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Un Noël chez les Roms

Un Noël chez les Roms
Sophie Lamberts

Les Roms représentent la plus grosse minorité européenne, et pourtant, ils restent les grands oubliés de la ville. Originaires d’Inde, les Roms ont leur propre langue – le romani –, leurs croyances, leur style de vie, en marge de nos sociétés. Mais eux aussi fêtent Noël. Rencontre avec l’un des peuples les plus ségrégués d’Europe.


 

« Ici, on fête Noël comme chez vous » me lance Samuel, un gamin rom emmitouflé dans une veste Nike toute piquée. Dans ce camp sauvage près du périphérique nantais, c’est un grand jour : on tue le cochon. Une dizaine de bêtes gisent sur le sol boueux, certaines attendent d’être vidées, d’autres sont découpées avec un canif affûté. Les hommes parlent fort en romani et on entend le racloir qui crisse. « On achète le cochon 120 euros. C’est cher, mais chaque famille peut en manger pendant au moins deux mois » m’explique fièrement un homme bedonnant. Le tue-cochon est une tradition populaire chez les Roms qui marque la fête de Noël et les mois les plus froids de l’hiver. Toute la journée du 24 décembre, les hommes s’affairent à la découpe. Chaque partie de l’animal est habilement tranchée suivant une parfaite chronologie.

Déjà, le feu crépite dans les poêles à bois rouillés et l’eau frémit dans les grandes marmites. Les femmes, en longues robes bariolées, préparent les premiers ragoûts et saucisses qui seront partagés en famille le soir même. Une jeune femme, d’à peine 17 ans, tente de m’enseigner la recette traditionnelle qu’elle prépare à chaque réveillon : le sarmalé. « Vous ne mangez pas ça à Noël ? » s’étonne l’adolescente, incrédule. Impossible d’imaginer une table de fête roumaine sans ses sarmalé, des feuilles de choux blanc farcies avec du porc. Elles sont servies avec de la mamaliga, une sorte de polenta, et accompagnées d’une cuillère de smantana, une crème aigre.

 

Noël, c’est aussi – et avant tout – une fête religieuse. Il n’existe pas de religion rom clairement définie. « On croit en Dieu » répond simplement un vieux, face à mon incompréhension. Une femme, un dikhlo (foulard) sur la tête, s’approche timidement, et me demande mon carnet. Elle commence à écrire des lettres hésitantes mais bien lisibles : EHVANGHELISTI. Dans ce camp, la majorité des roms est évangéliste, une branche importante du christianisme. Une église a même été construite sur le camp, avec des planches de bois et quelques morceaux de tôle. Rien ne la différencie des autres cabanes et caravanes qui sortent du sol. Ici, pas de sapin éclairé ni de guirlandes lumineuses.

Samuel, le meneur du groupe de gosses, me prend la main et m’amène vers une caravane d’un blanc immaculé : « Tu vois, on a décoré un peu ici. C’est beau, hein ? ». À l’intérieur, des bonhommes découpés dans du papier colorent les murs de la minuscule roulotte. Tous les enfants du camp ont épinglé leurs dessins : des Pères Noël, des hottes remplies de cadeaux, des bonhommes de neige… Comme les autres enfants, les Roms attendent le matin du 25 décembre avec impatience. « Moi j’ai commandé un tee-shirt Star Wars » me lance Fransesco, passionné par la saga. Sa soeur, Andrea, ne préfère pas révéler le cadeau qu’elle a écrit sur sa liste. « C’est un secret avec le Père Noël » me chuchote-t-elle à l’oreille. Les plus grands, eux, reçoivent un peu d’argent de la part de leurs parents. Samuel avait raison. Noël chez les Roms, c’est presque comme chez nous, à la différence près qu’ici, on saigne le cochon.

 

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