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Thierry Solère : « L’absence de primaire, c’est le 21 avril 2002 »

Thierry Solère : « L’absence de primaire, c’est le 21 avril 2002 »
Aurélie Pasquier

Député de Boulogne-Billancourt (92), vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine, membre de la commission de Défense nationale et des Forces armées à l’Assemblée, Thierry Solère est un homme de terrain. Attaché au contact avec « les français », il est chargé de l’organisation de la primaire de la droite et du centre. Alors que Bruno Le Maire, dont il est le bras droit et ne s’en cache pas, vient d’annoncer sa candidature à la primaire, M. Solère répond à nos interrogations, entre langue de bois et spontanéité.


 

Vous avez été chargé par Nicolas Sarkozy de l’organisation de la primaire à droite : pourquoi vous ? 

Mentor et bras droit. Photo WITT/SIPA

Mentor et bras droit. © WITT/SIPA

Cela a été proposé par Bruno Le Maire, au lendemain de l’élection à la présidence des Républicains, lorsque Nicolas Sarkozy a été élu. Lorsqu’il a récolté 30% des voix, ils se sont rencontrés et il a proposé à Nicolas Sarkozy que l’organisation de la primaire se mettent en oeuvre rapidement pour garantir l’unité ; puis mon nom. Bruno Le Maire, dont je suis très proche, a pensé que M. Sarkozy accepterait, car il me connait grâce à mes missions dans les Hauts-de-Seine. Et également, car j’ai gagné face à Claude Guéant (à Boulogne-Billancourt lors des élections législatives de 2012) c’était respectable, il ne m’en a pas voulu ! Chez François Fillon et Alain Juppé, c’était un gage d’indépendance qui montrait que j’avais les caractéristiques pour cette mission. J’ai d’abord préfiguré les primaires, cela s’est bien passé, on a évité les obstacles, puis ils m’ont confié l’organisation opérationnelle.

 

Lors des élections régionales et notamment du meeting organisé par Mme Valérie Pécresse, beaucoup ont comparé ce scrutin à celui des primaires et des présidentielles de 2017. Alors que les primaires républicaines ne se tiendront qu’en fin d’année, elles sont déjà depuis plusieurs mois dans les débats. Ne pensez-vous pas qu’une communication accrue et aussi tôt dessert ce scrutin et décourage les électeurs de se mobiliser ? 

Nous sommes dans un pays de libertés, donc je ne peux pas l’empêcher, les journalistes décident de quoi ils veulent parler le matin. Après, M. Hollande est président depuis 3 ans et demi, il y a beaucoup de chômage, beaucoup d’insécurité. L’État est, finalement, très absent là où les français l’attendent et très, trop, présent là où les français n’ont pas besoin de lui. (…)

L’alternance politique est voulue par une majorité de français. J’en ai la conviction et on peut le voir à toutes les élections. C’est assez logique qu’on se prépare à cette primaire. Novembre 2016, c’est dans 9 mois, et ce sera la prochaine grande échéance pour la droite, ce qui est une nouveauté : la sélection d’un seul candidat. C’est dangereux, on organise des primaires parce qu’on ne peut pas refaire ce que la droite a fait pendant 30 ans c’est-à-dire avoir plusieurs candidats au premier tour, Chirac-Balladur par exemple…

 

Les candidats s’engagent-ils formellement à ne pas se présenter en cas de défaites aux primaires ?

Tout à fait, ils doivent signer une charte pour être candidat à la primaire où ils s’engagent sur l’honneur à soutenir à l’élection présidentielle le candidat gagnant.

 

Encore hier, M. Le Maire déclarait sa volonté être candidat aux primaires de la droite. Le nombre de candidats s’élèvent à une dizaine pour l’instant. N’avez vous pas peur que le nombre de candidats divise la droite plus que le vainqueur ne pourrait la rassembler ?

L'homme de l'ombre, derrière les ténors LR. Photo: JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP

L’homme de l’ombre, derrière les ténors du parti. © Jean-Sébastien Evrard/AFP

S’il y avait vraiment beaucoup de candidats à la primaire, ce serait probablement vrai, mais il n’y en aura pas beaucoup. Il ne suffit pas de dire qu’on est candidat pour l’être, il faut avoir des parrainages, qui sont à déposer pour le 15 septembre 2016. Beaucoup de ceux qui se déclarent candidats aujourd’hui à la primaire – je le crains pour eux – ne le seront pas. Ils doivent trouver 250 signatures de maires, de conseillers généraux, de conseillers régionaux dont 20 parlementaires, c’est difficile. C’est plus difficile d’être candidat à la primaire de la droite quand on est de droite en 2016 que ça ne l’était d’être candidat à la primaire de la gauche en 2011. Les conditions d’accès à la primaire sont plus rigoureuses. La liste des candidats, c’est une chose, mais à l’atterrissage, ils seront moins nombreux que cela !

 

Nombreux sont les noms qui ont été associés à ces primaires : Juppé, Sarkozy, Le Maire, Fillon, NKM, Morano, Lefebvre… Une primaire de « la » droite a-t-elle du sens ? N’est-ce pas le signe du délitement d’une droite unique ?

