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De la faiblesse du système politique à travers le cas français

De la faiblesse du système politique à travers le cas français
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De ce qu’on entend, les Français sont pessimistes, jamais contents et râleurs. Si non seulement cela a du vrai, ce portrait de la France donne aussi à penser sur la politique en elle-même et son incapacité à satisfaire. Analyse d’une aporie latente et quasi-permanente.


 

Mécontentement

 

pewglobalRue89 a récemment relayé une étude du Pew Research Center faisant état du pessimisme légendaire des Français. Nous ne sommes que 12% à penser que les générations futures vivront dans de meilleures conditions économiques que nous, ce qui constitue le plus bas score parmi toutes les populations interrogées. Suivant les questions posées, nous restons l’ombre au tableau des pays développés ; seuls l’Italie, le Liban, l’Ukraine et la Pologne par exemple dépeignent un pessimisme au moins aussi féroce. Parmi les pays développés, nous restons tout de même la nation avec le moins d’espoir vis-à-vis de notre futur.

Mais alors, pourquoi nous ? Aurions-nous un pays, une économie, un terreau plus fertile à ce genre de réactions ? Est-ce que ce pessimisme est issu d’une singularité française ou d’un problème plus général ? Car il faut bien le remarquer ; à chaque fois qu’une majorité est élue, le schéma est le même : élection, satisfaction, état de grâce, passage à vide, désillusion, déception, impatience, désaveu, élection.

Avec ceci, on arrive même à se demander pourquoi il y eut des réélections dans notre histoire politique. Dans l’histoire de la Vème République, seul Charles de Gaulle en 1965 a été réélu après un véritable plébiscite de sa politique – mais là encore, il y avait l’après-guerre, la reconstruction, le mythe de l’homme providentiel, l’image de la résistance, l’ombre d’un homme qui a su sauver la France et refonder la République. La réélection de Mitterrand en 1988 s’est faite après une cohabitation subie en 1986 et surtout grâce à une partition de la droite au premier tour et à une poussée inédite du Front national. Quant à Jacques Chirac en 2002, il va sans dire que ce sont 82% des Français qui ont voté contre Jean-Marie Le Pen.

Et finalement, la politique n’est qu’histoire de mécontentement. Tout est comme si l’on ménageait la non-adhésion. Comme si l’on choisissait le « moins pire ». Il suffit de regarder les campagnes d’entre-deux tours et comment les qualifiés flattent les votes des centristes souvent, des extrêmes parfois. Si les Français en viennent aujourd’hui à être si pessimistes, à voter extrême parfois mais surtout à s’abstenir, c’est de mon avis en grande partie à cause de la désillusion qu’apporte en elle-même la politique.

On remarque bien que le thème du changement est présent dans chaque campagne électorale, comme si la volonté de faire de tout effacer et de reconstruire selon son modèle était inhérente à la politique. Chirac en 1988, Jospin en 1995, Royal et même Sarkozy en 2007, Hollande en 2012 ; seul Mitterrand échappe à la règle. Dès lors, si l’on fait campagne sur le thème du changement et que la relative lenteur de l’action politique rend impatient l’électeur, le pessimisme découle alors de la désillusion. 

J’entendais de la bouche d’un de mes collègues cet été : « rien ne va bien dans ce pays, et ça ne va pas s’arranger ». Et c’est bien cela ; ce sont des dysfonctionnements encore plus sous-jacents de l’appareil politique qui fondent le pessimisme.

 

Monnayer du rêve

 

Gouverner, c’est aussi monnayer du rêve. Et ceci est surtout dû à la démocratie. Évidemment que le pouvoir doit revenir au peuple ; c’est un idéal de société, l’autonomie, la capacité de n’être soumis qu’à soi-même. Mais ce contexte dans lequel évolue la politique pousse au populisme, à l’électoralisme. On tombe dans l’idéologisme, la représentativité et tous les travers qu’engendre la démocratie. La démocratie, c’est aussi l’éloge du peuple ; bien éloigné des capacités réelles de chaque petit citoyen à décider de l’avenir d’un pays et d’une économie.

Oui, monnayer du rêve, et encore plus dans nos systèmes représentatifs. Les gouvernants taxent de démocratie ce qui est seulement l’arbitrage du peuple entre des choix qu’on lui offre après une soigneuse sélection. Et quand le peuple n’a pas daigné choisir ce qui était prévu, on use d’autres stratagèmes dits démocratiques pour l’emmener dans « la bonne direction ».

Que l’on soit pessimiste face à l’avenir n’est que le résultat d’un dysfonctionnement de la réalité politique. La politique est là pour arbitrer au sein de conflits sociaux, c’est-à-dire que gouverner, c’est choisir un parti pris, une direction et un idéal. Mais cet arbitrage ne résout rien aux conflits au sein de la société, et pire encore, il en crée parfois de nouveaux. Il est vrai, la définition de la politique l’appelle à « arbitrer » et non à résoudre. Mais après tout, n’est-ce pas l’idéal d’une société qu’une résolution unanime de tous les conflits ? Et c’est de là que vient la désillusion et le pessimisme.

On attend beaucoup de la politique, et même trop. On croit – et pas seulement les Français – que la politique peut tout résoudre, comme un mythe de l’omnipotence. La politique ne peut pas décider sur tout, la société est trop contingente pour cela. À trop attendre de la politique, on en ressort irrémédiablement déçu.

 

Et c’est un bien triste constat que de dire que la politique ne résout pas tout. Mais il est selon moi bien réel. Alors, est-ce que la politique fonctionne mieux dans les pays optimistes ? Peut-être. Peut-être que les politiques parviennent mieux à monnayer ce rêve et cet idéal de société. Et c’est également vrai, la France est très encline à attendre beaucoup de l’action politique. Mais il reste néanmoins une chose : la politique ne peut pas tout résoudre et dès lors déçoit. Malheureusement.

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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