Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

2 Comments

Les IA, l’inceptionnisme et moi

Les IA, l’inceptionnisme et moi
Laurie Humbert

Récemment, l’Intelligence artificielle de reconnaissance d’images du géant Google a fait polémique, confondant des personnes afro-américaines avec des gorilles. Aujourd’hui, elle se veut artiste. Un nouveau « courant artistique » viendrait s’ajouter aux mouvements du Symbolisme, du Réalisme ou encore du Dadaïsme : l’inceptionnisme. Si les mouvements artistiques (souvent définis à posteriori de l’époque qu’ils symbolisent) représentent des évènements et des modes de vie historiques, l’inceptionnisme est le témoin d’une effrayante évolution de notre société.


 

Le concept ? Les ingénieurs logiciels Google, souhaitant aller au delà de la simple reconnaissance d’images, ont poussé leurs réseaux neuronaux artificiels à rêver. Qui n’a jamais cru apercevoir dans les contours flous et mouvants d’un nuage une forme, une figure familière ? C’est exactement ce qui se passe avec l’inceptionnisme. Soumettant diverses images à leur logiciel spécialisé, les ingénieurs lui ont donné la consigne suivante : « Qu’importe ce que tu vois, je veux le voir encore plus. ».  Alors, des images étonnantes dépassant la « simple » interprétation algorithmique sont nées, des « œuvres d’art », proches du mirage, de l’hallucination psychédélique. Le succès du concept a entraîné la mise à disposition du public d’un programme : Deep Dream. Depuis, les internautes s’en donnent à cœur joie, partageant leurs images détournées par le logiciel avec le hashtag #deepdream (partagé plus de 30 000 fois sur Faceook, Instagram et Twitter).

Si l’Intelligence artificielle est aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien, lui donner un statut d’artiste en laisse sceptiques certains, révolte les esthètes et fascine les amateurs de « neuron-art ». De fait, cette nouvelle forme de créativité artistique nous pousse dans nos retranchements éthiques et conceptuels, et dévoile la réalité d’une société côtoyant de (trop ?) près le virtuel.

On observe aujourd’hui un néo-culte de l’intelligence, dû à la naissance de l’intelligence collective, et de l’intelligence artificielle. La première définit les capacités cognitives d’une communauté, mises en commun notamment au moyen d’Internet, la deuxième, l’intelligence des machines, des logiciels ; toutes deux sont donc virtuelles. Aujourd’hui, Internet représente la sagesse suprême, s’apparentant apparemment à un genre de nouvelle divinité, délivrant la connaissance à quiconque souhaite y accéder. C’est vers cette intelligence nouvelle que se tourne notre société.

Depuis déjà plusieurs années, on peut discuter avec des intelligences artificielles (Cleverbot est la plus connue d’entre elles), on leur pose des questions, et elles nous renseignent sur tout, puisant leurs connaissances au sein des réseaux d’intelligence collective. Cette discussion virtuelle pouvant dans un premier temps paraître jubilatoire, présente finalement quelques lacunes. Effectivement, ces intelligences artificielles n’ont absolument aucune conscience et ne font que donner les réponses qu’on leur a apprises. Mais alors, l’art peut-il réellement être maitrisé par ces génies virtuels ? C’est à cette question que mène le concept de l’inceptionnsime, symbolique du paradigme instauré par l’évolution de l’intelligence artificielle. L’art, à l’instar de l’amour, est le propre de l’Homme, c’est un fait. Ces notions philosophiques nécessitent une conscience, que les IA ne possèdent pas.

C’est ce qu’a en partie tenté de démontrer Spike Jonze, dans son film d’anticipation Her. Progressivement, amour et technologie se mêlent : rencontres en ligne, discussions virtuelles aboutissant de plus en plus facilement à des relations sexuelles (on ne présente plus l’application Tinder)… Alors, là où l’amour est source de communication émotionnelle, la technologie ne fait qu’effacer des frontières et créer des liens virtuels, on parle presque de transaction technologique. Mais le film va plus loin, puisque qu’il dévoile l’histoire d’amour entre un homme et une intelligence artificielle. Troublant. En effet, l’amour relève d’expériences humaines, de sentiments, d’émotions. Ainsi, il s’oppose au virtuel, s’en dissocie : quand le premier implique fatidiquement une fin, le deuxième est synonyme d’une certaine immortalité. Amour et Intelligence Artificielle relèvent donc encore heureusement de la science-fiction.

