Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

10 000 km en 100 jours, le grand défi de Patrick Malandain

10 000 km en 100 jours, le grand défi de Patrick Malandain
mm

Du 18 février au 27 mai 2016, Patrick Malandain va parcourir l’Hexagone. A la poursuite d’un nouveau record du monde, le coureur ultra s’est donné cent jours, pour avaler 10 000 km. Soit presque vingt-sept de moins que l’actuel détenteur, l’Australien Dave Alley. Radio Londres a rencontré le champion français.


 

Si le compositeur Wolfgang Amadeus Mozart, virtuose incontesté de son art, n’avait pas été confronté très tôt à la musique, aurait-il atteint le génie qui fut le sien ? La question peut être posée. On entend souvent dire que pour exceller dans une discipline, il faut la débuter dès son plus jeune âge. Apprentissage d’une langue étrangère, pratique d’un instrument de musique, la progression serait plus rapide au cours de l’enfance qu’à l’âge adulte. Pour Patrick Malandain, l’appel de la course a lui été plus tardif. « J’aime bien le sport. Ça m’arrivait de courir, mais c’était très rare. Je faisais un peu de vélo, aussi. A vrai dire, j’étais un sportif non-pratiquant », rigole-t-il. Le coureur ultra n’est pourtant pas un miraculé. Ni un extraterrestre. Il fait simplement figure de contre-exemple. « Je ne sais jamais très bien quand est-ce que je me suis mis à courir », s’exclame l’intéressé. Avant de poursuivre : « Je dis toujours que c’est entre l’âge de 28 et 30 ans ».

 

« Le dernier kilomètre en marchant… »

 

Malgré la date précise qui lui échappe, son baptême du feu restera gravé. Entrainé par des amis, le Havrais s’inscrit à une course à pied local de six kilomètres. Une distance qu’il qualifie aujourd’hui de « dérisoire », mais qui présentait à ses débuts une certaine importance. « J’étais curieux. J’avais envie d’essayer, d’en découdre avec le chrono. J’aime affronter de nouvelles choses ». Déterminé et indétrônable face aux difficultés, il franchit la ligne. Mais à sa façon : « J’ai fini le dernier kilomètre en marchant », balance Patrick Malandain. Cette anecdote, il prend toujours plaisir à la raconter. En totale décalage avec son extraordinaire progression et ses prouesses sportives, elle prouve l’invraisemblable. L’idée que derrière l’image de l’actuel patron de l’ultra, a existé, un jour, un apprenti coureur. Fier d’avoir bouclé sa première course, le Havrais n’est pas pour autant tombé sous le charme. Le coup de foudre attendra : « Je n’ai jamais trouvé au départ la discipline très attrayante. C’est un sport particulier, estime-t-il. Il faut aimer la course à pied et avoir une certaine motivation ». C’est en repoussant toujours plus les limites et en augmentant les distances que le cœur de Patrick Malandain commence finalement à battre pour la course. « Quand j’ai eu l’occasion de faire des 10, des 15 km, un intérêt s’est développé », continue celui qui se refuse à parler d’addiction. Alors qu’il avale les kilomètres, l’accoutumance à ces efforts nouveaux s’installe. Progressivement. A partir du marathon, elle ne le quitte plus. 

 

40 ans et un premier marathon…

 

