Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Hé oh la gauche, on se réveille ?

Hé oh la gauche, on se réveille ?
Ménélas Kosadinos

On ne s’attardera pas ici sur l’hilarité générale déclenchée par ce mouvement onomatopéique, qui a parfois détourné l’analyse du fond du sujet, bien plus catastrophique que la forme. « Hé Oh la Gauche » autour du président ; on cherche à réveiller les forces de son camp : pour aller où ?


 

La garde rapprochée du président Hollande a donc réuni ses forces vives, ce lundi soir, dans l’amphithéâtre de la faculté de médecine de Paris. Le meeting était accessible à tous sur simple inscription, mais force est de constater que l’auditoire était très majoritairement composé de fidèles hollandais déjà acquis à la cause et de peu de curieux. Mais alors, pourquoi une telle agitation ?

 

La comédie de l’auto-congratulation

 

L’objectif était clair, et les éléments de langage martelés : il faut être « fier du bilan du président » et surtout « relever la tête ». Relever la tête après l’avoir baissée devant les exigences du MEDEF ou après s’être écrasé sous la déferlante populiste de la déchéance de nationalité ? Aucun ministre ne nous a donné la réponse. Lundi soir, c’était l’ode à la méthode Coué : vous ne le voyez pas encore, mais faites-nous confiance, « ça va mieux ».

Là où la démarche est plus étonnante, c’est dans la venue d’un analyse d’Harris Interactive, qui est arrivé, diaporama et études statistiques à l’appui, pour prouver que la gauche et la droite étaient bien différentes. Sauf qu’en réalité, l’étude a prouvé le contraire, dessinant un portrait de l’opinion publique prête à se jeter dans les bras d’Emmanuel Macron, ne voyant une différence entre la gauche et la droite que pour un Français sur 2 sur la plupart des thématiques. On se demande pourquoi « Hé Oh La Gauche » a ouvert son meeting sur une analyse de sondages ringardisant sa propre démarche et légitimant « En Marche ! ».

 

Une jeunesse absente dans la salle, une jeunesse absente dans le quinquennat ?

 

Au sein de cet auditoire de fidèles, on a pu observer avec regret la quasi-absence de visages juvéniles dans la salle. En effet, chose étonnante, la majorité des personnes siégeant dans cet amphithéâtre étaient d’un âge mur, voire élevé, alors même que l’un des mots d’ordre du contingent ministériel dépêché dans cette opération était de rappeler, montrer et scander l’ampleur du bilan gouvernemental, en matière de politiques publiques destinées à la jeunesse. Singulièrement, le gouvernement n’a pas trouvé meilleurs ambassadeurs que ses ministres pour défendre son bilan en matière de jeunesse.

Par conséquent, les ministres présents ont eu l’aplomb d’exhiber un bilan décharné, atrophié, squelettique. Ils l’ont vaillamment défendu et l’ont résumé en trois points : d’une part, la garantie jeune (obtenue au forceps par les syndicats étudiants), d’autre part, la hausse du nombre de services civiques dans les administrations publiques et enfin, les emplois aidés ; le bilan était sans doute trop long pour en faire une liste plus exhaustive…

Néanmoins, l’absence de la jeunesse dans ce vaste simulacre destiné à brandir les prouesses de la « priorité jeunesse » dépeint brillamment le ressenti d’une jeunesse délaissée, négligée et dorénavant lésée comme ont pu le montrer les nombreuses manifestations et blocus lycéens de la loi El Khomri. Une jeunesse peut-elle réellement se sentir concernée lorsque ouvertement on la dédaigne à l’aide de fumigation comme le lancement du débat sur le cannabis ? Une jeunesse peut-elle réellement soutenir un gouvernement lorsque celui-ci la considère uniquement, d’une manière cynique, comme un simple enjeu électoral, une proie du scrutin universel ?

Ainsi, l’absence de la jeunesse dans l’assemblée résonnait en écho à l’absence de celle-ci dans le quinquennat, signe sans équivoque d’une classe politique totalement déconnectée des aspirations de ses administrés.

 

Un gouvernement en campagne

 

Le constat le plus amer de cette réunion était peut-être sa nature même. Avec une vingtaine de ministres présents, il ne s’agissait pas d’un meeting de la gauche, mais d’un meeting du gouvernement. Cette fois ils l’assument, ils sont venus lancer la campagne de François Hollande. Qui avait promis réformer jusqu’au dernier jour de son quinquennat. Mais dont les ministres consacrent déjà plus de temps à leur réélection qu’au véritable changement. Ce décalage saisissant avec les attentes des français est symptomatique de l’action gouvernementale et lui sera sans doute préjudiciable : les citoyens attendent-ils vraiment de nos ministres qu’ils soient en campagne, alors qu’il leur reste précisément un an pour faire des réformes de fond ?

 

Une stratégie électoraliste outrancière

 

Au-delà du mouvement, c’est le projet politique du gouvernement qu’il faut réinterroger. Qu’il vante son bilan en omettant les points les moins étincelants, on ne lui reprochera point : il est en campagne électorale. Mais c’est à l’égard de l’argumentaire que l’on peut être plus sceptiques, résumons-le en un mot : la stratégie du moins pire. Entendre la Ministre de l’Éducation évoquer le « risque d’un nouveau 21 avril », ce n’est plus un argument, c’est de la provocation.

Et si le spectre de l’extrême-droite peut suffire à rassembler une partie de la gauche derrière la bannière du président, il ne convaincra pas les Français. C’est l’erreur de la gauche depuis des années maintenant, mais qui persiste à foncer dans le mur en regardant ailleurs : pour convaincre les électeurs et enfin enrayer la montée du Front National, il faudrait que le gouvernement arrête de se présenter comme moins dangereux que le Front National mais qu’il prouve être plus efficace. Et le constat est le même face à la droite, dénoncé dans un tract légèrement caricatural : pour gagner, la gauche de gouvernement ne doit pas montrer qu’elle est la moins pire, mais qu’elle est la meilleure.

Avec son nouveau mouvement, la gauche semble encore une fois en décalage avec les attentes des Français. Enfin la gauche… disons le gouvernement, qui ne fait pas vraiment honneur à la gauche.

 

En collaboration avec Yves Mariko 

The following two tabs change content below.

Ménélas Kosadinos

Jeune rédacteur, lycéen en terminale dans les Yvelines. Engagé dans le milieu associatif, aime l'écriture et essaye de comprendre le monde.

Submit a Comment