 

Mais qu’en est-il pour l’art ? Quand aujourd’hui, on désigne par œuvre d’art tout ce qui est beau ou farfelu, esthétique ou excentrique, les pseudo-hallucinations d’une Intelligence Artificielle qui semble sous l’emprise d’on ne sait trop quelles substances illicites peuvent-elles vraiment constituer un nouveau courant artistique ? La réponse est non. L’inceptionnisme n’est pas un nouveau courant artistique, et affirmer le contraire reviendrait à, plus que dénigrer nos artistes faits de chair, renier la notion même de mouvement artistique, et laisser pour le futur la trace mensongère d’une société caractérisée par une créativité fondée exclusivement sur le savoir. Pourtant, c’est bien la liberté qui doit caractériser l’art produit dans notre société. La technologie, et son évolution ne doivent pas entraver cette liberté, au moyen de logiciels hyper intelligents, mais la favoriser en connectant les gens, en effaçant les frontières. Ainsi, elle pourrait saisir une opportunité unique : participer au nouveau mouvement artistique du siècle.

The following two tabs change content below.

Laurie Humbert

Derniers articles parLaurie Humbert (voir tous)

Comments

  1. cp0rtron

    Je ne suis pas spécialement le raisonnement de l’auteur de cet article sur la fin.

    En effet, on peut être en mesure de la nuancer à la lumière de deux points de vue différents.

    Tout d’abord le plus simple: « l’inceptionnisme » ne serait pas un courant artistique, ou du moins une technique artistique parce que réalisée par des machines. Bien, il est vrai que l’intelligence artificielle n’est (et ne doit être) qu’un outil, néanmoins, par le passé, il est souvent arrivé que la seule apparition d’une nouvelle technique, d’un nouvel outil, permette l’apparition d’un nouveau courant. Si ce doit être le cas ici pour le technologie présentée, il est peut être encore trop tôt pour conclure. Peut être qu’une plus grande intervention humaine dans le procédé exposé permettrait à celui-ci d’exprimer sa créativité.

    De plus, il faut savoir qu’en philosophie on différencie souvent l’art de l’artisanat de par le fait que l’artiste ne suit pas de procédé établi à l’avance, que c’est sa créativité qui s’exprime sans qu’il ai conscience de ce qui l’inspire. Or, on ne reconnait pas de conscience à un programme informatique (à raison, du moins pour le moment), de fait comment celui-ci pourrait-il avoir connaissance de ce qui le guide lors de son processus créatif ? Étant donné que, d’un point de vue algorithmique, l’aléatoire à l’air de jouer un rôle important dans la génération de ces « oeuvres ».

    • _Laurieh

      Pour ce qui est du premier point de vue, comme expliqué dans l’article, le fait de considérer l’inceptionnisme comme un courant artistique ou non dépend de la définition qu’on en fait, et la réponse énoncée ici n’engage que moi.

      En ce qui concerne le deuxième, je ne peux que vous renvoyer vers le texte d’Alain, Système des Beaux Arts, où il est clair que la différence entre art et artisanat se trouve DANS la conscience, soit, que cette dernière est nécessaire. En effet, l’artisanat implique un projet présent dans la conscience avant la réalisation de l’objet, tandis qu’en art, cette idée s’exprime pendant la réalisation de l’œuvre.
      http://www.neoprofs.org/t50763-alain-en-quoi-l-artiste-differe-t-il-de-l-artisan
      C’est pourquoi, comme dit dans l’article, les outils tels que ces logiciels, et intelligences artificielles peuvent seulement participer aux différents mouvements artistiques en tant qu’outils.

Submit a Comment