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Ave, César ! : de l’hilarité distinguée

Ave, César ! : de l’hilarité distinguée
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Review Overview

Note sur 10 :
6.5
6.5

Absurde et désanchanté

La réalisation des Coen au sommet de son art, au profit d'un film oubliable, qui semble parfois oublier son spectateur.

Nouveau petit bijou des frères Coen, Ave, César ! sortira en salles demain. Pendant près de deux heures, les réalisateurs parodient le vieil Hollywood des années 50. Retour sur une déclaration d’amour désenchantée. 

 

La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres.

 

Dès le départ, la schizophrénie est annoncée : Eddie Manix, le personnage principal, est dans un confessionnal. Le prêtre lui signale qu’il y est présent bien trop souvent. Qui peut être mauvais au point d’avoir besoin d’une confession par jour ? Entre deux visites à l’Eglise, Manix (Josh Brolin) est fixeur : les studios de cinémas hollywoodiens lui confient le soin de régler les problèmes des stars. Aujourd’hui, Eddie en a un de taille : par une suite de circonstances plus absurdes les unes que les autres, la star du nouveau péplum en tournage (George Clooney), « Avé César ! » vient d’être enlevée.

Comme un vieil automatisme, George Clooney reprend son costume d’idiot charmeur et désabusé. Bien évidemment, il le campe à merveille : la pastiche d’un Clarke Gable au sommet de sa gloire est délicieuse. A ses côtés, les Coen alignent leurs vieux partenaires de jeux et, en supplément, une brochette de vedettes aux CV plus rutilants les uns que les autres. Parmi eux, Scarlett Johansson, mais aussi Jonah Hill et Channing Tatum, qui, cette fois, parviennent à être dans un film ensemble sans finir en monstre comique à deux têtes. Le jeune Hollywood part au bal, revêt son plus beau costume, et prétend incarner les héros qu’ils ont dû vouloir être autrefois.

Scarlett Johansson, brillante fille du Sud, se moque de l’image de femme fatale qu’on aurait pu lui prêter dans le temps, et qu’on lui attribue encore volontiers aujourd’hui ; Tatum, bouge son corps, cette fois habillé. Dans les années 50, son Magic Mike ne fait pas de strip-tease, mais des claquettes. Jonah Hill a retrouvé l’embonpoint dans lequel on l’avait connu, et reprend avec jubilation le rôle du loser duquel il n’est jamais tout-à-fait vraiment sorti. La jeune garde se laisse guider par l’oeil expert des frères Coen, et ne déshabille les années 50 que pour mieux rhabiller l’industrie hollywoodienne actuelle.

 

Copyright Universal Pictures International France.

Copyright Universal Pictures International France.

 

Mais elle n’est pas la seule à s’amuser de son passé et de ses pairs. Les complices des frères Coen reviennent faire des apparitions éclairs. Tilda Swinton, campe à merveille son rôle de journaliste à potins ; Frances McDormand, méconnaissable, déroule sa gamme habituelle, mais toujours drôle, de loseuse magnifique. Ralph Fiennes, en deux scènes, parvient presque à concentrer tous le génie comique des Coen, et à faire espérer des collaborations futures.

Car Avé César! réussit parfaitement son postulat de départ : une mise en abyme alambiquée, parfaitement ridicule et grandiloquente, des travers d’un Hollywood tout aussi ridicule et grandiloquent. Les images sont belles, la photographie est léchée ; la réalisation des frères Coen est au sommet de son art. Devant autant de beauté(s), si vibrante, si brillante – si blanche, surtout -, la tête tourne, presqu’autant qu’à cause du scénario. A nouveau, l’absurde si cher aux Coen revient, trainant le spectateur dans des abysses d’incompréhension qu’il n’avait pas connues depuis Burn After Reading. Là encore, George Clooney jouait un idiot charmeur, Tilda Swinton une mégère en jupons, Frances McDormand une loseuse attachante. Une nouvelle comédie des frères Coen, encore plus belle que les précédentes. La promesse du rire. Mais pas du rire gras, pas celui des comédies hollywoodiennes standards, où s’illustrent d’ailleurs si bien Tatum et Hill. Ici, le parfum de la plaisanterie est plus complexe. De l’hilarité distinguée.

 

Avec les réalisateurs, l’ensemble du casting rit de ce qu’ils ce qu’ils étaient, qu’ils ont fait, et qu’ils sont probablement toujours. Au point que, parfois, les insides jokes et les coups de coude deviennent oppressants. Dans cette réunion d’amis, le spectateur est placé dans son rôle le plus strict : celui d’observateur extérieur. Les Coen et leurs acteurs ont dû beaucoup rire pendant le tournage ; les personnages rient aussi, énormément, entre eux. Il ne faudrait pas oublier que les spectateurs voudraient participer à la vanne, eux aussi.

 

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Alexandra Saviana

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