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Millepied, une vraie relève ?

Millepied, une vraie relève ?
ZB
  • On 5 février 2016

Il y a peu, nous rédigions un hommage à Benjamin Millepied, homme qui aurait su redonner ses lettres de noblesse au ballet de l’Opéra de Paris. Tribut à Millepied, son audace l’a pourtant conduit à sa propre perte.


 

Octobre 2015, sur Canal +. La France, avec le documentaire Relève à l’effigie de Benjamin Millepied, semble découvrir l’homme, ce bordelais d’origine, new-yorkais d’adoption, nommé il y a un an à la tête du ballet de l’institution parisienne. Il n’a aucune expérience, « mais il faut bien commencer un jour », comme le répète Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra. Ce dernier croit en ce jeune homme plein de talent, d’audace, pour dynamiser la structure en perte de vitesse, plombée par ses classiques et à la hiérarchie bien implantée. L’opinion populaire aime désigner Millepied en tant que Directeur, comme si le bordelais se serait déjà approprié la vénérable institution. Il ne l’est pas ; son devoir : prendre le relai de Brigitte Lefèvre en tant que Maître de Ballet. « Un pari », pour Stéphane Lissner.

Début février, coup de théâtre : le petit monde du ballet est en émoi sur les réseaux sociaux. Millepied, encore encensé par les médias il y a peu, s’en va. Alors encore en charge d’une production personnelle, « La nuit s’achève », son énième triple bill, seul moyen d’expression lui permettant d’insuffler sa part de créativité dans le ballet, la décision de son départ semble être précipitée, et pour le moins inattendue.

 

Mais, pourquoi ?

 

Officiellement, dans le communiqué de presse publié sur son compte Twitter le lendemain de la divulgation de la nouvelle, il aurait souhaité se concentrer sur l’aspect créatif et chorégraphique. Des raisons purement personnelles, donc. Nous le sentions bien, qu’il n’était pas à l’aise, souvent débordé, par les immenses tâches administratives qui incombaient à ce poste. En off, dans la balletosphère, les rumeurs ont bon train. Le monsieur aurait un égo surdimensionné, pratiquerait sans vergogne un favoritisme désabusé dans le choix de ses danseurs, déconstruirait cette institution publique à la lourde histoire qu’il ne connaissait pas si bien. Il critiquait l’ancienne direction, soulevait un racisme perfide empêchant la distribution à des danseurs de couleur ; et ce souvent publiquement, notamment dans le fameux documentaire Relève. Des désaccords auraient-ils été la cause de son départ précipité ?

 

La relève, vraiment ?

 

Il est bien trop tôt pour dresser un bilan de l’ère Millepied. Partisan d’un management humaniste vis-à-vis de ses danseurs, avec lesquels il comptait lier une collaboration créative plutôt qu’un rapport hiérarchique, il se targuait d’une volonté réformatrice, toujours à la recherche de la confrontation aux codes de la vieille école, bien trop clichée, bien trop cloisonnée, bien trop intolérante. Dans ses changements et investissements conséquents, on compte « La 3è scène », plateforme numérique dédiée à la création, qui, même financée à moitié par le mécénat, serait une gabegie monumentale. On doit au visionnaire d’avoir bousculé les mœurs, certainement trop vite. Adepte d’une médiatisation intempestive, il courait les plateaux et monopolisait les Unes, faisant la promotion de ses rares créations, toujours trop conventionnelles pour ravir le public passionné.

En juillet, il donnera le flambeau à Aurélie Dupont. L’ancienne danseuse étoile, lors de la passation aujourd’hui, de déclarer : « L’opéra c’est une vieille dame, il faut la respecter. On ne peut pas tout changer tout de suite. Je vais l’apprivoiser. » L’institution se doit tout de même de faire vivre la danse, et l’ouverture de l’opéra à un art en constante évolution est bien ce qui ne pourra jamais être reproché à Benjamin Millepied.

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