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Attentats : la proposition indécente de M. Wauquiez

Attentats : la proposition indécente de M. Wauquiez
Clément Baillon

Laurent Wauquiez veut enfermer préventivement des personnes fichées par les services secrets. Ceci n’est pas seulement anti-démocratique, c’est aussi inefficace.


 

Les faucons, attirés par le sang, se muèrent en vautours

 

Le sang n’avait même pas fini de couler en ce tragique vendredi 13 novembre 2015 que l’extrême droite puis la droite tentaient déjà de récupérer l’événement. Des propositions ont été faites, d’autant plus dangereuses qu’il est possible qu’elles entrent un jour en vigueur.

Ainsi, à 22 heures 35, alors même que les terroristes continuaient d’assassiner les spectateurs séquestrés au Bataclan, l’inénarrable Gilbert Collard, député Front national (FN) du Gard, gazouillait-il sur Twitter : « Fusillade en plein Paris, pauvre, pauvre France abandonnée ! » Quant à l’indescriptible Philippe de Villiers, il écrivait sur le même réseau social : « Immense drame a Paris. Voilà où nous a conduit le laxisme et la mosqueïsation [sic] de la France » (les fautes n’ont pas été corrigées, ndlr). L’indéfinissable Nadine Morano, enfin, toujours eurodéputée pour son parti Les Républicains (LR), ne respectant non plus le moindre délai de décence, souhaitait l’arrêt de « la politique de répartition des clandestins de Calais dont on ne sait rien dans nos villages de France », ajoutant un délicieux « #Cazeneuvedémission ».

 

Le record de la basse récupération

 

Mais le record de l’inconvenance, de la basse récupération et de la démagogie réunies en une seule phrase a tout de même été remporté par Laurent Wauquiez, numéro trois de LR, parti politique portant décidément très mal son nom. Rejoint par Éric Ciotti, un habitué de ces propositions vomitives, le député propose tout simplement que « les quatre mille personnes vivant sur le territoire français, fichées pour terrorisme » soient « placées dans des centres d’internement anti-terroristes spécifiquement dédiés ». Ce projet de camp où l’on concentrerait des personnes, que notre Premier ministre M. Valls a refusé de rejeter, souhaitant étudier son « efficacité », nécessite une réponse à deux niveaux, tant sur le plan des valeurs que sur le plan pratique.

 

Idéologiquement, ce serait être l’allié objectif de Daesh

 

Le but d’un groupe terroriste est de déstabiliser une population, une société, un État à l’aide d’opérations choquantes et meurtrières. L’attentat en tant que tel ne peut pas détruire un pays. La France compte soixante-six millions d’habitants, possède un vaste et solide réseau de secours ; un attentat fera cent, deux-cents morts, mais de détruira pas une nation. En revanche, la réaction post-attentat de la société peut être suicidaire : les terroristes veulent détruire la démocratie, nous le faisons à leur place. Disons-le tout de suite, la proposition de M. Wauquiez entre en totale contradiction avec les valeurs fondamentales et historiques de la France, principalement la lutte contre l’arbitraire d’un pouvoir exécutif qui aurait le pouvoir d’enfermer des personnes sous simple soupçon, et la présomption d’innocence, toutes deux garanties par les articles 2 et 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ayant valeur constitutionnelle. D’autres textes auxquels notre pays est juridiquement lié interdisent ce genre de pratique, notamment la Convention européenne des droits de l’homme qui limite les possibilités de privation de liberté en son article 5. S’il venait à être mise en place, ce qui reste heureusement peu probable, ce projet signifierait l’abdication de la démocratie et donc une victoire idéologique du groupe État islamique.

