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Room, quatre murs et deux yeux

Room, quatre murs et deux yeux
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Review Overview

Note sur 10 :
6
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Éclatant par intermittence

Room est un film tiraillé entre des intentions éparses et éclatantes par intermittence. Sa mise en scène est lisse, mais quelques séquences - souvent les plus simples - changent la donne.

Il y a quelques jours, Room valait l’Oscar de la meilleure actrice à Brie Larson. Le film sort aujourd’hui dans nos salles. Critique.

 

Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

 

C’est bien simple : chaque fois qu’elle a été nommée à une cérémonie cette année, Brie Larson en est sortie victorieuse. BAFTA, Golden Globes, Oscars, et même – pour les experts – Screen Actors Guild Awards et Independent Spirit Awards. En 2016, l’actrice américaine a tout raflé. Et à seulement vingt-six ans, les plus beaux horizons lui sont promis. Passée par la télé (elle a joué dans les séries United States of Tara et Community notamment), fidèle des productions indépendantes (on l’a aperçue dans States of Grace, Don Jon et Crazy Amy, entre autres), elle est le tout premier atout de Room, film tiraillé entre des intentions éparses et éclatantes par intermittence.

Sa fonction première est de donner la réplique à Jacob Tremblay (9 ans seulement et déjà flamboyant), alias Jack, son fils. Un fils qu’elle élève entre quatre murs, dans une chambre où le soleil ne pénètre qu’à travers un petit carré de Velux. 

Dans une première partie très prenante, les plans de Lenny Abrahamson sont serrés (contexte oblige), et parviennent à sublimer l’enfermement dont sont victimes les deux protagonistes – le « Vieux Nick », seul autre personnage pendant cinquante minutes, n’étant qu’un médiateur rapidement écarté. Surtout, ils consacrent une fascinante relativité des rapports de tailles et d’échelles, dans un espace confiné où – pour Jack essentiellement – les chaises deviennent des planètes, les dents des reliques, et les riens des merveilles. Joy est ainsi en charge d’une mission d’autant plus périlleuse qu’elle n’est que temporaire : construire une réalité. Une dimension parallèle qui soit crédible aux yeux de son fils jusqu’à ses cinq ans, et dont le personnage de Brie Larson devient le fondateur, l’architecte et l’actionnaire par défaut.

Il y a, de ce point de vue-là, un vrai travail de reconstitution à saluer, certes peu servi par une mise en scène assez lisse, et dont les brusques variations de choix laissent fréquemment pantois. 

 

Copyright Universal Pictures.

Copyright Universal Pictures.

 

Débute ensuite un autre film, celui de « l’après », qui se poursuit après la libération (et une scène très classique mais diablement efficace de mise en application d’un plan d’évasion). Dès lors, il s’agit de reconstruire, et de construire ce qu’il reste à accomplir. Une vie, en quelque sorte. Et si le terrain d’enquête du film n’était pas tant à situer du côté de la philosophie jusque-là (les mécanismes de construction de l’individu en l’absence de société sont vaguement esquissés), l’enjeu change, dès cet instant, radicalement : le huis clos strictement physique se mue en huis clos familial.

Problème : le film se cherche un peu, et se perd même totalement, sans jamais parvenir à transformer ses griffonnages en une note d’intention claire et cohérente. On ressent un trop-plein à tous les étages, qui s’explique autant par ses décisions de narration (trois temps déséquilibrés, et pas seulement en termes de durée) que par ses poncifs amers (violons requis, pathos convoqué, dimension tape-à-l’oeil presque revendiquée).

D’où ce questionnement, hébétant et problématique, qui traverse le spectateur davantage que le métrage : est-ce un film sur l’enfermement ? La libération ? La reconstruction ? Divaguant sur leur propre prose, le cinéaste Lenny Abrahamson et l’auteure Emma Donoghue (qui adapte ici son roman) ne parviennent pas à trancher, se contentant d’ouvrir des pistes sans jamais s’y confronter ; voire contemplant leur ironie mise en abyme, quand, par un jeu plutôt astucieux, il se produit la mise en scène d’une mise en scène, le temps d’une interview commandée par une grande chaîne de TV nationale. Là encore, la limite est la même : le traitement médiatique d’une telle affaire reste une toile de fond, pas une réflexion en profondeur.

 

C’est au final en évitant la récurrence de ses séquences montées au hachoir – quand Jack narre en voix off sa découverte du monde sur une séries d’images tout droit sorties d’un spot publicitaire – que le film se rattrape. Car il n’y a pas, dans Room, plus innocent et plus sincère geste de cinéma qu’un simple jeu de regard entre un ciel bleu et deux yeux d’enfants qui le découvrent pour la première fois, s’en émerveillant avec une grâce désarmante.

 

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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