Mais il n’y a pas de droite unique. Nous organisons la primaire de la droite et du centre. Mais la droite est multiforme. Cependant, depuis 3 ans et demi que je suis député de Boulogne, la droite est moins diverse idéologiquement que la gauche. Et j’y vois une bonne nouvelle pour gouverner demain. Quand vous ne partagez pas grand chose entre vous, c’est difficile de rassembler les gens. Ils se rassemblent pour la victoire mais par exemple, Arnaud Montebourg, Martine Aubry ou les écologistes, ils ne sont pas sur la même ligne que François Hollande. (…)

Alors qu’à droite, on est plus sur la même ligne globalement : c’est l’autorité de l’Etat, c’est la liberté d’entreprendre, le mérite… Je crois au contraire que ces primaires sont la seule solution pour avoir un seul candidat à l’élection présidentielle, sinon ils seraient deux, voire trois. Et dans ce cas là, on serait absent du second tour, alors qu’avec les primaires, nous n’aurons qu’un candidat et nous arriverons, je pense, au second tour de la présidentielle – peut-être même face au FN.

 

Ces primaires sont donc bien la garantie d’un front uni face à la gauche et au FN en 2017 ?

C’est l’objectif et cela a marché pour la gauche en 2011, nous adoptons la même démarche aujourd’hui. Ce sont les conséquences du 21 avril 2002. Avant cette date, jamais la gauche et la droite n’avaient été absentes de l’élection présidentielle au second tour. Cela a été un gros coup pour la gauche, mais qu’est-ce qu’elle en a tiré comme conséquence ? La primaire. La réflexion de la gauche a été de se dire que rater le second tour de la présidentielle était le signe d’un impératif du candidat unique.

Alors il y en a toujours un ou deux à côtés. Il y avait M. Hollande, puis vous aviez M. Mélanchon et M. Besancenot. Mais c’est très marginal. Nous aussi, nous aurons le candidat de la primaire et puis un zigotto à côté qui se présentera. Mais globalement un seul candidat sérieux de la droite et du centre, c’est la garantie du second tour. Si on le fait, c’est également à la vue des tels scores du FN en France. Si on ne le fait pas, on ne sera pas au second tour nous-mêmes. L’absence de primaire, c’est le 21 avril 2002 pour la droite, c’est-à-dire la disqualification de l’élection présidentielle.

 

Après ce que les éditorialistes ont appelé « le sursaut républicain » des élections régionales, les politiques ont déclaré à tour de bras sur les plateaux et dans le lignes des journaux que la politique devait changer, être plus focalisée sur l’interêt général, plus honnête ; est-ce que les choses ont vraiment changé ? Au sein de l’hémicycle, par exemple ? Où en est-on de ces bonnes résolutions ? 

C’est un peu un serpent de mer, peu de gens vous diront que nous allons mettre plus de malhonnêteté dans le système, plus de régressions…

 

Ici, les français ont ressenti comme un mea culpa à leur égard de la part des politiques.

Je me méfie beaucoup des paroles en politiques, ce sont souvent des paroles qui ne mènent à rien derrière. Je préfère les actes. Moi par exemple, je suis de droite, mais j’ai voté la loi proposée par le gouvernement qui vise à réduire le cumul des mandats. Je pense que le cumul des mandats à la française où on est maire et député en même temps participe du fait que les gens ne viennent pas à l’Assemblée. Je n’ai pas été candidat pour être maire de Boulogne. Le non-cumul ne veut pas dire mandat unique, mais on ne peut pas être député et président de région. Valérie Pécresse a eu raison de démissionner de l’Assemblée. On ne peut pas être député et maire d’une grande ville ou président d’un département.

Ce qui fait la déconnexion, je crois, c’est que la politique a un grave déficit dans la capacité de changer les choses. Aujourd’hui, il y a 8 millions de pauvres en France et 6 millions de chômeurs, en plus nous sommes confrontés à d’immenses problèmes de sécurité. (…) Les politiques ne peuvent pas ne pas être efficaces, l’exigence est très forte. Et quand les hommes politiques ne délivrent pas assez de résultats, il y a du désintéressement. Je pense que la primaire n’est pas l’alpha et l’oméga de tout pour la droite, mais cela tranche les sujets de méthode. Cela nous permet d’être un seul pour la droite au premier tour. L’important, c’est que le gagnant de la primaire tienne les engagements pris et qu’il y ait du résultat. Sinon, les gens continueront à se détourner de la politique.

 

Et pour la suite, à quoi pensez-vous quand vous vous rasez le matin ?

De l'importance de la politique locale. Photo de ThierrySolère2012 sur Flickr.

De l’importance de la politique locale. © ThierrySolère2012 (Flickr)

Je pense à bien réussir la primaire les 20 et 27 novembre. Je sais que pour que la droite gagne en 2017, il faut un seul candidat. Pour qu’il n’y ait qu’un seul candidat, il faut que le résultat soit incontesté. Et pour cela, il faut que l’organisation soit incontestable. C’est mon job, j’ai la responsabilité que la droite arrive en bon état à l’élection présidentielle pour derrière faire des vraies choses. Donc je pense à ça. Après, si vous me demandez la suite, « ce que je ferai quand je serai grand », si la droite gagne, j’essaierai de jouer un rôle dans le redressement du pays mais je ne sais pas encore lequel. Mais la présidentielle un jour, ce n’est pas mon rendez-vous, ni mon parcours. Je pense que c’est quelque chose de très particulier ; et ce n’est pas mon destin.

 

Propos recueillis par Aurélie Pasquier pour Radio Londres.

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Aurélie Pasquier

Journaliste en devenir, en école de journalisme. Photoreportage.

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