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Sarre-Union espère réembrasser des inconnus…

Photo de F. Hernandez / 20 Minutes.
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Dernier du groupe B en CFA, Sarre-Union (photo de F. Hernandez / 20 Minutes) peut écrire, ce mercredi 10 février (19h00), la plus belle page de son histoire en coupe de France. Le club amateur, déjà tombeur d’une Ligue 2 au tour précédent, accueille à guichets fermés le douzième de Ligue 1, Lorient. Le vainqueur disputera un quart de finale. Rencontre avec Vianney Schermann, héros des seizièmes, et son entraîneur, Eric Becker…


 

Il est bientôt 20h45, ce mardi 19 janvier 2016. Dans le Bas-Rhin, en Alsace, une petite commune de 3 000 habitants vit ses heures les plus agitées. Ce soir-là, à Sarre-Union, le stade Omnisports est entièrement vêtu. Plus qu’en championnat où la lutte pour le maintien refroidit l’allant alsacien. Des «allez les bleus !» descendent des tribunes, aux pieds desquelles s’est amassée une couche de neige. Score nul au tableau d’affichage. Toujours 0-0. Les amateurs tiennent tête à Niort, pensionnaire de Ligue 2. Face aux professionnels, ils font même mieux que rivaliser. Ils dominent. Partagé entre fierté et frustration de n’être pas parvenu à concrétiser les occasions les plus franches, l’entraineur Eric Becker confie ses pensées alors que les prolongations se profilent : « On a beaucoup de regrets. A la mi-temps, on sait que le plus dur est encore à faire. J’ai insisté sur le fait que nous n’avions rien à perdre, qu’il fallait se lâcher. Et on se dit que ça va finir par payer », essaie-t-il de se rassurer. Le poteau touché par les visiteurs, suivi du sauvetage sur la ligne de son défenseur, au cours de la deuxième période, intensifie sa certitude. « C’est le tournant du match. Je sais que celle-ci est pour nous », lance-t-il, au sujet de la qualification. Ses prévisions sont confirmées quelques minutes plus tard… 

 

« J’ai rêvé de ce scénario les nuits d’avant… »

 

Derniers instants du temps règlementaire. Tenir bon. Ne pas reculer. Rester concentré pour s’offrir trente minutes supplémentaires de bonheur avant la possible loterie des tirs au but. Le dénouement. A moins qu’une étoile éclaire la nuit alsacienne. A moins qu’un homme vienne jouer les héros. A moins que Vianney Schermann, figure et fidèle de la maison depuis neuf ans, tombé dans le football à quatre ans, monté avec Sarre-Union de la division d’honneur (DH) au championnat de France amateur (CFA), écrive de son pied droit une nouvelle page de l’histoire du club. La 90e minute s’affiche quand le numéro 7, lancé dans la profondeur, profitant de la glissade d’un adversaire, part au but, résiste au retour d’un défenseur et a la lucidité, de dribbler le portier niortais pour envoyer, d’un geste de sang-froid, ses potes, sa ville, toute l’Alsace, au prochain tour de coupe de France. « J’ai rêvé de ce scénario les nuits d’avant. J’y pensais un peu. On s’imagine avoir une occasion à la fin, ou un penalty qui qualifie l’équipe », savoure le milieu droit. Son but, il l’a regardé en vidéo une dizaine de fois : « J’ai jeté mes dernières forces sur cette action. J’ai encore des frissons », avoue-t-il. L’émotion dépasse les mots…

 

« Vous êtes les rois du monde ! »

 

Il faut le vivre : « C’est un moment magique, une explosion générale », sourit l’entraîneur, qui avait eu la chance de disputer un seizième de finale (défaite 2-1) en tant que joueur, du temps qu’il évoluait à Istres, face au grand Marseille de 1991-1992, équipe sacrée championne d’Europe l’année suivante devant le Milan AC. « Il y a une personne de mon banc qui a tout de suite couru vers le joueur (traversant le terrain, ndlr), alors que nous n’avions pas le droit. Moi je suis resté calme parce qu’il y avait des délégués à côté », rigole-t-il. Preuve de sa quiétude, les deux minutes de temps additionnel qui ont suivies ont été un long fleuve tranquille. « Je n’ai même pas tremblé. Autant les cinq minutes d’arrêts de jeu avaient été très longues au tour précédent (victoire 2-1), à Villefranche (CFA), mais contre Niort, je n’ai pas eu peur. On l’avait fait. On était qualifié… ». Au coup de sifflet final, c’est l’hystérie. Le douzième homme qui a porté les locaux envahit la pelouse. « Les gens viennent vous embrasser, vous féliciter mais vous ne savez même pas qui c’est, balance-t-il. Vous êtes les rois du monde ! ». Vianney Schermann se souvient aussi de ce moment si particulier : « C’est une délivrance. Je n’ai vraiment pas eu le temps de souffler, ça venait de tous les côtés. C’était quelque chose d’incroyable. Tous mes coéquipiers se sont jetés sur moi… », confie-t-il.

