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La Syrie, dernière carte proche-orientale de Poutine

Creative Commons - Credits : Alessandra Kocman
Quentin Cornic

Depuis quelques semaines, Poutine a accru le soutien qu’il apporte à son très cher allié Bachar al-Assad. La Russie intervient en effet en Syrie, bombardant des positions parfois ambigües. Derrière la façade de la lutte anti-islamique se cache l’enjeu de la présence russe au Proche-Orient.


 

Cette semaine, Bachar al-Assad a rendu visite à son ami Vladimir, à Moscou. Sans surprise, le contenu des discussions a porté sur le récent soutien de l’armée russe à l’armée syrienne. Les positions des bombardements de l’armée russe sont souvent critiquées par les Occidentaux. Ainsi le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a-t-il estimé début octobre que les frappes russes ont visé des opposants au régime syrien très cher aux yeux du Kremlin. Son homologue russe Sergueï Lavrov a cependant annoncé à la mi-octobre que la Russie a atteint de nombreuses « cibles terroristes » et « infrastructures de l’État islamique » et du Front al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaida. Vladimir Poutine a finalement reconnu que « l’armée syrienne fait réellement des progrès avec notre soutien mais que les gains sont encore modestes ».

 

Vers un soutien russe aux rebelles syriens ?

 

Le 24 octobre, Sergueï Lavrov a annoncé qu’il n’excluait pas d’apporter le soutien de la Russie aux combattants de l’Armée Syrienne Libre (ASL), « depuis les airs ». Néanmoins, le chef de la diplomatie russe – qui avait plus tôt indiqué ne pas reconnaître « d’opposition modérée » en Syrie – semble ne pas trop s’engager, se contentant de glisser l’idée. De plus, les représentants de l’ASL critiquent la Russie pour les bombardements qu’elle lui fait subir, et voit dans la nouvelle idée russe « un soutien aérien que nous n’avons pas demandé ». Peut-être est-ce finalement une stratégie destinée à diminuer la pression occidentale sur la Russie de Poutine et le soutien qu’elle apporte à la Syrie d’Assad, deux pays étroitement liés depuis des décennies.

 

Syrie-Russie : des liens étroits datant de la guerre froide

 

Le 28 septembre 1970 décède le colonel Nasser, chef de l’État égyptien depuis le début des années 1950. Avec lui disparaît le socialisme égyptien, honni par le nouveau responsable du pays, Anouar el-Sadate. Celui-ci souhaite une baisse de l’influence soviétique en Égypte – signant quand même un traité d’alliance en 1971 – avec le développement d’une politique libérale pour renouer avec Washington et en recevoir les aides dont le pays a besoin.

Cette mutation politique égyptienne déstabilise le parti Baas syrien qui est éjecté du pouvoir au profit d’Hafez al-Assad (père de Bachar) en 1970. Le nouveau chef de l’État syrien veut se poser en partenaire de Moscou, donnant ainsi naissance à l’alliance que l’on connaît aujourd’hui.

En prévision de l’intervention contre Israël d’octobre 1973, l’URSS augmente ses livraisons d’armes à l’Égypte et à la Syrie. Pendant cette guerre du Kippour, Leonid Brejnev appelle les pays arabes à suivre le mouvement des Sadate et Assad. L’engagement des deux Grands (les États-Unis à travers Israël) est donc total auprès de leurs alliés respectifs, mais la politique soviétique est peut-être celle d’une volonté d’un bouleversement géopolitique de la région.

La rupture de l’alliance avec l’Égypte en 1976 sonne le début d’un essoufflement soviétique dans cette région du monde. Surtout, l’invasion par l’URSS de l’Afghanistan en décembre 1979 sonne le glas de la présence soviétique dans le monde arabe. L’Armée rouge doit en effet faire face à des combattants du djihad venus de plusieurs pays musulmans. Ces derniers reviennent sur leur soutien à l’URSS, sauf la Syrie de la dynastie Assad.

Dès lors, l’obstination de Poutine à soutenir le boucher Assad apparaît comme très stratégique. La Syrie est le dernier pays à permettre à la Russie un accès direct à la mer Méditerranée, à travers l’installation navale russe de Tartous. C’est finalement très loin de l’image qu’a « l’ami » Poutine dans la population syrienne, si l’on en croit les témoignages recueillis dans le JT de 20h de Marie Drucker, vendredi 23 octobre.

 

Nul doute que Bachar al-Assad, dont les opposants originels sont alimentés par l’Arabie Saoudite et les États-Unis, pourra continuer de compter sur le vaillant Poutine. Et ce même si Lavrov a déclaré ne pas tenir absolument au maintien du leader syrien. Les enjeux pour la Russie sont néanmoins trop importants dans cette Syrie, dernière porte d’accès à la mer Méditerranée et point de rencontre avec les États-Unis.

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Quentin Cornic

21 ans ; M1 Études européennes Paris 3

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