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Radio France : enjeux d’une grève interminable

Radio France : enjeux d’une grève interminable
Marie Zafimehy

Alors que le personnel de Radio France entre aujourd’hui dans son quatorzième jour de grève, la Cour des Comptes publie son rapport complet sur les comptes de l’institution et Le Canard Enchaîné épingle Matthieu Gallet, son PDG. Constats accablants, recommandations polémiques, scandale financier : quels sont les véritables enjeux de la grève ?

 

 

« Une entreprise en état de crise financière »

 

Radio France étant à 100% gérée par l’État, elle est financée majoritairement (environ 90%) par la redevance que paient chaque années les ménages. Et c’est justement la gestion de ces fonds qui est dénoncée par le rapport de la Cour des Comptes publié aujourd’hui.

Une dotation en baisse, des budgets d’antenne en hausse : les finances de Radio France n’ont fait que se dégrader depuis une dizaine d’années. Selon le rapport de la Cour des Comptes, de 2012 à 2013, les charges d’exploitation de l’entreprise ont progressé de 7,7% soit presque deux fois plus vite que son chiffre d’affaires – 4,5%. Une trésorerie négative qui pèse sur le bon fonctionnement de l’institution, qui serait selon le rapport « en crise financière ».

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Extrait du résumé du rapport de la Cour des Comptes : « Radio France : les raisons d’une crise, les pistes d’une réforme »

Et les travaux de réhabilitation des bâtiments de la Maison Ronde entrepris en 2004 n’ont rien arrangé. Le chantier a été « mal maîtrisé » faute « d’une équipe, d’une organisation et d’une procédure adaptées ». Six ans après le début des travaux, les conséquences sont ainsi doubles : un retard significatif et une dérive financière coûteuse. Passant de 262 à 575 millions d’euros, le coût final des travaux atteindrait le double de son estimation initiale.

 

 

Mathieu Gallet, un PDG au centre de l’agitation

 

Sous le feu de la critique : Mathieu Gallet, le patron de Radio France. D’abord accusé d’avoir rénové son bureau à des prix exorbitants, il est dans Le Canard Enchaîné daté d’aujourd’hui, fustigé pour les dépenses faramineuses effectuées lorsqu’il était en poste à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA).

Or, si certaines dérives sont aisément discernables, le déficit monstrueux de la Maison de la Radio n’est, selon la Cour des Comptes, pas l’œuvre de Mathieu Gallet mais celle de ses prédécesseurs. Cependant, muré dans le silence et symbole d’un dialogue social dans l’impasse, il fait le coupable idéal. Le 25 mars, Fleur Pellerin, Ministre de la Culture et du Numérique, a ainsi sommé le PDG de Radio France de fournir « des propositions précises et fermes » qu’il doit rendre d’ici une semaine.

Mathieu Gallet, PDG de Radio France.

Mathieu Gallet, PDG de Radio France.

À l’heure de la nomination du PDG de France Télévisions par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), l’enjeu est de taille pour le gouvernement. Le CSA est en effet à l’origine de la nomination de Mathieu Gallet à la tête de Radio France, choisi pour sa jeunesse et son projet numérique censé moderniser l’institution. Or ici, à la faillite des finances, s’ajoute un autre échec : pour la Cour des Comptes, « Radio France n’a pas achevé sa mue numérique ». Impossible pour le gouvernement de laisser le CSA nommer une nouvelle fois, une personnalité incapable d’administrer une institution aussi cruciale. Le bras de fer n’est donc pas près de se terminer, et Mathieu Gallet semble pris au piège au milieu d’intérêts opposés.

 

 

Des recommandations polémiques

 

Les recommandations de la Cour des Comptes ne sont pas moindres. La plus importante ? La fusion des trois antennes radios que sont France Info, France Inter et France Culture. Ceci impliquerait une réduction significative du personnel ainsi qu’une unification des programmes au détriment du pluralisme actuel. Dans une lettre au personnel envoyée mardi 31 mars, Mathieu Gallet affirme qu’il s’oppose à une telle mesure : « la fusion des rédactions ne correspond pas à ma vision du pluralisme de l’information ».

Manifestation du personnel de Radio France devant l'Assemblée Nationale. Photo Twitter : @LudovicPiedtenu

Manifestation du personnel de Radio France devant l’Assemblée Nationale, mardi 31 mars 2015. Photo Twitter : @LudovicPiedtenu

Pourtant, la Cour des Comptes souligne la récurrence d’une telle stratégie dans les rédactions étrangères. Elle prend l’exemple notamment de la BBC en Grande-Bretagne ou de la RTBF en Belgique. Toutes deux regroupent plusieurs années à la fois des antennes radios, des chaînes de télés et des sites web d’information.

L’amorce d’une fusion s’est d’ailleurs déjà faite sentir : les services Sport de France Info et France Inter ont été unifiés, et les rédactions partagent de nombreux correspondants, en zones sensibles notamment. C’est cette stratégie des « petits pas » à laquelle a déclaré être favorable Ludovic Piedtenu, président de la Société des Journalistes de Radio France, dans des propos rapportés par L’Express.

Plus encore, la rue Cambon préconise la fusion des deux orchestres actuels en une seule et unique formation. L’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’Orchestre National de France ne feraient alors plus qu’un.

Mais, les dix-huit recommandations de la Cour des Comptes ne font pas écho dans les rangs du personnel de la Maison de la Radio. Enregistrement de l’émission « Vive la Radio », manifestation devant l’Assemblée Nationale, pétition contre la disparition de France musique : la résistance interne s’organise. Et au-delà également : le Syndicat National des Journalistes a hier appelé à une grève nationale de la profession ce vendredi 3 avril.

 

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Marie Zafimehy

Responsable de la rubrique internationale. Étudiante à Sciences Po Paris, en échange à Uppsala, en Suède.

Comments

  1. Zebulou

    Parler du pluralisme de la radio publique est une vaste blague. Je suis un auditeur fidèle et souvent intéressé par les programmes de France Culture et dans une moindre mesure de France Inter, mais leurs lignes éditoriales fait systèmatiquement la part belle aux thèses de gauche et à l’éclairage droidelhomiste. La fusion n’aurait aucun effet sur ce point, au contraire, il serait plus facile de contrôler cette dérive et d’imposer une expostion équilibée des différentes sensibiltés.

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