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Picasso.mania : apôtre et épigones

Picasso.mania : apôtre et épigones
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Dix-sept ans après « Picasso et les maîtres », exposition présentée en 2008 qui abordait l’influence des maîtres historiques de la peinture sur celle de Picasso, le Grand Palais renverse la vapeur et rassemble les œuvres de soixante-dix grands noms de l’art contemporain, inspirés de près ou de loin par le maître, de Roy Lichtenstein à Jean-Michel Basquiat en passant par Rineke Djikstra et Jasper Johns.


 

D’humble disciple, Pablo Picasso se transforme en une icône incontournable dont l’influence dépasse même les frontières du monde artistique pour s’imposer au sein de notre quotidien – pensez à la Citroën Picasso, dont une partie de la carrosserie figure en fin de parcours, ultime pied-de-nez au génie originel.

 

Picasso, un nom, des visages

 

Périodes bleue, rose, cubisme, classicisme et surréalisme, l’œuvre de Picasso est si riche qu’il est bien difficile de la qualifier en quelques phrases. Né à Madrid en 1881 et mort à Mougins en 1973, Pablo Picasso a traversé près d’un siècle des temps les plus mouvementés de l’histoire contemporaine, fil rouge de son œuvre. Fuyant la guerre civile espagnole en 1936 pour s’établir en France puis s’engageant au Parti Communiste Français (PCF) après la Seconde Guerre mondiale, Picasso fut un artiste engagé, s’inscrivant dans une quête stylistique perpétuelle visant à représenter au mieux ce qui agitait l’esprit de l’artiste. Si le badaud connaît de lui la terrible « Guernica » et l’exotique érotisme des « Demoiselles d’Avignon », son œuvre se compose en réalité de tableaux aux styles variés et aux inspirations multiples.

 

Picasso.mania, un kaléidoscope d’influences

 

A l’entrée, un écran de deux mètres et quelques de haut surplombe l’assistance, donnant la parole à diverses figures de l’art : Agnès Varda, Jeff Koons, Frank Gehry, Richard Prince… Tour à tour, chacun détaille l’impact qu’ont eus Picasso et ses œuvres sur leur vie et leur travail. Loin de donner lieu à un dévouement aveugle, cette première installation laisse déjà deviner les divergentes interprétations et affects qu’a laissé le peintre dans son sillage. Agnès Varda, par exemple, critique le titre de l’exposition d’entrée de jeu, ne se définissant pas comme une « maniaque » mais plutôt une « amoureuse » de l’artiste, exprimant ainsi sa préférence pour le titre « Picasso Love ».

A travers la quinzaine de salles thématiques qui succèdent à cette introduction, on découvre les multiples échos qu’a eus l’œuvre de Picasso chez d’autres artistes. David Hockney, figure britannique du pop art, a ainsi approfondi l’approche cubiste du peintre à travers ses œuvres photographiques comme Kasmin, une compilation de Polaroïds créée en mars 1982.

 

Kasmin, David Hockney

Kasmin, Los Angeles, 1982, David Hockney

 

De nombreuses réinterprétations et de nombreux clins d’œil ont également été faits à ses tableaux, qu’il s’agisse de la puissance symbolique de Guernica, dans laquelle Abel Abdessemed trouve la plus parfaite des illustrations de l’adage « l’homme est un loup pour l’homme », ou de l’africanité des « Demoiselles d’Avignon », mise en évidence par Faith Ringgold et Romuald Hazoumé.

 

Who’s Afraid of the Big Bad Wolf, Abdel Abdessemed

Who’s Afraid of the Big Bad Wolf, 2011-12, Abdel Abdessemed

 

Inspirations et influences : l’omniprésence de l’Afrique

 

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Masque Tsogho, non daté, bois revêtu d’angle blanche et lianes de raphia poso, Musée national Picasso-Paris

