Romain Faquet

Dès les premiers signes de la crise économique, les banques centrales des principales zones économiques ont baissé plus ou moins rapidement les taux directeurs jusqu’au plancher zéro (ou zero lower bound pour impressionner dans les dîners en ville). La lenteur de la reprise a conduit ces institutions à aller plus loin en menant des politiques monétaires non conventionnelles dont il est possible de dresser une rapide typologie :

 

  • des stratégies de communication calibrées pour annoncer aux opérateurs de marché l’évolution future des taux courts (ou forward guidance) ;
  • un allongement significatif des financements accordés aux banques ;
  • des achats fermes de titres publics et privés sur le marché secondaire (ou QE pour quantitative easing) en échange de liquidités pour les banques.

Si ces opérations non conventionnelles, et en particulier le QE, visent à relancer la dynamique économique, encore faut-il en préciser les canaux de transmission à l’économie réelle.

 

Premièrement, l’achat en grande quantité de titres par une banque centrale permet de faire baisser les primes de risques exigées par les investisseurs sur ces actifs par le simple jeu de l’offre et de la demande : une hausse de la demande de titres fait augmenter le prix des actifs et donc mécaniquement baisser leur rendement. Cet effet fut particulièrement visible à l’annonce du QE de la Banque d’Angleterre qui a engendré immédiatement une baisse des taux longs d’environ 0,4% à 1% selon les maturités.

 

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Cet effet bénéfice à plusieurs acteurs. D’une part les investisseurs qui voient la valeur de leurs portefeuilles augmenter et donc peuvent décider de consommer davantage (le problème étant évidemment que cet effet richesse concerne les ménages qui détiennent un portefeuille conséquent d’actifs donc déjà aisés par définition). D’autre part les emprunteurs privés et publics peuvent se financer à moindre coût sur les marchés. Une telle baisse des coûts de financement peut donc permettre aux États d’éventuellement freiner le rythme des réductions des déficits ou d’en faciliter la diminution.

 

La baisse des rendements des actifs achetés par la banque centrale engendre enfin des effets collatéraux favorables à travers les re-balancements des portefeuilles des opérateurs de marché : ceux-ci reportent en effet leurs investissements sur des titres plus rentables et la mécanique décrite ci-dessus se met à nouveau en place : le hausse de la demande fait augmenter les prix et baisser les rendements.

 

Deuxièmement, le QE engendre le déversement d’immenses quantités de liquidités (ou base monétaire) sur les comptes des banques à la banque centrale. Ces liquidités étant indispensables aux banques pour qu’elles se refinancent après avoir accordé des prêts aux acteurs privés, la reprise du crédit peut être une conséquence directe de telles opérations monétaires non conventionnelles. Malheureusement, il faut garder en tête que le crédit ne peut repartir que si la demande de crédit est à nouveau dynamique et celle-ci dépend en premier lieu de la situation macroéconomique. Le cas classique du Japon illustre bien le propos : la base monétaire a explosé alors que la masse monétaire n’a pas décollé.

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Troisièmement, le QE peut engendrer une baisse du taux de change de la zone économique concernée mais rien n’est automatique. D’un côté, la baisse des taux et des rendements libellés dans la monnaie de la zone peut conduire les investisseurs à chercher des placements plus rémunérateurs à l’étranger et donc à acheter des devises dans cet objectif. D’un autre côté, une politique agressive de la banque centrale peut au contraire envoyer le signal d’une volonté des autorités de tout faire pour que l’économie reparte et donc annoncer une croissance économique future plus forte dans la zone concernée, ce qui peut dans ce cas attirer les investisseurs. Cet effet « confiance » a notamment joué suite à l’annonce du QE par la Banque d’Angleterre.

 

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Romain Faquet

Romain Faquet est étudiant en économie à ESCP Europe et à l'ENSAE.

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