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Tutos, marketing et voyeurisme

Tutos, marketing et voyeurisme
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L’essor important qu’a connu Internet ces dernières années a véritablement changé les offres de divertissements proposées au grand public. Chez les jeunes générations, par exemple, le temps passé devant la télévision n’excède pas une heure trente par jour, contre près de quatre heures pour le reste de la population française. Plus connectée, cette génération Z se crée de nouvelles références, les héros de Youtube, remplaçant les idoles télévisuelles et les tutos et autres vlogs les dessins animés.


 

Le tuto, une nouvelle pratique commerciale

 

Depuis quelques années, la toile est parsemée de multiples vidéos, réalisées et jouées par des personnes venant de tous horizons. Si les podcasts possèdent déjà une certaine notoriété en France, de par la présence quotidienne d’humoristes comme Cyprien ou Norman, les tutos restent, quant à eux, plus ou moins cantonnés à un certain public. Utilisés comme des démonstrations culinaires ou de maquillage, ces vidéos servent avant tout à vendre un produit bien précis. Elles sont  une sorte de publicité déguisée avec, dans le rôle principal, une jeune femme d’une vingtaine d’années (Enjoyphoenix pour ne citer qu’elle), considérée, dès lors, par son public comme une grande sœur. Grâce à un univers feutré et mignon, bombardé de multiples cœurs et de jolis surnoms dignes d’un dessin animé des Bisounours, cette dernière place alors son spectateur (souvent crédule) dans la position adéquate pour acheter les produits présentés, vendus de manière aussi subtile qu’un sketch de Jean-Marie Bigard. Tout ceci est bénéfique pour la marque – qui s’enrichit à moindre frais -, pour la vidéaste, qui gagne sa vie sans réel effort, et pour le consommateur, qui a l’impression de se rapprocher un peu plus de son idole. Tout le monde semble gagnant. Si cet argent amassé reste un sujet tabou sur YouTube, ces méthodes leur procurent néanmoins des revenus conséquents, allant par exemple jusqu’à 300 000 euros par an pour la jolie lyonnaise. Alors, à ce prix-là, vous apprendrez bien à vous faire des mèches blondes ou à cuisiner quelques brownies ?

 

Le vlog, une inutile mise en scène du quotidien

 

Aujourd’hui, tout youtubeur se voit contraint de se diversifier pour garder son public, la concurrence étant de plus en plus forte, au fil des mois. De nombreux vidéastes cherchent donc à entretenir ce rapport quasi fraternel, pouvant exister avec leurs fanbases. Pour cela, ils n’hésitent pas à filmer leur quotidien : cette nouvelle tendance est appelée le vlog.

Cet anglicisme, contraction des mots vidéo et blog, est un nouveau support permettant de partager son quotidien, aussi futile soit-il. Généralement tourné avec son téléphone portable (un iPhone 6S de préférence car si le contenu est vide de sens, la qualité reste importante), le public peut alors découvrir son youtubeur préféré, partageant un moment intime avec son partenaire, entre petits-déjeuners et courses chez Ikea. Cette banalité de leur vie quotidienne rapproche donc un peu plus l’acteur et son spectateur, ce dernier se trouvant même des points communs avec son idole temporaire.

Si afficher sa vie aux yeux du monde peut sembler pernicieux, cette mise en abyme n’est que le résultat d’un voyeurisme exacerbé, développé depuis le début des années 2000 et relayé de façon exponentielle par l’essor du Web. Car, avant toute chose, le spectateur cherche à connaître la moindre partie cachée de la vie privée d’autrui. Cette dystopie, mise en lumière par Georges Orwell dans son roman 1984, est arrivée. La presse people et les téléréalités abrutissantes étaient déjà le miroir de la surveillance constante du public ; aujourd’hui le vlog confond encore un peu plus la vie relatée par le youtubeur avec son propre quotidien. Les spectateurs envient donc cet internaute, publiant des vidéos réalisées depuis sa chambre et atteignant peu à peu un semblant de célébrité aussi volage que Dominique Strauss-Kahn.

