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Des partis politiques obsolètes ?

Principaux partis politiques en France
Ménélas Kosadinos

Ce sont eux qui rythment la vie politique de notre pays ; pourtant les critiques qu’ils essuient régulièrement doivent nous interroger sur leur rôle dans la démocratie. Les partis politiques sont-ils devenus obsolètes ?


 

Dans un contexte de défiance à l’égard de la politique, la rénovation de ses pratiques apparaît plus que jamais indispensable à la réalisation d’une vraie démocratie. L’organisation de la vie politique autour de partis, sous diverses formes, est une composante évidente de la démocratie libérale ; mais les partis ont-ils encore du sens aujourd’hui ?

 

Une question de représentativité

 

Avec seulement 500 000 Français encartés dans un parti politique (estimation relative puisqu’elle ne peut s’appuyer que sur les chiffres officiels des adhérents), ce chiffre étant en diminution, seule une partie infime du corps électoral (près de 1%) participe quotidiennement à la vie politique. Pire encore, seuls 11% des Français disent avoir confiance dans les partis politiques. Car effectivement, les partis sont au cœur de chacune des étapes du processus politique : campagnes, élections, gouvernement, programmes, débats, etc. Si la politique doit être l’affaire de toute la Cité, elle est aujourd’hui confisquée par ces organisations qui sont pourtant très limitées dans l’application stricte des principes démocratiques. Un organe de régulation ou d’assainissement de la vie des partis apparaîtrait comme une solution viable si le spectre d’un contrôle de l’Etat sur l’opposition n’obscurcissait pas cette volonté de transparence. Des évolutions ne peuvent donc survenir que grâce à une volonté politique réfléchie.

 

Un parti, pour quoi faire ?

 

Initialement fondés autour de valeurs et d’ambitions communes pour la société, les partis sont devenus une ineptie intellectuelle, pas seulement par leurs façades – le PS qui n’a de socialiste que le nom, ou la forfanterie de s’arroger l’héritage républicain à droite – mais aussi dans ce qu’ils produisent en terme d’idées et de projets collectifs.

Le Parti socialiste se retrouve aujourd’hui déchiré parce que les valeurs qui l’ont porté au pouvoir sont diamétralement opposées à celles qu’il applique en gouvernant le pays ; cette schizophrénie rend alors totalement caduque l’ossature idéologique d’un parti, puisqu’il met au pouvoir des individus et non des idées. Cette somme d’individualités se retrouve également chez « Les Républicains » : les 11 candidats à la primaire diffèrent-ils autrement que par leur personnalité ? Et faut-il seulement évoquer la profondeur idéologique du Front national qui n’a depuis 40 ans que l’objectif d’installer un Le Pen sur le trône élyséen ? Les partis tiennent cette place centrale dans la vie politique justement parce que leur rôle supposé est de fédérer les citoyens autour de projets collectifs, et non autour de projets personnels comme c’est actuellement le cas.

 

Un clivage dépassé ?

 

Les partis dans leur état actuel sont d’autant plus une plaie pour la démocratie qu’ils assoient un clivage manichéen gauche/droite, à la fois appauvrissant intellectuellement et gênant dans la pratique démocratique. Simplement au niveau de l’hémicycle, les consignes de vote, parfois en désaccord avec les opinions personnelles des élus de la République, suivent plus souvent un plan stratégique électoraliste que la supposée idéologie fondatrice du parti, comme on a pu le voir par exemple avec la position des élus de droite sur la loi Macron. Plus largement, il faut garder à l’esprit que l’élu qui siège dans une instance démocratique de la République y siège en tant que représentant des citoyens qui l’ont élu, et non en tant que représentant du Conseil national de son parti.

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si une réforme est de droite ou de gauche, mais si elle est efficace et si elle remporte l’adhésion de nos convictions personnelles. Et quelles que soient les opinions de chacun, il ne s’agit pas de critiquer la déchéance de nationalité ou la loi travail parce que ce sont des lois dites « de droite » et portées par un gouvernement « de gauche » ; il s’agit plutôt de critiquer ces réformes parce qu’elles ne font aucun sens, intellectuellement et dans l’efficacité de leurs mesures, ou au contraire de les soutenir si on les estime d’intérêt général.

 

La rénovation des pratiques

 

Opacité dans le fonctionnement et le financement, bureaucratie verticale qui incite les militants à une ascension personnelle plutôt qu’à une avancée collective, contrôle des investitures fermant la porte à toute initiative citoyenne, etc. ; avec de tels cancers, l’effondrement des partis ne saurait être évité qu’avec une remise en question interne des pratiques. La tentative de Jean-Luc Mélenchon de « proposer » une candidature indépendante et d’établir un programme participatif ressemble à une volonté d’alternative iconoclaste à ce qui se fait actuellement ; la réalité annonce pourtant la cristallisation d’envies et de frustrations autour d’un personnage voulu providentiel, qui ne peut être une solution crédible. Il serait hypocrite de nier qu’une partie des soutiens à sa démarche ne le sont pas pour son caractère ; et quid du renouvellement de la vie politique quand on compte Mélenchon parmi les 7 candidats sur 10 à la présidentielle de 2017 qui l’étaient déjà en 2012 ? L’émergence de Podemos en Espagne devrait justement nous inviter à une réflexion de fond. C’est ce qu’expliquait l’eurodéputé Miguel Urban : lors des premières réunions publiques de Podemos, la grande majorité des personnes présentes n’avait jamais milité ou même manifesté.

 

La clé, c’est précisément de transformer la politique avec des gens qui n’en ont jamais fait, qui n’ont jamais été inclus dans cette sphère primordiale. La rénovation du système politique doit donc se faire hors des structures verticales, dans des mouvements citoyens plus ouverts, pour enfin se libérer du carcan réducteur que nous imposent aujourd’hui les partis.

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Ménélas Kosadinos

Jeune rédacteur, lycéen en terminale dans les Yvelines. Engagé dans le milieu associatif, aime l'écriture et essaye de comprendre le monde.

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