Son premier marathon, il le court à New York. Qui plus est, l’année de ses 40 ans. « C’est à l’âge symbolique mais c’est un pur hasard », insiste-t-il. Il le boucle en un peu plus de quatre heures : « C’était une découverte », poursuit-il. Elle lui donne envie de continuer. Tant à la recherche de la performance que du dépaysement, le coureur se hâte de chercher des marathons hors de l’Hexagone. Rotterdam, Lausanne, Paris, l’homme se fixe l’objectif d’en enchainer un tous les six mois. « J’ai suivi ce rythme pendant trois, quatre ans ». Avant de dire, provisoirement stop. Son dernier marathon reste Paris. « Je le termine en 3 heures et 23 minutes. Je me suis un peu amélioré. Rien d’extraordinaire pour autant », s’amuse-t-il, avec une pointe de modestie. Dans l’attente de nouvelles aventures sportives, le natif de Montivilliers, près du Havre, découvre par hasard l’ultra. Cette discipline extrême peu connue du grand public désigne « toute course qui dépasse les 42,195 km du marathon ». Au sujet de sa possible dangerosité, il lâche un « éventuellement ». En 2011, lors d’une traversée des USA, reliant Los Angeles à New York, où il décroche la deuxième place après 5139 km, il se souvient avoir couru les huit derniers jours précédant l’arrivée avec une – très – violente douleur à l’aine. « Quand je passais la ligne, des personnes me prenaient sur leurs épaules pour me faire avancer jusqu’à ma chambre. Je ne parvenais pas à dormir… », lance-t-il, froidement. A son retour en France, le diagnostique tombe. Il souffre d’une double fracture au niveau du bassin. Bilan : sept mois d’arrêt. Une prise de poids. Et la hantise de ressentir une douleur à la reprise.

 

« S’il me vole la vedette, ce n’est pas la peine »

 

Malgré son esprit de compétiteur, l’ultra-marathonien, considère au début cette pratique comme une « folie monstrueuse, irréalisable ». Mais l’année 2006 va lui donner le déclic qu’il attendait. C’est près du Havre qu’il s’essaye pour la première fois à l’ultra : « Une course par équipes de 24 heures était organisée. Le circuit formait une boucle de 4,5 km et l’objectif était de courir en relais la plus grande distance durant une journée entière ». Conquis, il a la ferme intention de recommencer l’année suivante. Tout seul, cette fois-ci. « J’ai parcouru 126 kilomètres de mémoire. C’est plutôt nul quand on voit que des gars peuvent atteindre 240 km, voire plus ». Finalement lassé de tourner en rond sur une journée, Patrick Malandain a de nouveaux projets en tête. Sa rencontre avec Serge Girard, coureur de longues distances, les fait naître. Celui qui est aujourd’hui son ami est parti dimanche dernier de Paris pour un tour du monde en courant, sans jours de repos. « Il veut battre un record, mais s’il me vole la vedette, ce n’est pas la peine », plaisante-t-il, au sujet de l’un de ses exemples. « Ma première idée était de le copier modestement. Ce qui m’a tout de suite plu, c’était l’idée de partir d’un point pour en rejoindre un autre ». Dès 2007, après avoir pris l’habitude de courir quotidiennement, il rallie Le Havre à Agen, soit 770 km. « Pendant 13 jours, je courais en moyenne un peu plus de 50 km ». L’année suivante, il s’élance de cette même ville d’arrivée, pour rejoindre Barcelone. Avant de courir, quelques mois plus tard, les 3230 km séparant sa Normandie natale de la Turquie. Sans journée de repos. Pendant 53 jours d’affilée. « Il y a du dépaysement. J’aime l’idée de pouvoir partir, traverser des villages, des villes. En me disant que je suis si loin de ma maison, évoque-t-il. On se dit qu’avec les jambes, on peut finalement aller très loin. Et s’éloigner de la vie courante ». Technico-commercial par le passé, il avoue aujourd’hui « travailler de moins en moins ». S’il est difficile de concilier un métier à une passion aussi prenante, Patrick Malandain, lorsqu’il n’est pas sur la route, continue à exercer « de petits boulots ». Parce que l’on ne vit pas de la course. 

 

Le rêve australien

 

Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. Au printemps 2013, avec son épouse, Fabienne, et deux amis, le coureur pose les pieds sur le sol australien (1). Il en rêvait depuis 2008, année du lancement du projet. Après l’Europe en 2009 et l’Amérique du Nord en 2011, il ambitionne la traversée d’un nouveau continent, et pense au record du monde. Pas perturbé par l’hétérogénéité climatique entre les températures négatives matinales et les pics de chaleur pouvant atteindre 50 degrés l’après-midi, Patrick Malandain boucle la Trans Australia (3861 km), reliant Sydney à Perth en 38 jours, 12 heures et 58 minutes. Cinq jours de moins que le précédent record du monde qui était détenu depuis 2005 par un Allemand. Mais un record basé sur la bonne foi : « Il n’existe pas d’instance pour valider les records. On peut éventuellement demander au Guinness mais la démarche est compliquée, regrette-t-il. Après, le principe de la course ultra est de défendre des valeurs d’honnêteté ».

