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La politique par les citoyens

La politique par les citoyens
Ménélas Kosadinos

Comme une petite musique qui se répète indéfiniment, observateurs de tous bords nous chantent le désamour des citoyens pour la politique, le fossé entre les dirigeants et leurs électeurs, les élites déconnectées ; bref, fredonnez ce refrain comme vous le voulez. Et si on était jamais mieux servis que par soi-même ?


 

C’est un constat indéniable, il existe depuis des années – des décennies serait-on tentés de dire – une fracture entre le peuple et ses dirigeants. Tous corrompus, tous irresponsables, tous réélus. Une classe politique qui ne se renouvelle pas, qui s’enferme dans sa bulle et qui prend la démocratie de la République en otage. Comment le pouvoir du peuple, par la peuple et pour le peuple s’est-il transformé en pouvoir d’une élite, élue sans enthousiasme ?

 

La dépossession du pouvoir politique

 

Si le pouvoir politique appartient à tous, l’idée selon laquelle certaines compétences sont inaccessibles au commun des citoyens a progressivement écarté le peuple de sujets, en apparence techniques, mais en vérité éminemment politiques.

L’exemple le plus frappant est celui des problématiques économiques : l’économie, trop complexe pour être pensée par de « simples citoyens », vraiment ? Présentée comme un vaste système indépendant de toute pensée politique et obéissant uniquement à des paramètres techniques, l’économie n’est alors plus accessible à chacun ; et quelle légitimité aurait un citoyen à s’exprimer sur un sujet qu’il ne maîtrise pas ? On est alors en droit de s’interroger si un domaine aussi important que l’économie, qui détermine une large part de notre quotidien, peut être exempt de tout contrôle démocratique dans une société qui brandit la démocratie comme une valeur transcendante à toutes les autres.

On assiste donc à une dépossession du pouvoir politique qui s’appuie sur des questions de compétences techniques, maîtrisées uniquement par une élite politique et intellectuelle ; cette problématique de la compétence du citoyen dans la gestion des affaires politiques sert alors de justification pour l’exclure des processus de décision. Une partie de ses fonctions politiques lui a donc été soustraite, puisqu’on considère que tout le monde n’a pas la légitimité nécessaire à ce que son avis soit pris en compte.

 

Une responsabilité partagée

 

On ne peut cependant pas imputer toute la responsabilité de cet échec aux élites, sous peine de s’enfermer dans un discours manichéen, une complainte fataliste qui condamne les citoyens à n’être que les malheureuses victimes de dirigeants tout puissants et qui conforte les populismes de tous bords. Si le fossé se trouve entre l’électeur et l’élu, c’est bien que chacun a une responsabilité.

D’une part, un peuple qui se voue dans une certaine complaisance à se laisser guider sans s’impliquer, qui se nourrit du « la politique, ça ne me concerne pas ». On ne peut certes pas reprocher à des hommes et des femmes qui s’épuisent au travail chaque jour ou qui se battent pour maintenir une cohérence familiale autour d’eux, de ne pas assez s’engager au service de la cité. Toutefois, il faut que chacun d’entre nous garde à l’esprit que la démocratie que nous défendons ardemment reste, du moins dans notre conception actuelle, le gouvernement par le peuple, et se nourrit donc d’un engagement permanent de chacun de ces individus. Se résigner à céder le pouvoir politique à une classe dirigeante, comme si elle lui appartenait de droit, marque un cruel retour à des conceptions politiques passéistes et renoue avec des traditions moins lointaines qu’elles n’y paraissent.

Ainsi, la figure de « l’homme providentiel » fantasmé à chaque élection est un symptôme révélateur qui s’inscrit dans ce même processus de déresponsabilisation des citoyens, qui préfèrent croire dans le charisme d’un homme censé leur apporter toutes leurs solutions, alors qu’ils auraient la capacité d’élaborer eux-mêmes ces solutions.

D’autre part, la démocratie représentative n’est plus le pouvoir au peuple, représenté par des élus, mais l’action exclusive des élus sur la masse citoyenne pour qui l’action politique est limitée aux périodes électorales. On est contraint de reconnaître la capacité de cette élite à entretenir cette captation du pouvoir et en usant de ses leviers pour le conserver à l’abri d’un contrôle citoyen trop important : communication à outrance, disposition de l’espace médiatique, maîtrise totale de l’agenda politique, etc.

Ces trois derniers points montre les mécanismes qui bornent le citoyen à son rôle d’électeur, alors que la politique se construit sur le long-terme et sur un temps continu. Néanmoins, il existe encore des énergies politiques, collectives et individuelles, issues de la « société civile » et qui pourraient contribuer à l’amélioration des politiques publiques : un rééquilibrage des pouvoirs pourrait par exemple passer par la sollicitation des ces forces dans le jeu démocratique.

 

Créer de nouveaux outils pour la démocratie

 

Si les partis extrémistes prônent la disparition des élites, avec une part certaine de démagogie, il peut exister plus modérément – que ce soit vu comme une étape, ou comme un compromis raisonnable selon la sensibilité de chacun – des solutions visant à faire du peuple un acteur permanent de la vie politique, sans forcément passer par l’installation de rapports de forces qui détériorent le climat social et qui rendent impossibles tout dialogue constructif.

Il est intéressant de mentionner comme exemple le principe d’initiative populaire qui existe notamment en Suisse et permet à des citoyens de faire une proposition de loi obligatoirement étudiée par le Parlement si elle rassemble un certain nombre de signatures. Au-delà d’actions ponctuelles comme celle-ci, l’intégration globale des masses dans le jeu politique doit être la source d’une participation constante et positive.

La jeunesse doit être singulièrement prise en compte dans cette réflexion, puisqu’au fond, c’est surtout pour préparer l’avenir que l’on fait de la politique, et de surcroît parce que cette classe d’âge se sent aujourd’hui moins concernée par la politique. L’engagement des jeunes dans les partis politiques diminue alors que d’autres formes d’investissement, citoyennes et solidaires, se développent et prouvent leur volonté de construire un monde idéal en dehors des circuits traditionnels.

 

La scission entre les élites et le peuple pourrait donc être une opportunité qui s’avérerait motrice d’une profonde remise en question de nos conceptions de la démocratie, de l’engagement et de la place du citoyen. Afin d’éviter l’établissement de masses amorphes et désintéressées des affaires publiques, qui menacerait l’essence-même de notre régime, une ouverture de la sphère politique à l’ensemble des citoyens libérerait notre système, du moins partiellement, des vices qui l’obscurcissent. Si le défi apparaît ambitieux, il est porteur d’espoir quant à la défense de nos valeurs républicaines.

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Ménélas Kosadinos

Jeune rédacteur et lycéen en terminale dans les Yvelines. Engagé dans le milieu associatif et passionné par l'Europe, le monde et la politique.

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Comments

  1. keg

    Jamais le 100% n’invitera le 1% à le gouverner…. ! Qu’elle est loin cette promesse.
    Elle ne faisait pas parti des solutions hollandaises de 2012, tout comme elles ne seront dans aucun programme de 2017… C’est trop tôt! Le peuple n’est pas prêt.

    http://wp.me/p4Im0Q-W5

  2. Wibz

    Dans certains pays, comme l’Espagne des nouveaux partis composés de personnes du peuples et pas d’anciens politique, apparaissent et obtiennent une majorité des voix!
    Un jour en France?

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