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Baron Noir, ou quand la politique dépasse la fiction

Baron Noir, ou quand la politique dépasse la fiction
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Review Overview

Note sur 10 :
8
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Pari réussi

Canal Plus gagne son pari avec cette série politique où « tous les coups sont permis ». Privilégiez le « marathon » en dévorant les 8 épisodes en moins d’une semaine.

Alors que les scandales et les tensions ne cessent de se multiplier dans le paysage médiatico-politique, Canal Plus a réussi, un an et demi avant les prochaines élections présidentielles, un coup de génie. Avec Baron Noir, que beaucoup qualifient déjà d’House of Cards à la française, la chaîne cryptée parvient à transcrire sur nos écrans le rythme effréné et incisif de la vie politique. Analyse.

 

Philippe Rickwaert (Kad Merad), député socialiste et maire de Dunkerque, voit son avenir politique s’effondrer lorsque son mentor, Francis Laugier (Niels Arestrup), candidat à l’élection présidentielle, le sacrifie pour sauver sa victoire. Déterminé à se réinventer une carrière, l’ancien ouvrier va utiliser élections et temps forts politiques pour s’imposer pas à pas contre celui qui l’a trahi.

 

La politique, la vraie

 

Avec Baron Noir, Canal Plus s’était lancé un défi complexe car, en France, le genre de la série politique est rare, voire inexistant. Mais il s’agit bel et bien d’une réussite, et même s’il faut compter deux épisodes avant d’accrocher réellement, on est très vite entraîné par les aventures de Philippe Rickwaert qui tente le tout pour le tout afin de se venger.

Les situations et sujets abordés sont d’ailleurs tous vraisemblables, des histoires de financement de campagne électorale aux manifestations étudiantes en passant par le puissant rôle des syndicats dans le Nord de la France. Ainsi, lorsque Rickwaert intervient à l’Assemblée Nationale dans son ancien bleu de travail, la série ne fait que s’inspirer d’un fait qui s’est produit peu après les élections législatives de 1997, quand le député de l’Oise Patrice Carvalho s’était ainsi présenté dans l’hémicycle pour dénoncer le fait qu’il était le seul ouvrier à entrer au Palais Bourbon.

 

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En haut : Philippe Rickwaert (Kad Merad) dans Baron Noir (crédit photo : Canal Plus). En bas : l’actuel député de la 6ème circonscription de l’Oise Patrice Carvalho à l’Assemblée Nationale en 1997 (crédit photo : Reuters).

 

 

C’est d’ailleurs cette ambivalence que l’on retrouve tout au long de la série qui nous montre le fonctionnement du Parti Socialiste, à la fois au cœur des bureaux de l’Elysée et des réunions du parti dans les permanences locales. Il en est de même pour les postes de conseillers du Président, où s’opposent les énarques telle qu’Amélie Dorendeu (Anna Mougalis) et les « militants » comme Philippe Rickwaert (Kad Merad). Transposée chez Les Républicains, la série aurait donc tout aussi bien pu fonctionner car cette ambivalence est déplorée dans de nombreux partis politiques.

 

Qui est qui ?

 

Telle est la question que l’on se pose en regardant Baron Noir. Alors que beaucoup comparent le très flegmatique personnage de Francis Laugier (Niels Arestrup) au président Mitterrand, il faut savoir qu’Eric Benzekri, co-scénariste de la série, a participé pendant de nombreuses années au courant de la Gauche socialiste avec des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray… Et que c’est ce dernier qui, en 1990, a orchestré, tout comme le personnage de Rickwaert, un puissant mouvement étudiant contre le ministre de l’éducation de l’époque.

Le titre de la série vient d’ailleurs du fait qu’en 1988, le quotidien Le Monde avait qualifié Julien Dray de « baron noir de l’agitation sociale ». Néanmoins, les créateurs de la série s’accordent pour dire que le personnage interprété par Kad Merad n’est pas la figure d’un seul homme mais plutôt le « portrait d’une génération », selon les termes employés par Benzekri dans l’hebdomadaire Marianne. 

 

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Kad Merad incarne le fameux « Baron Noir », le député-maire Philippe Rickwaert (crédit photo : Canal +).

 

 

Un casting qui contribue à la réussite de la série 

 

Baron Noir est en effet portée par le duo féroce Kad Merad/Niels Arestrup. Ce dernier campe le rôle d’un président de la République qui ne connaît pas le Hobbit mais qui, par contre, sait très bien ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas même s’il doit pour cela écarter Rickwaert, qui lui a tout donné. 

La véritable surprise de la série, c’est donc bien Kad Merad. L’acteur qui en agace beaucoup, tant on ne cesse de le retrouver dans la plupart des comédies françaises « populaires », est ici plus que convainquant en incarnant un homme proche de ses concitoyens et donc « populaire » mais qui reste surtout un véritable animal politique. Les seconds rôles sont eux aussi de qualité avec une Anna Mougalis froide et calculatrice qui parvient à accomplir son propre destin dans un monde politique dominé par les hommes. Hugo Becker, qu’on avait pu voir dans Gossip Girl (souvenez-vous mesdames : c’était lui le prince Louis Grimaldi) ou plus récemment en tant que personnage principal de la série d’Arte Au Service de la France, est excellent dans le rôle du jeune assistant parlementaire. 

 

Une, si ce n’est la meilleure création originale de Canal Plus

 

On peut toutefois déplorer la constante attention qui est nécessaire pour regarder la série, tant les évènements et les revirements de situation s’enchaînent à une vitesse folle. Privilégiez donc le « marathon » en dévorant les 8 épisodes en moins d’une semaine ! Mais au final, on n’aura jamais aussi bien compris le fameux « tous les coups sont permis » que dans Baron Noir. La série a d’ailleurs eu « Republican Gangsters » (traduisez « les gangsters républicains ») comme titre provisoire, preuve que, tout comme le Far West, la politique est un monde sauvage, cruel et sans pitié.

 

Les épisodes 3 et 4 de Baron Noir seront diffusés ce lundi 15 février à 20h55 sur Canal Plus. L’intégrale de la saison 1 peut d’ores et déjà être visionnée sur « Canal Plus à la demande ».

 

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Hortense Crépin

Étudiante en Droit à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille.

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