 

Néanmoins, cette gloire bien que temporaire dans la majorité des cas est assez longue pour que les youtubeurs en profitent. Entre livre assommant dans lequel notre héros moderne se confie sur son adolescence difficile (#EnjoyMarie, un livre poignant que l’on retrouve dans toutes les bonnes bibliothèques d’adolescentes prépubères, entre  la saga Twilight et la trilogie des Cinquante Nuances) et présence croissante sur les plateaux de télévision, ils rentabilisent leur vie pour en faire un produit commercial. Brillant et dérangeant, mais n’est-ce pas, finalement, le reflet d’une société qui cultive le « buzz » au rabais ?

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

Comments

  1. Mr.Nobody

    Alors certes, comme pour vous, EnjoyPhoenix n’a pas une place particulière dans mon cœur, mais votre résumé des tutoriels Youtube est vraiment trop rapide.
    Si votre article était porté uniquement sur cette personne (ou une autre, ayant un même type de pratique) j’aurai pu comprendre le titre mais là vous annoncer une chose pour seulement en traiter la surface. Je vous invite à parcourir plus longuement Youtube afin de comprendre à quel point les tutoriels n’ont rient d’uniformes (même si certaines formes populaires sont récurrentes).

  2. EvilGalith

    Comment peut on avoir une vision aussi étroite en ayant comme slogan: « un coup de jeune sur l’info »…

  3. Pauline

    Simon, de toute évidence vous ne vous êtes jamais lancé dans l’exercice du tutoriel YouTube, pour qualifier cela d’une pratique « sans réel effort ».
    Préparation du sujet en amont, installation du matériel, tournage des différentes séquences (parfois 2, 3 fois ou plus selon le côté perfectionniste du youtubeur), montage, recherche de musiques, d’effets, création des visuels qui accompagnent la vidéo lors de sa promotion sur les réseaux sociaux, réponse aux commentaires, gestion des relations avec la marque en question… Avez-vous pris la peine de regarder des vidéos « behind de scene » de certains YouTubeurs ?

    Je ne parle pas forcément d’EnjoyPhoenix dont je ne suis plus la cible, mais je ne doute pas que cette fille a commencé au même endroit que tout le monde (quoique plus jeune que la plupart), et si ça a marché pour elle plutôt que pour d’autres, c’est qu’il y a une raison. La constance et la créativité sont les clés du succès pour n’importe quel créateur de contenu.
    Ne dénigrons pas le travail d’une personne parce qu’on ne le connait pas, ou de loin, ou parce que ça fait bien en société de la rabaisser.

    Votre article aurait pu être intéressant, mais vos arguments teintés d’un cynisme forcé et la superficialité de vos propos vous desservent et annule toute pertinence.

    En clair et pour le dire comme une fan d’EnjoyPhoenix, « t tro jalou ».

    • Simon Wautier

      Je ne critique pas le travail fait en amont ni en aval par le youtubeur. Cela est même louable et personnellement, je ne pourrais le faire. Je critique en revanche les placements de produits réalisés. Le fait de présenter un produit d’une marque A plutôt que d’une marque B ne requiert aucun effort, et non pas son travail en général. Nuance donc.

      Je ne dénigre pas non plus son travail. J’applaudis le fait que cette jeune femme gagne sa vie, à travers ses vidéos mais je ne comprends en revanche pas l’intérêt réel d’étaler son quotidien aux yeux de tout le monde. Je pense qu’Internet tue peu à peu la vie privée de chacun.

      Enfin, ce que vous considérez comme du cynisme, il représente surtout mon humour, auquel apparemment vous êtes insensible.
      Néanmoins, je note que vous n’en êtes pas dénuée, comme le montre votre dernière phrase.

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