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Hollywood est-il à court d’idées ?

Hollywood est-il à court d’idées ?
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Supposons que, par ces temps de vacances scolaires aux températures tropicales, vous vouliez vous faire une sortie ciné. Il fait chaud et vous cherchez la clim’, quoi de plus naturel ? Bon, vous n’êtes pas très cinéphile, et l’on vous houspille régulièrement devant tous vos amis parce que vous n’avez pas vu LE dernier film culte, mais qu’importe : après tout, le cinéma s’adresse à tout le monde. Vous jetez un rapide coup d’œil à la programmation du cinéma du coin, qui diffuse seulement en VF – ce qui vous agace d’entrée. Problème : vous ne pourrez rien voir, ou presque.


 

Vous ne voyez pas ? C’est pourtant très simple. Les minions ? Il faut avoir vu Moi, moche et méchant et Moi, moche et méchant 2, idéalement. Magic Mike XXL ? Il faut avoir vu Magic Mike. Insidious : Chapitre 3 ? Jurassic World ? Terminator : genisys ? Même principe. Tous ces films sont des suites, des reboots, des spin-offs ou des sequels : bref, ce ne sont pas des créations originales.

Loin d’être un problème en soi, le constat interpelle : à trop vouloir surfer sur la vague d’un succès antérieur (le film à l’origine de tous les autres est bien souvent un succès inattendu), les sociétés de production jugent inutile de continuer à créer quoi que ce soit, et préfèrent – paresseusement et souvent sans aucune audace – réutiliser ce dont elles sont sûres de la réussite mercantile. Jurassic Worldpur produit marketing cliché et bancal à tous points de vue, bien loin du Spielberg d’antan – vient ainsi de franchir le milliard d’euro au box-office mondial, tandis que Les Minions cartonnent en France, avec plus de 500 000 spectateurs dès son premier jour d’exploitation.

 

Même problématique pour les blockbusters de l’été. Ant-Man ? Enième épisode Marvel. Les Fant4stiques ? Reboot. Ted 2 ? Sequel. Mission: Impossible – Rogue Nation ? Suite. Des films comme Pixels, ou plus récemment Vice Versa sont évidemment en mesure de rafraichir une saison estivale aux airs de déjà vu, et d’autres films éclosent, assurément, mais ils sont fréquemment distribués par de plus petites sociétés, et par conséquent proposés dans un moins grand nombre de salles, d’autant qu’ils ne visent pas le même public, et ne disposent pas du même budget. Si la majorité des films évoqués est américaine, la France n’est pas en reste : Les Profs 2, suite de l’infâme Les Profs a dépassé le million d’entrées en une semaine.

Il est alors tout à fait logique de mentionner le rôle des firmes de super-héros dans l’affaire : le gigantesque calendrier que Time Warner (DC Comics) et Marvel (les deux plus grands groupes de médias dans le domaine) dévoilent peu à peu (la timeline s’étend pour le moment jusqu’en 2020) coïncide moins avec la consécration du genre qu’avec un mode de raisonnement scrupuleux, dont le déploiement est tel qu’il touche peu à peu tout le marché hollywoodien. Ce que nous chuchote, en creux, cette doctrine ? Qu’il faut, lorsque l’on est producteur aujourd’hui, vouloir, non pas bâtir un film, mais bâtir une franchise, une firme, un label à part entière. Et construire, plutôt qu’un personnage, un univers. Plutôt qu’une résolution scénaristique, une ouverture. Plutôt qu’un film, une série. En trois mots : devenir une marque.

Et la recette fonctionne, sans aucun doute. Inutile de rappeler tous les records conquis par Marvel (et pas seulement dans les salles obscures mais aussi sur YouTube et dans les rayons « comics »), contentons-nous d’un chiffre : 1,5 milliard. Soit, en dollars, le montant des recettes du premier Avengers au box-office mondial, ce qui en fait à l’heure actuelle le troisième plus gros succès de l’histoire du cinéma.

 

Soyons clairs : ce qui pose problème ici, ce n’est pas de découvrir, en 2015, que le cinéma est aussi (probablement avant-tout) une industrie. Ce n’est pas non plus le marketing quasi-outrancier d’Hollywood, qui considère chaque jour un peu plus ses rejetons comme des produits de consommation de masse. C’est simplement l’observation de la qualité intrinsèque de films qui ne parviennent que trop rarement à exister par (et pour) eux-mêmes. Une suite est pourtant en mesure de surpasser son original – Mad Max : Fury Road pour preuve – mais c’est le milieu tout entier qui semble se reposer sur ses lauriers, les comédies reprenant les mêmes codes, les films de super-héros reprenant les mêmes archétypes, les films d’action reprenant les mêmes trames. C’est donc un défi à la fois très simple et inédit auquel Hollywood va devoir se confronter : se réinventer, après un siècle d’existence sans tracas.

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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