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Les Ogres : un film entre théâtre, drame et insouciance

Les Ogres : un film entre théâtre, drame et insouciance
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Les Ogres, le troisième film réalisé par Léa Fehner, est sorti en salles mercredi dernier. Critique.


 

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière. Dans nos vies, ils apportent le rêve et le désordre. Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres. Mais l’arrivée d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées. Alors que la fête commence !

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Le postulat initial peut sembler un peu simple. Une troupe, du théâtre, de la rigolade, des pleurs. Un film sur le théâtre avec plusieurs histoires d’amour entremêlées et chaotiques ; soit. Mais Léa Feher réussit avec Les Ogres un tour de force, maintenant l’émotion du film de manière constante, mesurée, sans tomber dans le pathos. On rit, on sourit béatement devant tant de bonheur. La réalisatrice parvient à canaliser ses personnages et à maintenir une mesure dans sa narration.

Car Les Ogres est avant tout un film de contraste. Une sorte de conte moderne évoluant en milieu urbain. Les personnages se déguisent pour jouer une pièce de Tchékhov, déambulent sur la scène du chapiteau en riant et en faisant rire, pendant que derrière la scène se déroule le reste de leur vie, sans qu’ils puissent réellement la contrôler. À côté de ces représentations itinérantes hors du temps, pleine d’emphase et tonitruantes, la troupe arpente la vie au milieu des technologies contemporaines, téléphonant au volant de leurs camions, triturant l’ordinateur sur le tableau de bord en plein voyage.

Le théâtre les ronge, le théâtre les fait vivre, à tel point que l’abîme créé par le spectacle itinérant prend plusieurs fois le pas sur leur vie réelle. La facilité avec laquelle la réalisatrice entremêle ces deux trames narratives est fascinante. Le film en ressort lui-même constamment hors du temps, comme happé par une insouciance folle qui draine dans le même mouvement les personnages et le spectateur. Les acteurs forment un tout cohérent par leur sincérité débordante, leur simplicité qui font d’eux des personnes à part entière plus que des acteurs. Et c’est d’ailleurs le cas : Léa Fehner dirige dans son film ses parents, sa sœur, ses enfants, ses nièces et neveux. Qu’on le sache ou non, cette imbrication du personnel et de l’abîme théâtral transparaît en permanence. Adèle Haenel, qui incarne le personnage principal, est magistrale tout au long du film ; le regard perçant, pleine de nuance, elle brille par son authenticité et son naturel.

 

© Pyramide Distribution

© Pyramide Distribution

 

Les Ogres est également un film de vices. L’alcool, les cigarettes, les drogues, les médicaments sont partout. Les personnages n’ont quasiment aucun sens du contrôle social ; plus que jamais, ces derniers ont l’air de se foutre de tout, de se laisser enivrer par les vapeurs du théâtre et du soleil. Les Ogres est un film où l’on peut percevoir à quel point il est difficile de créer des relations, où l’on comprend que finalement, chaque chose a une conséquence, malgré tout ce que l’on peut faire. Du retour d’une amante découle une histoire où l’amour côtoie la haine, où le monde du théâtre devient obsessionnel et asphyxiant.

Seul hic : au sein d’un climat omniprésent de sexualité, la femme est quelque peu maltraitée au long du film. On peut remarquer plusieurs moments où les femmes sont déconsidérées, où on montre leur corps, où elles sont utilisées. Mais comme dans beaucoup de films, en fin de compte. Cela n’enlève rien à l’esthétique absolument magnifique du film. La caméra tournoie entre les personnages et suit leurs conversations de chacun derrière la scène, pendant la représentation, illustrant la frénésie, la folie quasi-schizophrénique qui règne au sein du groupe.

Les Ogres est une histoire de personnages et de vie, où les premiers rencontrent frontalement la seconde. Le genre de film dont on sort de la salle absent, comme déambulant dans les rues sans trop comprendre ni comment ni pourquoi cela est arrivé. Le genre de film qui donne furieusement envie de partir faire du théâtre, n’importe où, bercé par le son des accordéons et les vapeurs d’alcool, d’oublier un instant la réalité et de se fondre dans une narration mensongère, au gré de qui voudra bien nous porter. 

 

Véritable ode à l’insouciance, Léa Fehner nous livre un film où le drame est solaire, où la dureté de la vie est saisissante. Une histoire de famille, remplie de non-dits, où le vent et le soleil du monde extérieur chamboulent l’ordre que cette troupe turbulente et attachante tente de maintenir. Une réelle bonne surprise comme il fait bon d’en voir dans le cinéma français.

 

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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