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L’illusion des frontières nationales

L’illusion des frontières nationales
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Faisant suite aux tragiques événements qui ont frappé Paris puis Bruxelles, des voix s’élèvent pour le rétablissement des frontières nationales. La revendication n’est pas nouvelle, certes, mais elle tend à prendre une dimension inquiétante. La crise migratoire aidant, les pourfendeurs de la libre-circulation investissent le débat. Aussi, faut-il, dans un contexte aussi troublé que le nôtre, réaffirmer nos fondamentaux – avec force semble-t-il.


 

À entendre les défenseurs d’un État-Nation sclérosé – osons le terme –, nos malheurs tiendraient exclusivement à l’abandon des frontières. Est-il encore bien nécessaire de rappeler qu’il n’en est rien ? L’Europe, dont l’histoire moderne est fondée sur l’unification progressive, nous le rappelle quotidiennement. La libre circulation des biens et des personnes est en effet une conquête précieuse pour les citoyens du Vieux Continent. La mondialisation, processus historique et géographique d’extension lié au capitalisme, ouvre des possibles pour les sociétés, tout en nous posant de nouveaux défis. En cela, nous ne pouvons céder aux sirènes populistes qui se traduiraient, in fine, par le retour des barrières fiscales et financières, par le retour d’un protectionnisme que l’on croyait définitivement révolu.

La construction européenne, révélatrice d’une transcendance politique retrouvée, ne peut composer avec ces slogans aux allures de formules magiques. Il convient également de rappeler que loin d’être synonyme de sécurité retrouvée, le nationalisme ne constitue pas un horizon politique viable pour un pays tel que le nôtre. Comment se résoudre à observer la cinquième puissance mondiale se renfermer sur elle-même, refuser d’intégrer pleinement le monde contemporain ? La réponse réside dans l’absurde de la question. N’est-ce pas là une contradiction éhontée que de prôner le rayonnement français en excluant toute ouverture internationale ?

 

Cependant, face à l’urgence, à l’horreur que nous impose le terrorisme islamiste, l’Union européenne doit se montrer à la hauteur, doit se saisir de ses responsabilités. La porosité des frontières extérieures nous fragilise autant qu’elle attise les haines au sein des opinions publiques. La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie en sont autant d’exemples probants. Prenons garde à ce que cela ne gagne pas l’Europe occidentale. Certes, Frontex, agence européenne de contrôle aux frontières, a vu son budget multiplié par trois en 2015, mais les personnels qualifiés manquent cruellement ; et c’est là un euphémisme.

À cela s’ajoute la nécessité de renforcer la coordination des services en matière de renseignement. Comment en effet penser que l’on peut appréhender le terrorisme au niveau national ? La réponse est européenne, sinon globale. Voilà donc les défis qui se posent à l’Union à l’aune du XXIème siècle, tout autant synonyme de progrès formidables que d’archaïsmes exacerbés. Le tragique, inhérent à l’Histoire, semble nous avoir rattrapé, et ce malgré notre désir de « paix perpétuelle », énoncée par Kant. Les crimes collectifs terroristes, fruit de passions religieuses ravageuses renforcées par l’effritement du lien social, ne sont, je le crois, qu’une péripétie, sans doute douloureuse, au sein de l’histoire européenne. Que restera-t-il en effet de la mémoire d’assassins doctrinaires, sinon précisément le néant ? En revanche, l’Histoire retiendra les choix que les peuples libres ont pris en cette période agitée. À nous donc de ne pas céder au mirage populiste.

 

Ainsi, la problématique fondamentale, révélée par la crise systémique que traverse l’Union, est la nécessité d’un grand saut, pour ainsi dire, fédéral. L’idéal européen originel, c’est-à-dire tel que pensé par les pères fondateurs, reposait en effet sur une harmonisation progressive des politiques publiques. Dans un monde composé de pôles continentaux à l’image de la Chine, des États-Unis ou de l’Inde, tout à la fois concurrents et interdépendants, les Vingt-Huit seraient bien inspirés de réactiver l’idée fédérale afin de redonner du sens à une Europe qui semble, aujourd’hui plus que jamais, désœuvrée.

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Sabri Megueddem

Étudiant à Sciences Po Paris. Passionné de géopolitique, perdu dans les méandres de la diplomatie.

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