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Le virus du livre politique

Le virus du livre politique
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Même séance de dédicace, même studio de radio comme théâtre de promotion pour un même objectif : faire parler d’eux. Nos hommes et femmes politiques, toutes couleurs confondues, se prêtent à cœur joie à l’exercice d’écriture en période de crise de légitimité envers la profession, et d’autant plus en période de campagne électorale. Tableau de cette tendance devenue quasi-envahissante.


 

Et justement, en publiant chacun à leur tour un manuscrit, ces derniers ne risquent-ils pas de renforcer le sentiment de désillusion de la part des français en agissant tous de la même manière ? Bien loin du Journal de Bridget Jones mais à des années lumières de ce qu’ont pu être symboliquement Les Mémoires de guerre du général De Gaulle, que penser des centaines d’exemplaires vendues dernièrement ? Qui sait, les œuvres qui paraissent aujourd’hui en nombre seront peut-être un jour consacrées par le monde des lettres.

 

Un manque d’originalité certain, doublé d’une overdose générale

 

Nicolas Sarkozy, actuel président du parti les Républicains, publiait La France pour la vie, il y a un peu plus d’une semaine, provoquant l’euphorie générale dans le monde politique et médiatique. Pour autant, peut-on parler d’un véritable effet de surprise ? Pas vraiment.

En effet, ce livre était pressenti par les journalistes depuis un petit bout de temps. En octobre dernier, lors d’une interview sur France 2, l’ancien président de la République avait répondu par la négative, lorsque la journaliste lui avait demandé s’il préparait un nouvel ouvrage. Finalement, son énième livre paraît quelques mois plus tard, peu après celui d’Alain Juppé, Pour un État fort

En vue des présidentielles de 2017, la publication d’un ouvrage semble donc être avant tout une stratégie médiatique. Qu’il s’agisse de François Fillon et son essai Faire, ou de Jean-François Copé et son livre Le Sursaut français, ces candidats issus de la même famille politique ont dernièrement sorti un livre avec plus ou moins de succès. De cette liste non exhaustive peut s’ajouter L’exigence de Manuel Valls ou encore Jean-Luc Mélenchon et Le hareng de Bismarck. La liste est longue donc, mais passons.

Certes le contenu n’est pas comparable d’un livre à l’autre, mais nous pouvons tout de même en faire une typologie expresse. Pour certains, il s’agit d’un support afin de rendre public leur programme électoral ou un projet quelconque – comme une réforme ou un courant de pensée – de façon détaillée. Pour d’autres, l’enjeu est de s’expliquer sur leurs choix et les orientations prises, au cours de leur carrière politique ; tout en parlant à la première personne du singulier, tel un journal intime pour politicien.

 

La symbolique du livre vulgarisé

 

Peu importe le nombre d’exemplaires vendus ou les critiques déployées à leurs égards. Écrire, c’est illustrer ses pensées à travers des mots. Lire un livre, c’est être au plus près de l’auteur, au contact de ses mots et de sa plume. L’art d’écrire ne suppose pas d’avoir une capacité intellectuelle noble. Il ne suffit pas d’être Balzac ou Zola pour se permettre d’écrire. Si cet article s’autorise à quelque peu dénigrer les livres politiques, ce n’est pas à cause de leur niveau intellectuel ou pour les propos des auteurs, mais pour leur sincérité d’écriture. D’une part, ces livres ne sont publiés qu’en quête de notoriété et de pouvoir. Et d’autre part, ils ne sont pas l’œuvre d’un travail naturel et spontané. En effet, les politiques sont encouragés à écrire ou plutôt à publier, par leurs agents de communication.

C’est cela qui fait que nous sommes nombreux à se trouver agacés, voire énervés, devant tant d’ouvrages, qui ne sont peut-être même pas le fruit de leurs pensées, mais celui de ce même agent de communication.

 

Fracture sociale

 

Alors, lorsqu’on leur demande « pourquoi un livre ? », les auteurs sortent le grand jeu. « Je joue le tout pour le tout », assure Nicolas Sarkozy, conscient qu’il a usé toutes ses cartes ; « dans mon livre Le Sursaut français, je ne suis pas dans une logique de repentance, mais d’explication » déclare quant à lui, Jean-François Copé. Alain Juppé va même jusqu’à tweeter : « avec ce livre, je vous invite à réagir ». Oui, le livre est un moyen efficace d’être au plus proche de ses électeurs et d’exposer clairement ses idées. Mais le livre est-il un moyen efficace pour mobiliser les citoyens dans le débat public ?

Posons-nous donc la question de savoir qui côtoie le plus les libraires et les rayons politiques en particulier. Le goût pour la lecture s’évapore chez les jeunes depuis qu’Internet et les réseaux sociaux se sont ancrés dans notre quotidien. Une minorité d’entre eux ne s’intéresse plus vraiment à la politique, et une autre minorité lit rarement des livres. De plus, il a été démontré à de multiples reprises que les classes populaires ne s’intéressent que peu à la politique à cause d’une perte de confiance envers cette même classe politique, notamment.

Alors à qui s’adresse ces ouvrages ? Il s’agirait donc essentiellement des classes supérieures et des adultes de plus de 35 ans. Force est de constater que lorsque nos politiques publient des livres, ils ne les publient que pour une certaine partie de la société, et la plupart du temps, pour des électeurs qui leur sont fidèles – même si certains ouvrages comme celui de François Fillon ou de Philippe De Villiers ont un grand succès et touchent donc un éventail de personnes plus diversifié.

Sortis de grandes écoles et formés plus au moins dans le même moule, nos hommes et femmes politiques déçoivent par leur façon d’agir toujours aussi impersonnelle, chose qui nous lasse inexorablement.

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Laura Roudaut

Étudiante lilloise en licence de science politique

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