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Difficile à prononcer, impossible à oublier, Srebrenica 20 ans après

Srebrenica - AFP
Thibaut Boudaud

Le 11 juillet 1995, la guerre de Yougoslavie bat son plein. Ce jour-là, 8372 hommes et adolescents bosniens sont massacrés par l’armée de la République Serbe de Bosnie, sous les ordres de Ratko Mladić, alors même que la zone était sous contrôle des forces de l’ONU. On parle d’un nettoyage ethnique, d’où l’utilisation par certains du terme de génocide. L’armée serbe de Bosnie voulait alors exterminer tous les Bosniens musulmans, c’est-à-dire les Bosniaques.


 

20 ans après l’un des pires massacres commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses polémiques entourent les commémorations qui auront lieu en ce jour au mémorial de Potoćari, alors que les dépouilles de 136 victimes identifiées seront enterrées aujourd’hui.

C’est d’abord un quiproquo autour de l’arrestation le 10 juin dernier de Naser Orić. L’ancien commandant bosniaque de la défense de Srebrenica a été arrêté par les autorités suisses, sur la base d’un mandat Interpol venant de Belgrade. Il devrait finalement être extradé vers la Bosnie-Herzégovine, suite à la demande d’extradition du ministre de la Justice bosnien, afin d’être jugé dans son pays. Il est accusé de crimes de guerre contre les populations serbes de Bosnie durant la guerre de Yougoslavie.

C’est ensuite le décalage de la visite du président de la République de Serbie, Tomislav Nikolić, suite à l’arrestation de Naser Orić. Effectivement, Nikolić devait effectuer une visite officielle à Sarajevo le 23 juin dernier. Mais le membre bosniaque de la présidence de la fédération Bosnienne, Bakir Izetbegovic, en a décidé autrement et a demandé à reporter la venue du Président serbe tant qu’Orić ne serait pas libéré. Néanmoins, Aleksandar Vučić le Premier ministre serbe a annoncé le mardi 7 juillet sa venue pour les cérémonies à Srebrenica, afin d’y représenter la Serbie. « Il est temps de montrer que nous sommes prêts à la réconciliation, que nous sommes prêts à nous incliner devant les victimes des autres. Le gouvernement serbe a décidé ce soir que je représenterai la Serbie, le 11 juillet à Srebrenica », a déclaré M. Vučić à la presse. On annonce aussi la venue de l’ancien Président des Etats-Unis, Bill Clinton.

Enfin, la dernière polémique vient du député européen FN Aymeric Chauprade, qui a déposé une proposition de résolution auprès du Parlement européen. Le géo-politicien du parti d’extrême-droite dénonce en effet les crimes contre les Serbes de Bosnie-Herzégovine, et va même jusqu’à affirmer qu’aucun élément ne permet de qualifier de génocide le massacre de Srebrenica. Dans le même temps, une autre résolution fait polémique, celle déposée à l’ONU par les Britanniques, proposant de déclarer ce 11 juillet comme « journée du souvenir pour les victimes du génocide de Srebrenica ». Elle devait initalement être voté le 7 juillet, mais la Russie voulant opposer son droit de véto, le vote a été reporté d’une journée, afin d’entamer des discussions entre la Russie d’un coté, et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de l’autre. C’est ce terme de génocide qui provoque un vif mécontentement à Banja Luka, à Belgrade, et donc à Moscou. La Russie a finalement décidé le 8 juillet d’opposer son véto à cette résolution ; nouveau signe d’un rapprochement entre les Serbes et les Russes, et décision applaudie quelques heures plus tard par le président serbe.

 

Pour nous, Srebrenica est un mot compliqué à prononcer, pas pour les Bosniens. Oublier les événements de 1995 leur est impossible. Il faut pourtant aujourd’hui aller de l’avant, et rapprocher ces cultures qui vivaient en paix quelques années avant la guerre. Plus de 20 ans après, les plaies de la guerre de Yougoslavie sont toujours béantes et ont du mal à cicatriser.

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Thibaut Boudaud

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