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Jeu vidéo, un art derrière le pixel ?

Jeu vidéo, un art derrière le pixel ?
Roméo Van Mastrigt

Le divertissement peut-il être un art ? Si le cinéma est un art, qu’en est-il du jeu vidéo ? Décryptage de Roméo Van Mastrigt. 


Longtemps apparu comme abrutissant et destiné à un public immature, le jeu vidéo a gagné peu à peu depuis les années 90 ses lettres de noblesse. Grâce à la complexité de ses scénarios, à la beauté de ses graphismes ou à son impact émotionnel, le jeu vidéo touche désormais plus de 50% des Français. Mais celui-ci est toujours déconsidéré par une certaine élite du fait de sa non-conformité aux règles classiques de l’art. Sa représentation et sa finalité brouillent les frontières entre art et divertissement. Qu’en est-il vraiment ?


 

Une pratique déconsidérée

 

Affirmer que le jeu vidéo est un art a tendance à faire frémir les puristes. En effet, ceux-ci s’accrochent à la sacro-sainte distinction entre les arts plastiques et les arts appliqués pour lui refuser le statut d’œuvre d’art. Les arts plastiques sont des œuvres uniques, tandis que les œuvres nées de l’art appliqué sont reproduites en série. Les jeux vidéos se rangent ainsi dans la deuxième catégorie. Les studios vidéo-ludiques et ses développeurs ne seraient donc que des artisans, appliquant un savoir faire pour créer un produit destiné à la vente. Les détracteurs du jeu estiment également que sa finalité n’est en aucun point compatible avec l’art. Ce dernier étant supposé être inutile, le jeu, au contraire, a une fonction bien précise : celle de divertir et d’être rentable. De même, la question de l’interactivité entre le jeu et le joueur lui ferme les portes de la reconnaissance. Si l’art véritable n’a besoin que d’être vu, entendu ou lu, le jeu doit être joué pour exister. Le jeu, dans ces conditions, ne serait qu’un divertissement, voué à faire passer le temps et non une ode à l’esthétisme dont la seule finalité serait la beauté. Ramené à sa nature primaire de divertissement, le jeu vidéo ne serait qu’un simple produit culturel de masse, né de l’industrie et dénué de sens artistique. Le jeu serait l’autoportrait du XXIe siècle : un produit de consommation éphémère, bon marché et mondialisé. Aujourd’hui, si le jeu se prétend être une œuvre, c’est parce que les fans ont une fâcheuse tendance à le sacraliser, parlant même d’œuvres « cultes ». Des communautés de fans, au même titre que le cinéma ou la télévision, se sont regroupées autour de jeux (on pense à Bioshock, Final Fantasy, Okami ou Shadow of the Colossus), les idéalisant et les portant au rang d’œuvres d’art totales. En rejetant les formes classiques de la culture légitime et en s’ancrant le plus souvent dans les mouvements culturels de l’adolescence, le jeu vidéo fait figure de petit rebelle dans le domaine culturel. C’est parce qu’il ne permet pas de différenciation sociale dans son usage que le jeu vidéo n’est pas considéré par les élites comme artistique.

 

 

Une approche différente existe

 

Est-il cependant toujours nécessaire de prendre à la lettre la théorie de l’art inutile ? Pourquoi constamment se raccrocher aux éternels critères philosophiques à l’heure du XXIe siècle ? L’inutilité de l’art est une approche, certes presque unanime, mais hautement contestable (et surtout élitiste). Si l’art est inutile, alors ni le cinéma, ni la musique, ni la littérature ne seraient des œuvres d’art en 2015, étant donné que chacun d’eux servent un intérêt et des objectifs de rentabilité. Seul l’art désintéressé serait alors considéré comme tel ? Et quid du marché de l’art dont les montants donnent le vertige ? Il est nécessaire de revoir les critères de qualification de l’art à l’heure où vivre de son métier est vital, que l’on soit « artiste » ou non. Rejeter le lien entre art et argent à l’heure de la mondialisation, c’est rejeter en masse toute une tranche de la population et la « Pop culture » avec elle, et l’art n’appartenant pas qu’aux élites. Le jeu vidéo fait sans aucun doute partie intégrante de la culture de masse, ce qui n’en fait pas pour autant un simple produit de consommation. Car sa finalité n’est pas toujours motivée par l’argent : tous les jeux n’ont pas vocation à être vendus, certains sont développés par des passionnés et des amateurs (le jeu indépendant partage les caractéristiques du cinéma d’art et d’essai). La conception d’un jeu requiert des graphistes, des animateurs, des artistes, des musiciens, des scénaristes, tous sous la houlette d’un directeur artistique. Le jeu vidéo est capable de toucher aux émotions autant qu’à l’intellect, il sait être visionnaire et rendre hommage au passé, cultiver le beau et briser la rétine, il sait questionner et même interloquer.

 

 

Le jeu vidéo est finalement une bête hybride. Aux frontières du produit culturel et de l’œuvre d’art, il n’est au final qu’un divertissement si l’on se plie aux critères classiques de l’art. Pourtant, il résulte d’une dynamique artistique qui touche et questionne la plupart d’entre nous. Au carrefour des genres, le jeu vidéo trace encore sa route.

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Roméo Van Mastrigt

Responsable recrutement. Normand de naissance, Lillois d'adoption. Geek et écolo. Grand fan de Jabba le Hutt.

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