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L’Ukraine, symbole pour la Russie et enjeu pour Poutine

Creative Commons - Credits : cielodlp
Quentin Cornic

Après la destitution du président Ianoukovitch en février 2014, la Russie s’empare de la Crimée. L’Ukraine est alors divisée comme jamais, les uns regardant vers l’ouest, les autres vers l’est. Vocabulaire de guerre froide pour parler d’une nouvelle guerre froide ? Étude historique du comportement russe à l’égard de l’Ukraine.


 

Le 28 octobre dernier, l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) a annoncé que ses membres réfléchissaient à accroître le nombre de troupes présentes aux frontières de la Russie. Il est en effet question d’un renforcement de la présence militaire occidentale en Pologne ainsi que dans les trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie). C’est dans chacun de ces États que devraient êtres déployés 800 à 1000 hommes supplémentaires. D’après le Wall Street Journal, « Cela représente de nouveaux efforts afin de circonscrire la Russie ». Circonscrire, mot qui rappelle aisément la doctrine Truman (Président des États-Unis de 1945 à 1953), celle du containment, destinée à empêcher l’expansion du modèle soviétique.

Cette stratégie de l’OTAN s’inscrit évidemment dans un contexte de fortes tensions avec la Russie, à cause notamment de la situation ukrainienne. L’attachement russe pour l’Ukraine est indéniable, et l’indépendance du pays en août 1991 a été vécue par les Russes comme une trahison. En effet, sans l’Ukraine dans son giron, la Russie n’est pas un empire. L’Ukraine indépendante symbolise dès lors un profond désarroi post-impérial, la grandeur perdue. Ce sentiment est d’ailleurs très partagé en Russie, où la nostalgie, voire la mélancolie sont prégnantes. En 2001, au début de l’ère Poutine, 30 % de la population croit à la recomposition de l’empire russe. En 2006, 66 % de la population dit regretter la dislocation de l’URSS. Vladimir Poutine a compris l’intérêt qu’il y avait à soutenir cette voie, embrassant dès lors l’idée d’un néo-impérialisme. En 2006 toujours, le journaliste russe ultranationaliste Alexandre Prokhanov a d’ailleurs affirmé que « si la Russie perd son idée impériale, elle est condamnée à la débâcle ». Ce profond attachement à l’Ukraine n’est cependant pas seulement un héritage du moment soviétique, remontant à une période beaucoup plus antérieure.

 

L’Ukraine comme cœur historique de la Russie

L’intérêt russe pour l’Ukraine remonte à l’époque médiévale. Kiev, actuelle capitale, est en effet considérée comme le berceau de la civilisation slave orientale. La principauté de Kiev, qui a existé du IXè au XIIIè siècles, est l’entité commune à l’histoire de trois États slaves d’aujourd’hui : la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. D’ailleurs, un des premiers souverains majeurs de la principauté a été Vladimir le Grand (cela ne s’invente pas). L’invasion mongole du XIIIè siècle a néanmoins contribué à modifier le destin de ces Slaves, qui ont ensuite suivi des chemins différents.

La revendication de la Rous’ médiévale a été, tout au long de l’histoire du Tsarat de Russie et de l’Empire russe, le socle de la politique étrangère. Cela traduit bien l’ancienneté de l’attachement des Slaves du nord à l’Ukraine. Ce même attachement représenté aujourd’hui par Vladimir Poutine, qui ne s’appuie donc pas uniquement sur l’héritage soviétique. D’ailleurs, en annexant la Crimée, il renie cet héritage car elle avait été rendue à l’Ukraine en 1954 par Nikita Krouchtchev.

 

La situation des années 2000 en Ukraine

Jusqu’en 2004, le président ukrainien est Léonid Koutchma, un pro-russe. En 2004, les élections portent au pouvoir son dauphin Viktor Ianoukovitch, mais les régions occidentales de l’Ukraine, qui regardent déjà vers l’Europe, suspectent celui-ci de fraude. C’est le début de la Révolution orange, qui aboutit à l’arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko, qui reçoit d’ailleurs le soutien de l’Union européenne. La situation que l’on connaît aujourd’hui est finalement né en 2004, quand l’arrivée au pouvoir de l’opposition démocratique a sonné tel un revers pour le Kremlin, qui n’a pas su anticiper les événements, dans un pays où 17 % de la population est d’origine russe.

En 2010, Ianoukovitch est de nouveau au pouvoir dans un pays en crise courtisé par la Russie mais aussi par l’Union européenne, qui souhaite développer un partenariat oriental. Des négociations entre les Européens et l’Ukraine sont alors engagées, entrainant une opposition très forte de Vladimir Poutine, qui convainc Ianoukovitch d’interrompre celles-ci. En échange, le Kremlin promet une division des prix du gaz par deux. Cela cause de nouvelles manifestations, notamment sur la fameuse place Maïdan, qui réussit à éjecter Ianoukovitch du pouvoir. Pour des raisons sécuritaires et devant une situation très bancale, Poutine fait envahir la Crimée, qui abrite l’importante base navale russe de Sebastopol. C’est ensuite dans la zone est de l’Ukraine frontalière avec la Russie, où les russophones sont d’ailleurs majoritaires, que se développe des forces rebelles pro-russes menaçant à nouveau l’intégrité du pays.

 

Et ensuite ?

L’objectif de Poutine est clair : la réunion des frères slaves, à savoir la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. Ce rassemblement d’entités dont l’origine est commune est à intégrer dans un projet poutinien de « Nouvelle Russie », terme tsariste du XVIIIè siècle, qui vise à regrouper les Russes et russophones de tous les États. L’attitude russe actuelle ne doit donc pas être étudiée avec le spectre d’un affrontement Ouest/Est, mais bel et bien grâce à des situations beaucoup plus antérieures à l’époque de guerre froide.

 

Cet acharnement russe sur l’idée impériale a assurément de belles années devant lui, car le nationalisme est le ciment des nations fragilisées, comme l’est la Russie aujourd’hui sous le coup des sanctions internationales et de la baisse du prix du pétrole.

 

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Quentin Cornic

21 ans ; M1 Études européennes Paris 3

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