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La Rage au Ventre, quand Jake Gyllenhaal tutoie les cieux

La Rage au Ventre, quand Jake Gyllenhaal tutoie les cieux
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Review Overview

Note sur 10 :
7.5
7.5

Divinement porté par Jake Gyllenhaal

Antoine Fuqua met en scène un film imparfait et parfois maladroit, mais porté par l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération, qui justifie à lui seul l'intérêt de se rendre en salle.

Moins d’un an après Equalizer, Antoine Fuqua présente le film de boxe Southpaw (bizarrement traduit par La Rage au Ventre), avec en vedette Gyllenhaal au sommet de sa gloire. Notre critique.

 

Champion du monde de boxe, Billy Hope mène une existence fastueuse avec sa superbe femme et sa fille qu’il aime plus que tout. Lorsque sa femme est tuée, son monde s’écroule, jusqu’à perdre sa maison et sa fortune. Pire, la garde de sa fille lui est retirée, la justice estimant son comportement incompatible avec son rôle de père. Au plus bas, il trouve une aide précieuse en la personne de Tick Willis, un ancien boxeur avec lequel il reprend l’entrainement. Billy va devoir se battre pour trouver la voie de la rédemption et regagner ainsi la garde de sa fille.


 

L’on en était averti de toutes parts. Les bandes-annonces nous le montraient. Les affiches nous le désignaient. Les (rares, faute de projection presse) critiques nous le disaient. Pourtant, jamais l’on avait osé imaginer l’ampleur du constat : La Rage au Ventre, c’est Jake Gyllenhaal.

 

Une mise en scène maladroite, voire ringarde

 

Dès les premiers instants, l’acteur crève l’écran, irradie tout ce qui l’entoure et fait la démonstration de son talent. La performance est exceptionnelle, et le film ne fait que commencer. Mais, à vrai dire, elle nous ferait presque oublier le film lui-même, ses enjeux, ses composantes. Et celles-ci ne sont pas à la hauteur de l’acteur, il ne nous faut pas longtemps pour nous en rendre compte. Tout juste la scène du premier twist (dont la force de frappe est amoindrie par les trailers) où l’ensemble de la tension ressentie revient aux deux acteurs – Jake Gyllenhaal et Rachel McAdams – et ce alors que l’on retrouve, comme d’accoutumée, la maladresse du réalisateur Antoine Fuqua (Training Day, Le Roi Arthur, La Chute de la Maison Blanche) et ses hésitations scéniques, ses changements de points de vue sans raison apparente.

C’est donc sur un fil très fin (mais à une hauteur vertigineuse) que tiennent en équilibre ces deux éléments antagonistes, les splendides performances des comédiens et la malhabile mise en scène. A tel point que, lorsqu’arrivent leurs passages respectifs à l’autonomie, le résultat devienne explosif, tantôt magistral, tantôt désastreux. En clair, les plus belles séquences sont celles où tout repose sur Gyllenhaal, celles où Hope est confronté à sa solitude (juste après la mort de sa femme, sans surprise), et les plus défrisantes sont celles où il est soit le moins présent, soit le plus entouré (le film a rapidement saisi sa mécanique et tente d’en limiter la récurrence). Au bout du compte, les scènes sur le ring sont sans doute de ce dernier rang : en dépit d’un décor hypertrophié et gigantesque, la caméra du cinéaste s’y déplace sans empreinte particulière, ânonnant entre ralentis – celui du coup final est une erreur impardonnable –, plongées et contre-plongées. Sans parler du nombre assez conséquent d’effets de mise en scène très ringards, des flash-backs aux apparitions hallucinatoires en passant par les sons des battements de cœur – qui plus est utilisés par éclairs.

 

Des performances d’acteurs exceptionnelles

 

Seulement, la tentation de considérer ces imperfections comme mineures demeure intacte. Pourquoi ? Parce que Jake Gyllenhaal. L’argument peut paraître redondant – il l’est sans doute – mais c’est précisément pour cela qu’il est si essentiel : les acteurs qui parviennent à briller dans des films moyens sont souvent des grands. Au-delà de son impressionnante transformation physique (6 heures quotidiennes d’entraînement 7 jours sur 7 pendant 6 mois, et à l’arrivée 7 kilos de masse musculaire supplémentaires), sa prestation marque indélébilement ; regard acéré, gestes incertains, muscles roidis, sa prouesse est indicible et justifie à elle seule la narration de cette histoire, celle d’un champion pris par la spirale du business sportif. Emmené par des morceaux d’Eminem revigorants, Jake Gyllenhaal – pardon, Billy Hope – entre progressivement sur le chemin de la rédemption, thème épuré au possible, mais adoré par le cinéma mainstream américain – et dont le film saisit goulûment les prodromes. Dans le sillage de celui révélé par Donnie Darko, c’est tout le casting qui épate, Forest Whitaker et la jeune Oona Laurence y compris.

 

C’est peu dire que l’intrigue de La Rage au Ventre est prévisible. Ce serait mentir que d’affirmer qu’il est un chef d’œuvre de mise en scène. Et l’on serait tenté de croire que le tour de force est réalisé, non pas par le film, mais par l’acteur principal – indéniablement l’un des plus doués de sa génération. Mais après tout, qu’importe : que ce soit grâce au talent de son réalisateur ou de ses acteurs, le film signe le manifeste de son intérêt lors de plusieurs scènes intimistes d’une rare subtilité. Certainement pas un knockout donc, mais un joli uppercut.

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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