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L’enfer des travailleuses subsahariennes au Moyen-Orient

L’enfer des travailleuses subsahariennes au Moyen-Orient
Fatou Ndella Ndiaye

Écouter les témoignages de ces femmes est un calvaire. Ils nous renseignent sur les sévices physiques, psychologiques et sexuels subis par les travailleuses domestiques dans des pays où l’esclavage a été officiellement – et tardivement – aboli, mais continue à exister dans les pratiques sociales.


 

Un esclavage moderne

 

Les campagnes de sensibilisation menées par les ONG ont permis de révéler l’existence de ces femmes – et parfois des hommes – qui pensaient avoir été employées dans le cadre d’un contrat temporaire, et qui en réalité, sont achetées par des familles aisées du Liban, de l’Arabie Saoudite ou des Emirats pour y travailler dans des conditions inhumaines, sans aucune protection, ni de la part de leur pays d’origine, ni de la part du pays hôte.

Les récits se ressemblent tous : les travailleuses ont contacté des agences de travail spécialisées dans l’envoi de domestiques dans les pays du Proche et du Moyen-Orient. Alléchées par les salaires (200 dollars par mois), certaines disent avoir signé des contrats rédigés en arabe et en anglais sans les avoir compris, car ne parlant pas ces langues. À l’arrivée, leurs passeports sont systématiquement confisqués par la famille d’accueil, les privant ainsi de leur pièce d’identité et de la possibilité de se déplacer.

Les maltraitances sont quotidiennes, systématiques, déshumanisantes : exploitation, horaires intenables, séquestration, menaces de mort, coups, humiliations, sévices sexuels et salaires impayés. « Il m’était strictement interdit de sortir » témoigne Gertrude Megne, jeune Camerounaise qui a vécu « un calvaire de huit mois » au Liban. « Dans une maison avec plusieurs chambres inoccupées, je dormais dehors sous des amas de tôles. Quand ils sortaient, je restais enfermée à la maison. En huit mois sur le territoire libanais, je n’ai pu parler qu’une seule fois à ma famille, au mépris des dispositions du contrat de travail qui stipulait que je pouvais contacter ma fille au moins deux fois par mois ».

Même malades, elles sont forcées à travailler. Ce n’est qu’en cas de maladie grave, comme dans le cas de Gertrude, qu’elles sont renvoyées dans leur pays d’origine, à leurs frais. Certaines sont mal nourries, aspergées d’acides, brûlées, fouettées : chaque année, une centaine d’employées se suicident au Liban. Il arrive aussi que les maltraitances aient une issue fatale, comme dans le cas de cette jeune Malgache dont le cadavre décharné a été rapatrié d’Arabie Saoudite en 2014.

 

Le mutisme des autorités

 

Les administrations des pays hôtes prévoient que l’employée ne peut pas quitter son employeur, car ce dernier est son tuteur légal sur le territoire. Les contrats ne pipent mot quant aux conditions de travail. Les recours juridiques sont donc quasi inexistants, et seule l’assistance des associations et ONG permet aux travailleuses de sortir de l’enfer quotidien, car l’intervention des instances diplomatiques est hypothétique. Sokhna Absa, ancienne femme de chambre en Arabie Saoudite, a confié avoir plusieurs fois contacté l’ambassade du Sénégal, en vain.

Dans des pays où le racisme est institutionnel, le problème est généralement minimisé, voire nié : en janvier 2015, des travailleuses domestiques au Liban ont pour la première fois constitué un syndicat, qui n’a toujours pas été reconnu par les autorités. Il faut savoir que cet esclavage moderne comporte des enjeux économiques pour les pays en question : selon le PNUD (1997), l’exploitation d’une main d’oeuvre bon marché et peu vindicative permet aux employeurs de bénéficier d’un travail peu coûteux, surtout en matière de protection sociale.

En outre, beaucoup de nationaux répugnent à exercer des emplois de travailleurs domestiques, considérés comme avilissants. Wadih Al-Asmar, responsable au Centre Libanais des droits humains, est catégorique : « Il ne faut pas venir au Liban pour faire ce travail »Devant la gravité du phénomène, certains pays africains, comme l’Ouganda ou Madagascar, ont par ailleurs interdit aux travailleuses domestiques d’aller exercer au Moyen-Orient.

 

(Sources : rapport du PNUDGertrude Megne, « Mon calvaire comme domestique camerounaise au Liban » ; « Au Liban, les domestiques se syndiquent » ; « L’échec de la protection de l’État : les domestiques étrangers au Liban » ; « Scandale des petites bonnes du Liban »)

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Fatou Ndella Ndiaye

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