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Le féminisme est un existentialisme

Le féminisme est un existentialisme
Aurélie Pasquier

Féminisme : mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société (définition du Larousse). Le mot fascine, il déchaîne, il anime. Derrière les fantasmes, qui sont les femmes qui s’identifient à ce courant de pensée ? Leurs combats ont-ils toujours du sens aujourd’hui ? L’image d’hystériques qui ont renoncé à l’épilation colle à la peau du terme, parfois lancé comme une insulte. La société, par les médias et les réseaux sociaux, semblent de plus en plus à l’écoute de la souffrance quotidienne des femmes.


 

Nouveaux collectifs comme Georgette Sand ou La Barbe, nouvelles initiatives citoyennes comme la page Facebook « Paye Ta Schleck » ou le groupe Stop-Harcèlement, nombreux sont les acteurs du féminisme actuel. Leurs points communs : défendre le quotidien des femmes, et ce, depuis les années 2000. Comme le souligne Héloise Duché, militante féministe et historienne des femmes, le féminisme des années soixante-dix a permis aux femmes de gagner des droits : celui à l’avortement grâce à la loi Veil du 17 janvier 1975, le droit à la contraception en 1965 ou encore le 13 juillet de la même année, la loi qui autorise les femmes à travailler et ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur époux. Il y a tout juste 50 ans. Ces droits ont été gagnés au prix de batailles acharnées à l’Assemblée, mais aussi dans la rue. Ils ont été appliqués et ont permis aux féministes d’aujourd’hui de s’atteler à d’autres combats.

L’association Chienne de Garde, créée en 1999 par Florence Montreynaud, vise à défendre la dignité des femmes dans l’espace public : insultes, simples mots ou publicité, la femme ne sera plus humiliée tant qu’aboieront les chiennes de garde. C’est ainsi qu’en 2013, elles ont obtenu la suppression du terme « Mademoiselle » des formulaires administratifs. Maintenant, les femmes ont le droit d’être des dames, et ce, quelle que soit leur situation familiale et leur âge. Une façon de se protéger des surnoms qu’on donne aux demoiselles : « ma jolie », « ma petite »… Une façon également de ne pas dévoiler leur vie privée et de se hisser enfin au même rang que ces messieurs. Elles ont d’ailleursélu M. Franck Keller « macho de l’année 2015 ». Sur Twitter, il s’était interrogé : « Quels atouts Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle utilisé pour convaincre Hollande de la nommer à un grand ministère ? » Ses compétences, peut-être ?

 

Capture d'écran du compte Twitter de Franck Keller @keller_franck

Capture d’écran du compte Twitter de Franck Keller @keller_franck

Cette différence de traitement entre femmes et hommes dans l’espace public, en politique, dans les médias ou le milieu professionnel, Ophélie Latile l’a expérimentée plus d’une fois. Activiste convaincue, elle gravite depuis 2005 dans une galaxie de collectifs comme Logement Jeudi Noir ou Sauvons les Riches. À force d’être plus regardée qu’écoutée, à force qu’on se réfère à elle comme « Ophélie » et à son voisin masculin comme « Prénom Nom », elle fonde avec d’autres Georgette Sand. Le mouvement fait rapidement le tour du monde, jusqu’à la couverture du New York Times. Il faut dire que sa première cible n’est pas des plus aisées : la taxe rose. C’est-à-dire le coût supplémentaire, parfois de 30% pour le coiffeur par exemple, qu’on impose aux femmes sur des produits et des services car ils leur sont – soi-disant – destinés. Rasoirs, scotch et même médicaments pour les plus insolites, coûtent plus cher parce qu’ils sont roses. Mais là n’est pas le plus révoltant : les produits hygiéniques, de première nécessité chaque mois, étaient taxés à 20%, une TVA appliquée sur les produits de luxe. « Étaient », car voilà la grande victoire de Georgette Sand, le 11 décembre, la « taxe tampon » a été réduite à 5,5%.

 

Captures d’écran du Tumblr Woman Tax.

Captures d’écran du Tumblr « Woman Tax ».

Cette guerre, les Georgettes l’ont gagnée grâce à un activisme sur les réseaux sociaux et notamment grâce au Tumblr « Woman Tax », mais également grâce à une bonne utilisation des médias. Par des happenings costumés, elles ont su attirer l’attention des médias et de la société sur le traitement dont les femmes sont victimes au cours de leur quotidien. Sur le même principe, La Barbe, qui ironise sur le fait qu’il faut porter une barbe pour être reconnue, en affuble les statues. Les féministes barbues s’infiltrent dans les hauts lieux de « la cooptation masculine » : ces lieux de pouvoir 100% masculin, la franc-maçonnerie par exemple, pour faire passer leur message, comme me l’a raconté Géraldine Franck, une ancienne militante.

 

Les Femen à la manifestation pour Jacqueline Sauvage le 23 Janvier 2016.

Les Femen à la manifestation pour Jacqueline Sauvage le 23 janvier 2016.

Le féminisme a donc pour but de faire avancer les choses, comme un miroir, de remettre en question la société. L’association Stop-Harcèlement, au sujet de l’harcèlement de rue, en est peut être le meilleur exemple. Sur sa page Facebook, l’organisation partage des astuces et des témoignages pour lutter contre les sifflements, les interpellations, les insultes qui sifflent dans les oreilles des femmes. Paye Ta Shneck, alias PTS fait de même. Avec près de 24 000 et 153 000 likes, ces deux pages sont un véritable espace d’expression pour les femmes, urbaines ou non. Leur victoire : la campagne de communication du gouvernement lancée début novembre 2015 en partenariat avec la RATP.

Sensibiliser, éduquer, témoigner. Les leitmotivs du féminisme sont simples. Les réseaux sociaux et la création d’un ministère du Droit des Femmes en 2012 ont facilité, mais aussi popularisé, ce combat. Contre le tabou du féminisme, elles sont plusieurs à lutter tous les jours : de Georgette Sand à Stop-Harcèlement, des Chiennes de Garde aux Femen, toutes se retrouvent pour défendre les droits de la moitié de l’Humanité. C’est, finalement, aussi simple que cela. Le féminisme est un existentialisme.

NB : D’après La philosophie de A à Z (Elisabeth Clément, Chantal Demonque, Laurence Hansen-Love, Pierre Kahn, chez Hatier, 2010) l’existentialisme – du mot existence – est une philosophie qui place au centre de sa réflexion l’existence humaine dans sa dimension concrète et individuelle.

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Aurélie Pasquier

Journaliste en devenir, en école de journalisme. Photoreportage.

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