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Junk, le joyeux bordel de M83

M83 - Junk/ 2016
Roméo Van Mastrigt

Les envolées synthétiques de « Midnight City » surgissent encore dans de nombreuses playlists un peu oubliées. Car si M83, aka Anthony Gonzales, s’est révélé au monde entier avec son tube imparable, le reste de sa création reste encore un peu anonyme en France, sa terre de naissance. À l’occasion de Junk, son dernier album, ce natif d’Antibes se réinvente dans un joyeux bordel, bien qu’un peu inégal.


 

Hurry Up, We’re Dreaming, la dernière livraison de M83, avait su atteindre les contrées du grand public dans un excellent album, à la croisée de la pop et du post-rock. Ambitieux, grandiloquent et toujours inspiré, le Français avait botté en touche. Fruit d’une longue attente de 5 années, Junk fait table rase du passé, balaye d’un revers les fondations bien installées d’une musique faite de synthétiseurs et de délicates envolées éthérées.

 

★★★☆☆ – À écouter cet été

 

Retour vers le passé

 

À l’écoute, la première impression déstabilise et perturbe. « Do it Try it », introduction ultrapop aux saveurs électroniques, donne le ton : M83 nous plonge en apnée profonde, dans les eaux chatoyantes des années 80. Sa musique, autrefois délicate et précise comme un scalpel, laisse la place à un tube très FM et tourbillonnant. Qu’a-t-on fait à M83 ? Il apparaît méconnaissable, autant dans l’esthétique que la musique. Pourtant, la suite de l’album lui donnera raison : Gonzales s’est amusé, a expérimenté, jouant à l’apprenti sorcier.

Dans une interview pour Greenroom, M83 avouait avoir été « dégouté de soi-même ». Pour éviter l’accident, il a fait appel à plusieurs artistes en vue d’une collaboration : Mai Lan, en vedette, Beck ou Steve Vai, véritable guitar hero un peu kitsch des années 70, répondent présents. Pourtant, c’est quand Gonzales chante seul que la flèche atteint sa cible. Sur « Walkway Blues », où le groovy et les parfums 80s s’étreignent, ou « Solitude », ce bijou orchestral, Anthony Gonzales prend le micro et étincelle. C’est d’ailleurs dans ces moments de grâce que l’esprit M83 revient au galop.

 

 

Course aux hommages

 

D’ailleurs, Junk reste un album ultra référencé, quitte à mettre la balle à coté. Sur « Moon Crystal », Gonzales rend hommage aux génériques des séries télé de l’époque dans un titre qui suinte le rétro d’une façon presque parodique. Et c’est d’ailleurs le défaut de cet album. À côté de titres brillants comme « Time Wind » (la meilleure de l’album sans aucun doute) où les gouttes rétro sont savamment dosées et les références intelligentes, subsistent des expérimentations que l’on préférait oublier. Par exemple, « Road Blaster » met en scène des saxos criards sans saveur, à zapper. On retrouve pourtant sur certaines chansons des visages familiers : la gainsbouresque « Bibi the Dog » aux phrasés rappelant l’imagerie de la Femme, ou «Atlantique Sud» , qui s’inscrit dans la tradition française classique des duos d’amour (on y entend les échos de Françoise Hardy ou d’un Michel Berger). Si Gonzales habite à Los Angeles, son cœur semble être resté en France, tant ses influences adolescentes remontent en surface.

 

 

Junk est imprévisible, déroutant mais résolument euphorique. Long à apprivoiser, difficile à savourer, il laisse pourtant en arrière nez cette délicieuse saveur, une fois le recul pris. Pourtant, l’album porte bien son nom : quelques fois dégoulinant, cheesy et pompeux, certaines pistes sont des ratés. En quittant les territoires de l’introspectif, M83 dévoile ses influences, à renfort de clins d’œils pas toujours subtils, mais toujours inspirés. Junk est comme la junk food, c’est quelques fois dégueulasse, mais on y revient toujours.

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Roméo Van Mastrigt

Responsable recrutement. Normand de naissance, Lillois d'adoption. Geek et écolo. Grand fan de Jabba le Hutt.

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