 

En pratique, ce serait également aider Daesh

 

Sur le plan pratique, comme le rappelle l’ex-juge antiterroriste Marc Trévidic, enfermer quelqu’un en voie de radicalisation sans pour autant qu’il ait commis ou tenté de commettre la moindre infraction, qui plus est avec d’autres personnes radicalisées, reste le meilleur moyen de faire de lui un véritable terroriste. Séquestrez une personne injustement, elle vous détestera le restant de ses jours. Quant à Daesh, il lui sera facile d’alimenter sa propagande autour de persécutions dont seraient victimes les musulmans, qui risqueraient de radicaliser un plus grand nombre d’entre eux. Enfin, ce ne sera pas en « [ouvrant] un Guantanamo français sur le Larzac et y enfermer des milliers de gars rentrant de Syrie » que l’on empêchera « huit mecs de prendre les armes », comme le confiait à l’Agence France Presse Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la Direction générale de la sécurité extérieure.

 

Les lois sont déjà là

 

Il ne faut pas non plus oublier que notre pays possède un grand nombre d’armes juridiques déjà applicables contre les personnes suspectées de terrorisme. La simple préparation d’un attentat peut être punie de 10 ans d’emprisonnement et de 225 000 euros d’amende. Dans le cadre d’une procédure judiciaire, une personne suspectée de préparer un acte terroriste peut ainsi être mise en examen et placée en détention provisoire. Mais ces mesures attentatoires à sa liberté sont prises par des juges, indépendants, sur la base de soupçons sérieux qu’elle pourra contester ; pas par des personnes liées au pouvoir exécutif, n’ayant pas besoin de justifier leurs actes, sur la base d’un simple fichage réalisé par les services secrets. Et s’il y a condamnation, ce serait après un procès juste et équitable, permettant au prévenu de se défendre à l’aide d’un avocat. Traiter ses ennemis comme des hommes fait la beauté des démocraties.

La différence entre un État de droit et un État policier se trouve ici, comme l’écrivait Raymond Carré de Malberg :

« L’État de police est celui dans lequel l’autorité administrative peut, d’une façon discrétionnaire et avec une liberté de décision plus ou moins complète, appliquer aux citoyens toutes les mesures dont elle juge utile de prendre par elle-même l’initiative, en vue de faire face aux circonstances et d’atteindre à chaque moment les fins qu’elle se propose : ce régime de police est fondé sur l’idée que la fin suffit à justifier les moyens. À L’État de police s’oppose l’État de droit. »

Laurent Wauquiez a clairement fait son choix.

 

Crédits de l’image : CC UMP on Flickr : « Assemblée plénière du Comité des maires de l’UMP du 11 mars 2015 ; Laurent Wauquiez, Secrétaire général de l’UMP, Député-maire de Puy-en Velay ». 

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Clément Baillon

En terminale Économique et Sociale, je suis président de l'association "Droits des lycéens", adhérent à la Ligue des droits de l'Homme et aux Économistes atterrés.

Comments

  1. Lisentrail

    « […] parti politique portant décidément très mal son nom. »
    République ne rime pas forcément avec démocratie.

    « Le sang n’avait même pas fini de couler en ce tragique vendredi 13 novembre 2015 que l’extrême droite puis la droite tentaient déjà de récupérer l’événement. Des propositions ont été faites, d’autant plus dangereuses qu’il est possible qu’elles entrent un jour en vigueur. »
    Ah c’est vrai qu’à gauche, on ne fait aucune récupération politique.
    Voir ici, l’Etat et le PS qui cherchent à profiter de la situation pour durcir les lois en rapport avec Internet. https://twitter.com/nicolaschapuis/status/665970756497620993

    La qualité de votre article n’en serait qu’améliorée si vous respectiez un semblant d’impartialité.

    • Clément Baillon

      Bonjour,
      Le message dont vous parlez date du 15 novembre, soit deux jours après les attentats et non pas le soir même.
      Il est néanmoins vrai – et vous avez tout à fait raison – que la gauche récupère également les événements du 13-11. Mon article portait principalement sur la proposition de M. Wauquiez, donc parler de la gauche aurait été superflu.
      Enfin, je n’essaye pas d’être impartial – il est impossible de l’être – je tente de rester honnête intellectuellement.

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