En tant que néophyte, s’il me fallait qualifier l’œuvre de Picasso en un mot, « africanité » ne me viendrait certainement pas à l’esprit. Pourtant, en prêtant un peu attention aux traits des visages fragmentés des Demoiselles d’Avignon et aux messages qu’ont voulu transmettre certains des artistes exposés, on s’aperçoit que la notion n’a rien d’incongru. Mieux, elle se vérifie lorsqu’on se penche sur les influences exercées par certains de ses condisciples sur Picasso, André Derain et Henri Matisse. A l’aube du XXème siècle, Derain s’était aventuré de l’autre côté de la Manche et avait découvert, derrière les vitrines du British Museum, ce qui à l’époque était nommé « l’art nègre » (qui ne regroupait pas que l’art africain, mais les arts non-occidentaux dans leur ensemble, colonialisme oblige). Il en fait part à Matisse et pousse le jeune Pablo à travers les portes du Musée d’ethnographie du Trocadéro à Paris, en 1907. Même s’il se défendra à l’avenir de toute influence de « l’art nègre » dans son travail, Picasso acquiert au cours des années suivantes un certain nombre d’objets provenant notamment de Côte d’Ivoire.

 

Sculpture (fragment), non daté, bois, Musée Picasso-Paris

Sculpture (fragment), non daté, bois, Musée Picasso-Paris

Sa découverte et son utilisation de ces styles ont ceci de particulier que le peintre ne considérait pas les œuvres africaines comme des « magots pittoresques », pour reprendre les mots du marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, mais comme des travaux artistiques légitimes et égaux en qualité aux productions occidentales. Naturellement, ces emprunts ne sont pas passés inaperçus aux yeux des admirateurs du peintre. C’est d’ailleurs à mes yeux le principal intérêt de Picasso.mania : faute d’en apprendre beaucoup sur le peintre lui-même, on explore les multiples prismes (parfois complémentaires, parfois contradictoires) par lesquels l’homme et son œuvre ont été perçus.

 

 

 

 

 

Picasso, personnification artistique de l’Afrique, comme le suggère Walter Maria ?

Walter Maria, Picasso Africa, 1974

Picasso Africa, 1974, Walter Maria

 

Picasso et ses demoiselles avignonnaises comme un moyen de questionner la place des artistes afro-américains au sein de l’histoire de la peinture américaine, selon Robert Colescott, un peintre originaire de la Nouvelle-Orléans ?

Robert Colescott, Les Demoiselles d’Alabama (Des Nudas), 1985

Les Demoiselles d’Alabama (Des Nudas), 1985, Robert Colescott

 

Picasso, patchwork quelque peu ironique d’un amas artistique hétéroclite, dont une sculpture de Papouasie Nouvelle-Guinée (XVII-XIXème siècle, Musée du Quai Branly, Paris), si l’on en croit Jeff Koons ?

Year of creation: 2011 Dimensions: 102 X 138 Inches

Antiquity (Uli), 2012-13, Jeff Koons

 

Picasso, auquel les masques bidons de l’artiste béninois Romuald Hazoumé rendent vaguement hommage, de par leurs couleurs criardes et leurs expressions figées ?

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Ensemble de masques bidons, 1992-1999, Romuald Hazoumé

 

PicasSOS ?

 

Si l’exposition du Grand Palais réussit à nous emmener à travers le XXème siècle au gré des rappels et des hommages rendus à Picasso, on en apprend relativement peu sur l’homme et sa peinture (excepté le long film le montrant en nouveau châtelain de Vauvenargues). La scénographie, certes réussie, nous conduit d’un bout à l’autre de l’exposition sans trop de peine, mais son hétéroclisme pénalise la compréhension du visiteur, même initié. On s’interroge sur la pertinence de la présence de certaines œuvres, on grimace même parfois d’incompréhension. Pour apprécier Picasso.mania, il faut gravir les marches du Grand Palais avec curiosité et sans trop d’attentes, en cherchant à comprendre le fleurissement plus ou moins réussi des idées du maître chez ses disciples sans pour autant désigner un digne héritier, qui ne semble pas avoir vu le jour.

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Etudiante en deuxième année à Sciences Po Paris (campus de Reims). Gardienne de buts et passionnée d'écriture sous toutes ses formes.

Comments

  1. Chloé

    Merci pour cette article très bien écrit !

  2. Chloé

    cet* oups

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