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Les 8 Salopards consacre (à nouveau) le génie de Tarantino

Les 8 Salopards consacre (à nouveau) le génie de Tarantino

Review Overview

Note sur 10 :
9
9

Un chef d’œuvre

Les 8 Salopards plaira au plus grand nombre (et aux fans). Un chef d’œuvre, et sans nul doute l’un des meilleurs films de Quentin Tarantino.

Le nouveau film de Quentin Tarantino, Les 8 Salopards, est en salles depuis mercredi. Critique.

 

Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

 

Dans cette Amérique aux plaines enneigées, aux détails dessinés, que le pansement des plaies moribondes de sa Guerre de Sécession peine à tenir debout, enfermée dans le carcan de ses clivages trop profonds pour être oubliés, Quentin Tarantino réalise un film œdipien, avec un but, tuer le père, l’héritage de sa patrie natale auquel il a tant de choses à reprocher. Une rivalité Nord / Sud irrémédiable, des clivages trop profonds pour être enterrés. Un seul constat : l’impossibilité d’une réconciliation.

Quand le scénario de The Hateful Eight fuite, il y a deux ans, le génie intarissable du réalisateur mute en désir de vengeance, lui faisant abandonner le projet. Heureusement pour ses fans – et les cinéphiles -, il change d’avis suite à une lecture publique du scénario, avec les acteurs pressentis. Hommage aux « Westerns Spaghettis » à la Sergio Leone, le huitième film de Quentin Tarantino reprend les vieilles ficelles du réalisateur et les incorpore dans un huis-clos époustouflant.

La catharsis de Pulp Fiction – dont la violence atteint son climax des les premières minutes – est ici remplacée par une mise en abîme d’une exceptionnelle intensité : une rencontre avec les protagonistes par chapitre, dont la verve et les poings sont la seule arme. Derrière une théâtralité bien orchestrée, bercée par un comique de répétition dont le visage de Daisy est le terrain de jeu, et les gueules cassées des protagonistes les pions, se cache un prologue construit : pour certains un long et tanguant début, pour d’autres une scène d’exposition jouissive servant à son paroxysme le talent de son auteur ; parfaite entrée en matière d’une suite sanglante. Le storytelling, la capacité du réalisateur à raconter l’histoire de tous ses personnages, de différents points de vue, mais également la capacité des personnages eux-mêmes à raconter leur propre histoire, est structuré grâce à la judicieuse découpe du scénario en chapitre – où l’on remarque l’influence de Pulp Fiction. L’intérêt du film réside dans le suspens haletant, qui rappelle l’ambiance des romans d’Agatha Christie, où tout n’est que faux semblant.

 

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Il laisse le temps au spectateur de découvrir les personnages, et ne tombe pas dans le piège principal des films que leur action inhibe : écourter l’introduction pour arriver directement à l’action en elle-même. Le film installe donc une intrigue dans laquelle les personnages trouvent leurs places et marquent leurs repères face aux autres. La filiation avec Django Unchained paraissait logique ; le film se rapproche finalement plus de Reservoir Dogs dans son approche sous forme de huis-clos psychologique, mais développe et met plus en valeur les interactions entre les personnages, dans des dialogues captivants, qui permettent au film de ne jamais tomber dans une monotonie ennuyeuse. Au fil de l’intrigue, les personnages se dévoilent, livrent leur vécu jusqu’à ce qu’un élément déclencheur vienne donner le coup d’envoi d’une escalade de violence, si typique du cinéma de Tarantino. Le personnages se découvrent, se méfient et cohabitent dans cette fiction aux allures Sartriennes, où les dialogues, implacables, occupent une place de choix.

Puis, une mélodie familière, les visage se tendent, les lèvres se lient, le traquenard horripile ; soudain, un fracas de violence rompt le climat de tension instable. Gros plans sur les visages, atmosphère sanglante dont l’horreur galvanisante et sans tabou mène à amuser le spectateur, pantois, mais le sourire aux lèvres. Une escalade si irréaliste qu’elle en devient presque comique – et demeure jouissive. Le génie Tarantino, somme toute.

Servi par l’utilisation du format 70 mm, abandonnant la photographie à des petites folies ravissant l’amateur et fascinant le néophyte (grand angle sur les paysages, changement de focus sur un même plan lors des dialogues en intérieur), le film est bercé par une fantastique distribution : accompagné de ses acteurs fétiches (Samuel L. Jackson, Michael Madsen et Tim Roth), il introduit Daisy (Jennifer Watson Leigh). Ce n’est pas uniquement la scène magistrale du film, lors de laquelle elle s’empare de sa guitare, qu’elle irradie de sa puissance, mais le film dans son entièreté. A fortiori, c’est aussi la musique d’Ennio Morricone (Le bon, la brute et le truand), qui fait du film une implacable réussite, ajoutant aux décors enneigés une atmosphère de doute et d’insécurité.

 

En somme, Les 8 Salopards, articulation d’un comique parfaitement manié et d’un formidable esthétisme, permet au cinéaste, dans son œuvre, d’amener sans cesse le spectateur à une réflexion : s’aidant du personnage de Tim Roth – qui incarne un bandit anglais -, il lui propose un questionnement presque politique sur ce qu’est réellement la justice, et, au fond, si cette dernière existe. Un chef d’œuvre, son chef d’œuvre et sans nul doute l’un de ses meilleurs films.

 

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Zoé Broggi, Léo Juanole et Corentin Bemol

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Comments

  1. keg

    Ce serait un remake de l’Auberge Rouge? version ricaine….

    http://wp.me/p4Im0Q-UB

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