 

Match parfait, entraîneur heureux

 

Décisif, celui qui fait aujourd’hui parti des « meubles du club », salue le travail de ses coéquipiers, sans qui l’exploit aurait été impossible. « J’ai la chance d’avoir cette dernière occasion, mais c’est bien le collectif qui a gagné. Sur l’ensemble de la rencontre, je n’ai pas vu la différence entre une équipe de CFA et de Ligue 2. On réalise un très gros match défensivement, et on est parvenu, devant, à mettre notre jeu en place », applaudit-il. Un discours partagé par le technicien Eric Becker, dithyrambique envers ses protégés : « Le match a été totalement abouti à tous les niveaux. C’est notre meilleure prestation de la saison », savoure-t-il. Avant de poursuivre en trois points : « Que ce soit d’un point de vue tactique au vu de ce que nous avions mis en place. Que ce soit d’un point de vue physique où nous avons été présents dans les duels. Ou que ce soit d’un point de vue technique où nous sommes parvenus à nous sortir de situations délicates ». Ce dernier raconte avoir passé un certain temps devant sa télévision et son ordinateur à analyser les failles niortaises : « J’ai visionné des heures de vidéo, comme le font les clubs professionnels ». A une différence près : « Eux, ils n’ont que ça à faire. Ils ont aussi des analystes vidéo qui font leur boulot. Moi, j’ai un travail à côté », rappelle-t-il. Si c’est bien à l’ensemble du club qu’il dédie la victoire, il évoque une certaine fierté individuelle. Un exploit en coupe de France est toujours la récompense la plus gratifiante pour un entraîneur, qui plus est d’un club amateur, et plus précisément pour Eric Becker, l’occasion de s’offrir un bon bol d’oxygène, alors que la réussite fuit ses hommes en championnat. « J’ai peut-être une petite part du succès. Bien entendu, ce sont les joueurs qui font le taf sur le terrain. On peut parler des heures avant, à la mi-temps, ou après, ça ne servira à rien. C’est à eux d’appliquer les consignes. Mais je ne vais pas le cacher, la préparation a été un gros travail ». 

 

« Affronter Zlatan ou Mandanda… »

 

Présent au tirage des huitièmes de finale pour la première fois de son histoire, Sarre-Union espère avoir la main lourde. Et pose ses conditions : « On voulait déjà recevoir », explique le dirigeant. Avec la qualification d’une équipe de même rang, Trélissac, bourreau de Lille aux tirs au but, et la présence d’une formation de CFA 2, Granville, les Alsaciens n’étaient pas assurés d’accueillir. « Notre souhait était ensuite de jouer une Ligue 1 pour faire la fête chez nous. On avait envie de jouer une très grosse Ligue 1, d’affronter Zlatan ou Mandanda, parce que c’est une fois dans notre vie, souligne-t-il, conscient que son équipe ne reproduira pas le même parcours tous les ans. C’était l’unique occasion pour nous ». Même son de cloche pour Vianney Schermann qui rêvait d’une affiche Sarre-Union – PSG. « Comme la plupart des joueurs de l’équipe », précise le joueur. Finalement, ni Lyon, ni Marseille, et ni le club de la capitale au menu. Pas de « rencontres avec Laurent Blanc ou avec des méga stars ». Les 3 000 habitants du département du Bas-Rhin auront – quand même – un beau cadeau avec le FC Lorient, actuel douzième de Ligue 1. « Même si ce n’est pas la même notoriété, je suis super fier de les jouer. Je les respecte énormément. Surtout que j’ai évolué un an dans ce club il y a longtemps. Je vais rencontrer Sylvain Ripoll qui est un grand coach ». Le héros des seizièmes est également élogieux envers le club breton. « C’est une belle équipe qui joue très bien au ballon. Elle ne panique jamais et pose tout le temps le jeu. Ce n’est pas une équipe de bourrins… ».

 

« Les gens savent maintenant situer Sarre-Union… »

 

Opposé à une Ligue 1, le club amateur sait que ses chances seront minces. Eric Becker les estime entre « 10 et 15% ». L’entraîneur aimerait que ses hommes, battus en championnat samedi dernier, contre la réserve de l’AJ Auxerre (1-0), soient à la hauteur : « Cela signifiera peut-être perdre 4-0, peut-être perdre 1-0. Ou peut-être gagner ». Ce dernier scénario, il préfère ne pas y penser. Le coach alsacien est déjà heureux du nouveau succès du village : « On en parle dans toute la France. Les gens savent maintenant situer Sarre-Union, lance-t-il. Et on n’en parlera plus uniquement à cause de la profanation du cimetière juif mais grâce au football », se rassure-t-il. Cet acte malheureux de février 2015 avait en effet connu un retentissement à l’échelle nationale. Vianney Schermann, lui, refuse de se mettre la pression, et pose les ingrédients du succès : « Il faudra surtout ne pas déjouer, bien respecter les consignes et rester en place défensivement afin d’éviter d’encaisser un but rapidement. Le public fera après la différence », se projette-t-il. Plein d’espoir.

Mercredi soir, Eric Becker, espère réembrasser des inconnus. Vianney Schermann, lui, ne sera pas contre l’idée de récupérer un maillot lorientais. Mais le sien, il ne l’échangera pas. Pour garder une trace matérielle et indélébile de ce 10 février 2016, il le conservera, précieusement. Comme le numéro du lendemain du journal sportif L’Equipe. Au titre évocateur : « Magique ! » ou « Exceptionnel ! », rêve-t-il. Face à Niort, son rêve s’était réalisé…

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Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique, passé par l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais et co-rédacteur en chef de l'émission radio Globe Sportif.

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