 

10 000 km sur les routes de France…

 

Dans quelques jours, le Havrais sera face à son plus grand challenge qu’il prépare depuis début 2015. « Parcourir 10 000 km en 100 jours ». Sans le moindre jour de repos. « L’actuel record est détenu par un Australien qui a couru la distance en 129 jours. C’est le risque de viser trop haut. Mais je ne ressens pas le sentiment d’échec, précise-t-il. Ce n’est pas de la prétention, ni la certitude d’y arriver, mais quand je me lance un défi, j’ai l’intention d’aller au bout ». Comme théâtre de cette performance surréaliste, l’ultra-marathonien a choisi l’Hexagone. Le parcours s’est dessiné en fonction du partenaire avec lequel il est lié, les Dirigeants Commerciaux de France, qui ont une antenne dans plus de 70 villes (2). Accompagné de la même « équipe qui gagne » qu’en Australie, Patrick Malandain, devrait courir 13 heures quotidiennement. « Le lever est fixé chaque jour entre trois heures et trois heures et demie du matin avant un début de course prévu pour cinq heures. Ma femme sera présente avec un véhicule qui m’attendra trois, quatre kilomètres plus loin », se projette-t-il. C’est à partir du quinzième kilomètre que les ravitaillements débuteront. « Vers le soixante-dixième kilomètre, je vais marquer un arrêt. Et m’octroyer une sieste pendant 25 minutes », sourit l’intéressé. Avant d’ajouter : « Quand on arrive aux dix derniers kilomètres, on termine avec beaucoup de sucre, pour passer la ligne avec un peu d’énergie ». 

 

Fort engouement populaire autour de la course

 

Si c’est bien seul qu’il parcourra les 10 000 km, Patrick Malandain s’attend à avoir de la compagnie. De nombreux coureurs sont intéressés pour suivre l’ultra-marathonien sur un bout d’étape. « Ça va être un moment de partage » auquel le coureur n’est pas habitué. «Courir seul, je connais. La complexité, ici, sera d’être souvent accompagné. C’est là que ça va être dur, souligne-t-il. On peut faire abstraction de plein de choses seul, mais quand j’ai quelqu’un à-côté de moi, ce n’est pas mon confort qui m’intéresse mais celui de l’autre». Durant les 100 jours de course, le Havrais usera une quinzaine de paires de chaussures. Numérotées, ces dernières vont fonctionner en rotation. A ceux qui le comparerait à un « fou », Patrick Malandain n’y va pas par quatre chemins : « La folie, c’est de rester assis dans son canapé ! », répond-il. Pour les sceptiques qui douteraient de sa loyauté et de ses capacités sportives, l’homme ajoute, déterminé : « Ceux qui doutent ? Qu’ils continuent à douter, je ne pourrai jamais les convaincre. Ce qui est important, c’est d’être en osmose avec soi-même ».

 

Du Havre, le 18 février, à Deauville, le 27 mai prochain, où il espère franchir la ligne, Patrick Malandain, sillonnera les routes de France. Il courra près de 1300 heures, durant 100 jours, soit l’équivalent de 238 marathons. Un dépassement de soi qui ne l’effraie pas. Certainement moins que « la pluie et le froid… ».

La course sera à suivre sur le site officiel de Patrick Malandain : http://patrickmalandain-ultrarun.com

(1) L’ultra-marathonien raconte la traversée du continent australien dans son livre : « 1, 2, 3 …Australie ! ».

(2) Les villes étapes sont à découvrir sur le lien suivant : http://patrickmalandain-ultrarun.com/wp-content/uploads/2016/01/liste-et-dates-des-villes.pdf 

The following two tabs change content below.
mm

Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique, passé par l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais et co-rédacteur en chef de l'émission radio Globe Sportif.

Submit a Comment