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Quand la musique classique ressuscite Pâques

Quand la musique classique ressuscite Pâques
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Une veste de costume noire bordée de coutures vertes. Des branches de lunettes assorties. Le sourire éclatant et la main virtuose. Dans le hall du Grand Théâtre de Provence, Kit Armstrong, pianiste passionné, s’exerce une dernière fois avant le concert prévu en début d’après-midi dans le cadre du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, retransmis par Radio-Classique.


 

Dans le hall du Grand Théâtre de Provence, Kit Armstrong s’échauffe, imperturbable face aux spectateurs qui affluent et emplissent petit à petit l’espace. A l’antenne de Radio Classique, qui a investi les lieux pour les deux semaines du festival , l’extrait musical vient de se terminer. Christian Morin, le présentateur, installé à quelques mètres du pianiste, lui demande de s’interrompre pour annoncer un nouveau morceau aux auditeurs. Il laisse applaudir le public, puis fait signe à l’artiste de reprendre. Le concert prévu à 13h promet d’être informel et intimiste, à l’image de l’artiste. A 24 ans, Kit Armstrong a déjà composé de nombreux morceaux, reçu plusieurs prix, dont le Foundation Morton Gould Young Composer Awards qui encourage les musiciens prometteurs à l’orée de leur carrière ; il a joué aux quatre coins de la planète, et acquis une église art-déco dans l’Aisne dans le but d’y organiser des concerts. A la fois humble et détaché de sa célébrité, il est aussi un peu absent et transporté. Comme un savant inspiré et aspiré par son éprouvette et son microscope, n’ayant pas conscience que ses expériences vont révolutionner le monde.

 

Kit Armstrong au festival de Pâques pour Radio Classique.

Kit Armstrong au Festival de Pâques pour Radio Classique.

 

La musique et les mathématiques

 

Et Kit Armstrong est certainement un savant un peu fou. Lorsqu’il s’attaque au vibrant Triomphe funèbre du Tasse de Franz Liszt, le pianiste laisse place à un chaman passionné proférant des incantations. La main suspendue au-dessus du clavier s’agite en un dernier sursaut, ultime énergie de l’artiste redevenu conscient de son rôle ; toujours parfaitement, inévitablement humble et dépouillé de toute artificialité malgré le génie de son talent et la grandeur des morceaux exécutés. Il a l’art de jouer à la perfection la note qui transportera l’auditeur vers un ailleurs démesuré et fantasmé, où l’âme peut danser à sa guise sans craindre d’y rencontrer une composante du monde réel.

Preuve du lien inédit mais évident entre la musique et les sciences, Kit Armstrong étudie parallèlement les mathématiques pures à l’université Pierre et Marie Curie à Paris. Et lorsqu’on l’interroge à propos de sa double passion, il répond énigmatiquement, le sourire aux lèvres mais le regard déjà loin : « Je n’envisage pas le monde sans les mathématiques ».

 

Une recette ambitieuse

 

De jeunes prodiges, des musiciens confirmés, telle est la recette du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Il est devenu en moins de quatre ans un rendez-vous incontournable de tous les amoureux de la musique classique, où le profane et le sacré résonnent conjointement au service de l’exaltation de l’âme et du beau. A l’origine de ce projet, le violoniste Renaud Capuçon, à la renommée mondiale et Dominique Bluzet, directeur de quatre théâtres entre Aix et Marseille dont le Grand Théâtre de Provence. Ils ont même l’ambition d’en faire l’équivalent du festival de Salzbourg en Autriche, lieu de rencontre irrésistible où se mêlent opéra, théâtre et musique classique depuis 1920, qui accueille chaque année près de 240 000 visiteurs. « Il y a aujourd’hui, sur ce territoire, un grand festival de musique classique qui n’a pas à rougir par rapport à celui de Salzbourg », décrète fièrement Dominique Bluzet.

 

Aix-en-provence, Grand Théâtre de Provence arch : Vittorio Gregotti et Paolo Collao, 2007

Aix-en-provence, Grand Théâtre de Provence
arch : Vittorio Gregotti et Paolo Collao, 2007

 

La résurrection de Pâques

 

Ce Festival de Pâques, Dominique Bluzet et Renaud Capuçon l’ont imaginé comme un laboratoire en pleine évolution. « Je ne prépare pas le programme en m’asseyant à un bureau et en remplissant des cases, j’aime que ça vive : on part d’une base et les choses s’imposent autour » explique Renaud Capuçon. Les invités sont à l’image du festival, émouvants, ambitieux, déroutants parfois, âprement passionnés. Chacun vit l’amour de la musique, chacun à sa manière, chacun transporté. En témoigne le jeu de jambe vigoureux d’Alina Pogostkina faisant danser son violon, ou la raideur flegmatique de Lawrence Powder, concentré sur son alto, comme si tout son être était tendu vers un ultime but.

Le public est conquis. Chaque année, les places s’écoulent à la même allure. Trois jours après le lancement du festival 2016, Renaud Capuçon se réjouit d’avoir réussi à remplir 94% des places.
Cet engouement pour la musique classique, c’est aussi une revanche, celle d’avoir pu redonner une signification à la fête de Pâques. Si elle est à l’origine religieuse, elle est l’occasion, lors de ce festival vibrant et à fleur de peau, de rendre hommage à tous les artistes qui ont hissé la musique sacrée et profane au rang d’une poésie universelle. Sa partition, suspendue dans le temps, comme une douceur figée à la portée de centaines de générations, continue à s’écrire tout au long du Festival.

 

Plus d’informations :

Sur le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence

Sur Kit Armstrong

Sur Renaud Capuçon

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Elisabeth Feigneux

Etudiante en histoire à Aix-en-Provence. Passionnée par la culture sous toutes ses formes. Rugbywoman à ses heures perdues.

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